Lycées : ces stéréotypes sexistes qui font mal

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Lycées : ces stéréotypes sexistes qui font malAmina Lotfi, présidente de l'ADFM, bureau de Rabat lors de la présentation du recueil, les 2 juillet 2025 @ Ayoub Jouadi / LeBrief

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Présenté le 2 juillet 2025 à Rabat, lors d’une rencontre organisée dans le cadre du 40e anniversaire de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) et du lancement du programme «Génération Genre», le recueil sur les préjugés et stéréotypes sexistes dans les lycées au Maroc parle à tous d’une problématique souvent jugée taboue. Des discours sur l’égalité, il y en a… et pourtant ! L’école continue de reproduire des personnalités et comportements sexistes.

C’est le fruit de deux années de travail menées par l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). Cette étude, nommée Recueil sur les préjugés et stéréotypes sexistes véhiculés dans les lycées, aborde la face cachée de l’école au Maroc. Oui, oui, cette même école où l’égalité s’affiche à coups de campagne marketing et qui se heurte pourtant au sexisme quotidien, sournois ou assumé, parfois même revendiqué !

Revenons aux bases. Sur le papier, les lycées sont mixtes. Dans les faits, l’étude démontre que la séparation entre filles et garçons reste la norme. En classe, les élèves s’organisent spontanément, à savoir filles à gauche, garçons à droite. Dans les cours de sport, les garçons monopolisent les espaces collectifs, les filles s’adaptent (quand elles ne s’effacent pas). À travers les témoignages, on remarque une seule école, certes, mais deux mondes distincts où la cohabitation est plus théorique que réelle.

Lire aussi : CESE : comment assurer de manière optimale l’inclusion et l’émancipation de la femme ? 

Stéréotypes et comportements banalisés

L’enquête de l’ADFM repose sur des focus groups et des entretiens menés dans 13 établissements des régions Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat, auprès de 50 élèves, 31 enseignant(e)s et 11 membres du personnel administratif. Les résultats sont évidemment ceux auxquels nous nous attendions tous. Les idées reçues sur les filles et les garçons, leurs corps, leurs émotions ou leurs compétences, sont omniprésentes.

Les filles sont décrites comme «sensibles», «émotives», «craintives». Les garçons, eux, sont «forts», «logiques», «faits pour diriger». Ces clichés, répétés, au point de nous enivrer, influencent l’orientation scolaire, les choix professionnels et évidemment l’estime de soi des adolescents. Le plus choquant, c’est que ces stéréotypes ne viennent pas uniquement des élèves, ils sont aussi véhiculés par les enseignants et le personnel éducatif, de manière, parfois inconsciente.

Si certains discours sexistes classiques reculent, notamment en milieu urbain, (et surtout en apparence) une nouvelle forme de sexisme s’installe. Plus difficile à détecter. Des enseignants affirment «croire en l’égalité», mais maintiennent que «les filles sont meilleures en langues» et que «les garçons s’illustrent en sciences». D’autres admettent traiter différemment filles et garçons «sans s’en rendre compte». C’est ce qu’on appelle un sexisme de second degré, difficile à combattre, car souvent maquillé en bon sens ou en bienveillance.

Un seul visage pour les manuels scolaires

Tout, ou la plupart des choses, s’apprennent dans les livres. Et c’est ce premier degré d’apprentissage que tiennent les enfants entre les mains, à savoir les manuels scolaires. «Ce que nous voulons, ce sont des manuels scolaires débarrassés de tous stéréotypes», nous déclare Amina Lotfi, présidente de l’ADFM, bureau de Rabat. Les contenus pédagogiques, et en particulier les manuels scolaires, restent truffés de représentations genrées. La Boîte à merveilles, ouvrage étudié depuis 2007, présente la femme comme «soumise, analphabète et superstitieuse», soulignent plusieurs enseignants interrogés. Or, faute de formation ou de temps, beaucoup se contentent de transmettre le programme sans questionner son contenu.  L’école reproduit donc les mêmes représentations année après année sans les remettre en cause.

Sans surprise, le recueil révèle que le sexisme est plus prononcé dans les zones rurales et périurbaines. Là où les discours féministes peinent à se faire entendre. C’est plutôt normal, puisque les élèves, filles comme garçons, intériorisent les normes traditionnelles. Le garçon y est perçu comme protecteur, dominateur, la fille, quant à elle, est encore vue comme fragile et dépendante. Certaines jeunes filles défendent elles-mêmes ces rôles, par choix du respect des traditions.

Lorsqu’il s’agit d’un choix, il n’y a pas lieu de juger. Toutefois, lorsque cette route est suivie à défaut d’autre chose, cette adhésion à des modèles genrés rigides peut mener à un manque d’accès aux ressources éducatives, et, par la suite, à une insécurité économique. C’est un peu comme le serpent qui se mord la queue continuellement. En clair, sans lutte contre la précarité, pas de progrès sur le front de l’égalité.

Lire aussi : HACA : quelle représentation des femmes dans les publicités audiovisuelles ?

La diffusion des stéréotypes

L’étude ne s’arrête pas aux murs des lycées. Elle se base aussi sur les comportements véhiculés sur les réseaux sociaux. Tous les élèves interrogés ont un smartphone, la plupart sont actifs sur TikTok, Instagram ou Snapchat. Et dans ces espaces numériques, caches derrière des pseudos, ou pas, les stéréotypes se déchaînent. Les influenceurs les plus suivis promeuvent des modèles hyper genrés comme la fille douce, maquillée, docile, le garçon viril, fort, dominateur.

Les algorithmes, eux, font aussi leur part du travail car ils amplifient les contenus qui confirment ces normes, renforçant un sexisme algorithmique. Sans éducation aux médias, les jeunes risquent d’intégrer ces images comme la norme. Et l’école, encore une fois, semble démunie.

Autre révélation du recueil, les garçons vivent un véritable tiraillement. D’un côté, ils sont exposés à des idées nouvelles sur l’égalité et certains les embrassent même. De l’autre, ils continuent d’adhérer à des injonctions viriles fortes, parfois même à une rhétorique antiféministe. Ils peuvent, donc, accepter de partager les tâches… tant que cela reste dans la sphère privée ! En public, le regard des autres pèse. Une forme de «bricolage culturel» entre modernité et conservatisme.

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