Législatives 2026 : les programmes passés au crible

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Législatives 2026 : que proposent les partis ?Photo d'illustration © DR

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Derrière les grands slogans, les partis proposent des réponses très différentes aux mêmes préoccupations : combien d’emplois créer, comment soutenir le pouvoir d’achat, quelle place pour l’État social ou encore quelles réformes engager ? Passage en revue des principales mesures annoncées par les formations déjà entrées dans la course.

À l’approche des élections législatives du 23 septembre, les partis politiques dévoilent progressivement leurs programmes et leurs principales promesses pour les cinq prochaines années. Pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation, protection sociale, souveraineté économique ou encore réforme des institutions, les formations en lice mettent en avant des priorités différentes, avec des niveaux de précision variables. Certaines ont déjà présenté des programmes détaillés, assortis d’objectifs chiffrés, tandis que d’autres n’en ont encore rendu publiques que les grandes orientations. À mesure que la campagne se précise, voici ce que proposent les principales formations politiques engagées dans le scrutin.

Cette liste sera, par ailleurs, complétée au fur et à mesure que les formations politiques participant au scrutin de 2026 dévoilent leurs programmes.

Rassemblement national des indépendants (RNI)

Le programme 2026-2031 du RNI est déjà relativement précis. Il repose sur trois priorités : pouvoir d’achat, services publics et emploi, déclinées en douze mesures. Sur le pouvoir d’achat, le parti propose d’indexer automatiquement les aides sociales directes sur l’inflation, de créer un compte d’épargne simplifié destiné notamment aux travailleurs de l’informel, avec une contribution publique de 0,25 DH pour chaque dirham épargné, d’augmenter le SMIG et le SMAG et de revaloriser les retraites. Il propose aussi un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 DH par enfant et par an pour les frais de scolarité.

Le deuxième volet concerne l’accès aux services publics. Le RNI veut accélérer les barrages, transferts d’eau et stations de dessalement, développer la récupération des eaux pluviales et l’irrigation localisée. Dans l’énergie, il prévoit notamment un programme d’autoproduction solaire sans apport initial des ménages, ainsi que le développement du GNL et de l’hydrogène vert. Dans l’éducation, il vise la généralisation des établissements pionniers, le renforcement du transport et des cantines scolaires, l’accompagnement numérique et le passage de 12 à 27 universités.

En santé, le parti promet les groupements sanitaires territoriaux, le médecin de famille, près de 5.000 agents supplémentaires en milieu rural, 1.600 structures de soins primaires réhabilitées et 200 nouvelles structures dans les zones sous-dotées. Sur l’emploi, il vise un million d’emplois, avec un chômage inférieur à 9%, et propose une allocation de retour à l’emploi allant jusqu’à douze mois.

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Parti de l’Istiqlal (PI)

L’Istiqlal a présenté le 29 août son programme 2026-2031, baptisé « Watani Moustaqbali » (Ma patrie, mon futur), autour de cinq grands engagements auxquels s’ajoute un dispositif transversal consacré à la jeunesse. Le premier axe porte sur la cohésion familiale et les valeurs. Le parti propose notamment de renforcer le rôle de l’école, des médias publics, de la culture et du cinéma dans la construction d’un récit national, de développer les programmes en arabe et en amazighe, de protéger les jeunes contre certains risques liés aux réseaux sociaux, d’accorder une aide pouvant atteindre 5.000 DH aux jeunes en instance de mariage, de développer la médiation familiale, les crèches sociales et la prise en charge des personnes âgées et handicapées.

Le deuxième axe vise la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts à travers une loi spécifique sur les conflits d’intérêts, l’élargissement des déclarations d’intérêts et de patrimoine, la lutte contre l’enrichissement illicite, le renforcement du Conseil de la concurrence et la possibilité d’appliquer un taux d’impôt sur les sociétés de 40% aux situations de monopole. Le parti veut aussi remplacer certaines autorisations administratives par des cahiers des charges et appliquer le principe du « silence de l’administration vaut accord ».

Pour le pouvoir d’achat, l’Istiqlal prévoit un suivi national des marges, des hausses progressives du salaire minimum et des retraites, une carte familiale pour lutter contre la pauvreté, un plan de consolidation de la classe moyenne et des dispositifs d’accès au premier logement.

Le quatrième axe concerne les services publics, préscolaire gratuit, lutte contre le décrochage, formation des enseignants, apprentissage numérique et IA, régulation des frais de scolarité privés, mais aussi réforme de la gouvernance hospitalière, médecin référent et agence nationale des urgences. Le cinquième pilier du programme du PI concerne la souveraineté stratégique en se focalisant sur la sécurité hydrique, le contenu local dans l’énergie, la politique carbone, une commande publique favorisant la production marocaine, une montée en gamme industrielle, la souveraineté numérique, la cybersécurité et la valorisation des ressources minières.

Union socialiste des forces populaires (USFP)

L’USFP a dévoilé un programme comportant 20 engagements, sous l’angle du « développement équitable et d’une vie digne ». Le parti veut d’abord renforcer la souveraineté industrielle à travers des contrats dans l’agroalimentaire, le médicament et les énergies renouvelables. Il vise 250.000 emplois industriels, 40% d’augmentation des exportations industrielles et 1,5 point de croissance supplémentaire par an. Sur l’emploi, il fixe un objectif de chômage inférieur à 8%, inférieur à 10% pour les jeunes et à 15% pour les femmes.

Pour les classes moyennes, l’USFP promet une progression de 20% du salaire moyen, de 15% du revenu net des salariés, une réduction de 20% des dépenses de santé des ménages et un soutien à 250.000 familles pour l’acquisition d’un logement. Il veut également réserver 30% des marchés publics aux TPME, soutenir 100.000 entreprises et créer un établissement financier public dédié à leur financement.

Sur la protection sociale, le parti vise une couverture universelle, une réduction de moitié de la pauvreté multidimensionnelle et l’insertion de 20% des bénéficiaires de l’aide sociale dans le marché du travail. Pour la santé, il veut porter la densité des prestataires à 4,5 pour 1.000 habitants, réduire de moitié les délais d’attente, diminuer de 20% les coûts supportés par les familles et achever les CHU.

L’USFP veut aussi exploiter le Mondial 2030 comme levier de croissance, avec 500.000 emplois directs et indirects. Pour l’eau et l’énergie, il vise l’accès durable à l’eau potable, une baisse de 40% des pertes des réseaux et 60% d’énergies renouvelables dans la production électrique. La jeunesse, elle, doit bénéficier de 200.000 insertions annuelles et de 50.000 entreprises accompagnées sur cinq ans.

Mouvement populaire (MP)

Le MP a présenté dès mai un « contrat social » composé de 11 axes et 33 mesures, qui constitue son programme pour les prochaines échéances. Le premier axe vise le pouvoir d’achat avec une plateforme nationale permettant de suivre les prix et leurs marges, un « compte fiscal social » permettant de déduire une partie des frais de scolarité et une trêve à l’exportation pour stabiliser les prix des produits de base.

Le parti veut également exonérer d’impôt les TPME réalisant jusqu’à 1 million de DH de chiffre d’affaires et instaurer un chèque-formation pour chaque jeune chômeur. Il propose de restructurer l’OFPPT pour en faire un organisme de régulation plutôt qu’un opérateur direct de formation. Côté santé, le MP veut créer un dossier médical numérique dès la naissance, une plateforme nationale de rendez-vous et transférer 70% du budget de santé vers les structures régionales et locales.

Le quatrième axe prévoit un plan national d’éradication de l’analphabétisme, baptisé « Marche de la lumière », et la mobilisation des étudiants universitaires à hauteur de 200 heures annuelles. Le parti défend également la gratuité de l’enseignement universitaire public. Pour le monde rural, il propose des pôles multiservices dans les communes de plus de 5.000 habitants et un « contrat de stabilité rurale » de cinq ans pour médecins, enseignants et agents administratifs.

Le MP vise aussi à doubler le nombre d’entreprises exportatrices, instaurer une « paix fiscale », élargir l’aide au logement à l’autoconstruction et à la réhabilitation, créer un Fonds de logement rural, remettre à niveau 75% des Maisons de jeunes, généraliser progressivement l’amazighe dans l’enseignement et les services publics et créer une carte nationale des risques climatiques reliée à un système d’alerte précoce.

Parti du progrès et du socialisme (PPS)

Le PPS se situe clairement à gauche et met l’accent sur le renforcement de l’État social et des services publics. Les orientations déjà dévoilées prévoient notamment de doubler les effectifs du personnel hospitalier, d’étendre l’AMO aux 8,5 millions de personnes encore exclues et de réduire d’un tiers les dépenses de santé restant à la charge des ménages. Dans l’éducation, le parti veut améliorer l’école et l’université publiques et recruter 12.000 cadres de l’éducation par an.

Sur l’économie et l’emploi, le PPS propose la création d’un million d’emplois nets, la réduction de moitié du nombre de jeunes NEET et l’augmentation du taux d’activité des femmes à 25%. Il veut également porter la pension minimale de retraite à 3.000 DH et le minimum des aides sociales à 1.000 DH mensuels. Le parti défend une économie davantage orientée vers la demande intérieure et la souveraineté productive, avec une révision de certains accords de libre-échange qu’il juge défavorables aux intérêts nationaux.

Il fixe aussi des objectifs dans l’industrie, l’agriculture et l’économie sociale : industrie à 20% du PIB, réduction d’un tiers de l’informel, réduction de 25% de la consommation d’eau agricole, couverture de 40 à 50% des besoins alimentaires essentiels par la production nationale, doublement des revenus des petits agriculteurs et pêcheurs et passage de l’économie sociale et solidaire à 6% du PIB.

Politiquement, il entend renforcer la démocratie, moraliser la vie publique et défendre les droits et libertés.

Union constitutionnelle (UC)

Les orientations actuellement communiquées mettent l’accent sur l’économie productive, le soutien aux entreprises, l’emploi, les services publics et le développement territorial.

Le parti défend notamment le renforcement du pouvoir d’achat, la lutte contre la vie chère, la généralisation de la protection sociale, la réforme de l’école publique, l’amélioration de la santé et la création d’emplois pour les jeunes. Son discours insiste également sur la réduction des écarts entre territoires, l’investissement local et le soutien aux secteurs productifs comme l’agriculture, l’industrie, le tourisme et les services.

Sur le plan économique, l’UC revendique traditionnellement un positionnement libéral privilégiant la liberté d’entreprendre et le rôle du secteur privé. Pour la campagne 2026, les déclarations de ses responsables mettent cependant davantage en avant les composantes de l’État social, notamment l’emploi, la santé, l’éducation et la protection du pouvoir d’achat. Le parti insiste également sur le renouvellement des élites et l’intégration des jeunes compétences dans la vie politique.

Front des forces démocratiques (FFD)

Le FFD a présenté une offre particulièrement chiffrée. Son secrétaire général Mustapha Benali décrit le programme comme un contrat social fondé sur la dignité, la souveraineté et la justice distributive. Le parti propose une transition vers une économie productive et une réforme fiscale destinée à alléger la pression sur les classes moyennes et les salariés tout en taxant progressivement les fortunes improductives et les superprofits.

Le programme comporte une forte dimension territoriale; le FFD veut favoriser les investissements publics dans les territoires défavorisés, assurer un accès gratuit et équitable aux services de santé et d’éducation pour les populations vulnérables, moraliser la vie publique, renforcer la reddition des comptes, numériser l’administration et réformer la justice de proximité.

Les objectifs chiffrés sont ambitieux ; une croissance comprise entre 5,5% et 6%, un taux de chômage inférieur à 8%, la sortie de 1,2 million de familles de la précarité, une hausse de 25% du pouvoir d’achat de la classe moyenne, un taux d’activité des femmes à 35% et un quota de 33% pour les femmes et les jeunes dans les programmes d’emploi et les postes de décision.

Le FFD remet également en avant son « Revenu de la dignité », déjà proposé lors des précédents scrutins, qu’il présente comme une composante d’un État social davantage ciblé.

Parti socialiste unifié (PSU)

Le PSU ne présente pas cette fois un programme isolé, il participe aux législatives avec la Fédération de la gauche démocratique (FGD) dans le cadre de l’Alliance de la gauche. Le programme électoral est donc celui de l’alliance commune. Celle-ci veut instaurer une réforme constitutionnelle et politique consacrant une séparation plus nette des pouvoirs, renforcer les prérogatives du Parlement et garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire.

L’alliance défend également une régionalisation plus effective et une approche politique de la question du Sahara dans le cadre de la souveraineté nationale. Sur le plan économique, elle veut rompre avec l’économie de rente et les privilèges, en faveur d’une économie mixte associant un État actif et un secteur privé productif. Elle privilégie les PME créatrices d’emplois et entend utiliser une fiscalité ciblée pour lutter contre la captation de ressources par les rentes.

Sur le plan social, le projet vise la justice sociale, la réduction des inégalités, la lutte contre la pauvreté, le chômage et l’analphabétisme, particulièrement chez les femmes et dans le monde rural. L’éducation et la santé publiques sont considérées comme des missions nationales prioritaires.

L’alliance revendique aussi une renaissance culturelle fondée sur la science, la culture, les droits humains, la modernité et la lutte contre la fuite des cerveaux.

Lire aussi : Législatives : qui sont les partis en lice en 2026 ?

Fédération de la gauche démocratique (FGD)

La FGD partage donc le même programme électoral que le PSU dans le cadre de l’Alliance de la gauche. Le socle politique commun prévoit une réforme constitutionnelle allant vers une monarchie parlementaire, une séparation renforcée des pouvoirs, une indépendance accrue de la justice et un renforcement du rôle du Parlement.

L’alliance veut également lutter contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts, renforcer la reddition des comptes et établir un nouveau modèle de développement plus juste et plus respectueux de l’environnement. Elle revendique une économie mixte et productive, le renforcement des services publics, ainsi qu’une égalité renforcée entre les femmes et les hommes.

Le programme commun comprend six grandes familles de politiques : développement humain, justice sociale, droits et libertés, institutions, transition verte et politique étrangère. La transition écologique englobe notamment les énergies renouvelables, l’eau et le dessalement, la souveraineté alimentaire, les forêts, la biodiversité, l’économie circulaire et les transports durables.

Sur le plan international, l’Alliance défend une politique étrangère axée sur la souveraineté, le multilatéralisme et la paix, ainsi qu’un soutien à la cause palestinienne. Le projet prévoit également de renforcer la politique à l’égard des Marocains résidant à l’étranger.

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