L’épargne des Marocains au service du Maroc ? Kesako ?

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L’épargne des Marocains au service du Maroc ? Kesako ?L'ASFIM a organisé sa conférence 2025 sous le theme : Cap 2030 : Mobiliser l’épargne nationale pour financer les grands projets de demain, le 13 novembre 2025 à Rabat © Le Brief

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La nouvelle réforme financière veut faire de chaque dirham épargné un investissement pour l’avenir du pays. Mais pour que ce rêve devienne réalité, encore faut-il que les Marocains fassent confiance à la finance.

Ah ce mot que l’on utilise rarement avec passion… épargne !

La conférence de l’Association des sociétés de gestion et fonds d’investissements marocains (ASFIM), tenue à Rabat, sur le thème « Cap 2030 : Mobiliser l’épargne nationale pour financer les grands projets de demain », a remis le sujet brûlant sur la table, à savoir comment faire en sorte que les Marocains investissent chez eux et que l’argent dormant devienne le moteur du développement national ?

Oui, oui, qu’on se le dise, l’épargne ce n’est pas juste une tirelire bien rangée dans un coin de la maison. C’est le carburant de la croissance. Et aujourd’hui, le Maroc veut l’utiliser pour accélérer.

Un pays qui épargne beaucoup, mais qui investit peu

Le paradoxe est frappant, les Marocains épargnent, pas toujours par choix, qu’on se le dise, souvent par prudence, mais cet argent ne circule pas dans l’économie productive. Près de 80% des fonds collectés restent investis dans les bons du Trésor, autrement dit dans la dette publique, tandis que les investissements dans les entreprises, les infrastructures ou les projets innovants restent assez marginaux.

Le fait est que la finance marocaine tourne parfois en rond. Les ménages préfèrent les placements sûrs comme les banques, l’immobilier… pas toujours très tournant tout ça. La réforme de la loi 03-25, adoptée en 2025, veut casser cette logique. Elle crée de nouveaux types de fonds d’investissement, selon plus flexibles, plus modernes, plus accessibles, pour que l’épargne des Marocains finance enfin le Maroc.

Lire aussi : Ce que révèle le projet de loi sur les crypto-actifs

L’idée étant de rendre la finance plus proche du citoyen. Aujourd’hui, moins de 25.000 Marocains investissent directement dans les OPCVM (ces « fonds collectifs » où l’on peut placer son argent comme on achète des parts de gâteau financier). C’est peu, très peu, pour un pays de près de 37 millions d’habitants.

« Pour parler chiffres, notre industrie aujourd’hui c’est près de 800 milliards de dirhams d’actifs sous gestion qui représentent environ 49%, disons la moitié du PIB national et qui est actuellement majoritairement détenue par des investisseurs institutionnels. Près de 70% des encours sont des encours détenus par des investisseurs institutionnels marocains », explique Mostafa Hassani, président de l’ASFIM, à Le Brief.

La nouvelle loi veut donc introduire des produits plus simples à comprendre, une transparence sur les frais et les risques, une digitalisation qui permettra de souscrire depuis son smartphone et surtout, des produits thématiques (verts, participatifs ou liés aux PME) qui parlent davantage au grand public. La finance sort de ses tours de verre pour descendre dans la rue.

Faire confiance au marché… mais comment ?

D’accord, les intentions sont bel et bien là, mais comment faire parvenir cette pensée aux Marocains et comment leur donner confiance en ces produits financiers qu’ils ne verront pas forcément (à contrario d’un investissement immobilier). Dans l’imaginaire collectif, la bourse reste un univers complexe, réservé aux initiés, voire risqué.

Mettre son argent dans un fonds, pour beaucoup, c’est flou, presque suspect ! Il faut donc parler au citoyen autrement, lui montrer que la finance peut être un acte citoyen, un moyen de participer à l’économie nationale. Car investir dans un fonds marocain, ce n’est pas spéculer sur des actions obscures, c’est, très concrètement, permettre à une entreprise marocaine d’embaucher, à une start-up d’innover, à une commune de financer son projet d’eau potable ou d’énergie verte… Parler ainsi est bien plus concret pour les citoyens.

Pour convaincre, le Maroc mise aussi sur la diversité des produits. Les fonds participatifs, conformes aux principes de la finance islamique, devraient attirer une nouvelle catégorie d’investisseurs, souvent réticents face aux produits dits classiques.

Lire aussi : Le déficit budgétaire atteint 55,5 milliards de dirhams à fin octobre

En parallèle, les fonds cotés en bourse (ETF) permettront aux particuliers d’investir plus facilement, sans passer par des circuits compliqués. Ces innovations, inspirées des modèles américains et européens, sont pensées pour rendre l’investissement accessible à tous, du petit épargnant à l’entrepreneur.

L’épargne, nouvelle souveraineté ?

Oui, c’est clair, compter sur soi-même devient une nécessité au vu du contexte international. Puis, même en faisant fi du contexte, la souveraineté est toujours bonne à prendre. En mobilisant l’épargne nationale, le Maroc veut réduire sa dépendance aux capitaux étrangers et sécuriser ses grands chantiers tels que les infrastructures, l’énergie, le logement, la transition numérique…

La Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) joue déjà ce rôle de « banque du Maroc de demain », selon ses propres messages, elle collecte, sécurise et transforme l’épargne en investissements productifs. Mais elle ne peut plus agir seule. C’est un fait.

Donc pour mener à bien cette révolution financière, il faut un changement de mentalité. Les Marocains doivent comprendre qu’épargner, c’est bien, mais qu’investir, c’est mieux (pour la faire courte). Il faudra donc former, expliquer, rassurer. Les acteurs publics et privés devront parler un langage clair, pédagogique et arrêter d’utiliser leurs termes pompeux indissociables d’un dictionnaire. Les plateformes digitales devront être simples et transparentes… Et surtout, la finance devra prouver qu’elle sait servir l’intérêt général.

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