Le conflit au Moyen-Orient fragilise l’économie mondiale
Frappe israélienne sur le village de Khiam, dans le sud du Liban © AFP
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Si la signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran constitue un premier signal d’apaisement, l’incertitude demeure élevée. Pour les économistes de Coface, les prochains mois seront déterminants pour savoir si le monde s’oriente vers une désescalade durable ou vers une reprise des hostilités.
Dans ce contexte, Coface a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale. L’économie mondiale devrait désormais progresser de 2,3% en 2026 et de 2,5% en 2027, soit une révision négative de 0,6 point sur deux ans par rapport aux estimations précédentes.
L’inflation repart à la hausse
La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué une hausse des prix de nombreuses matières premières stratégiques, notamment le pétrole, les produits raffinés, les engrais, l’aluminium et plusieurs intrants industriels.
Selon Coface, les prix du pétrole devraient rester durablement élevés, avec un baril de Brent attendu en moyenne à 85 dollars en 2026 puis à 75 dollars en 2027, des niveaux supérieurs de 30% à 40% aux projections établies avant le conflit.
Cette flambée énergétique alimente un nouveau cycle inflationniste qui touche aussi bien les biens manufacturés que les services. Si les marchés du travail apparaissent aujourd’hui moins tendus qu’après la pandémie de Covid-19, les banques centrales restent prudentes face au risque de voir cette inflation s’installer durablement.
La Réserve fédérale américaine devrait ainsi maintenir une politique monétaire restrictive, tandis que la Banque centrale européenne a déjà commencé à relever ses taux d’intérêt.
Les grandes économies résistent mais ralentissent
Les États-Unis devraient mieux résister que la plupart des grandes économies grâce à une consommation encore relativement solide et à la poursuite des investissements liés à l’intelligence artificielle. Toutefois, l’inflation réduit progressivement le pouvoir d’achat des ménages et la croissance devrait ralentir au cours des prochains trimestres.
En Europe, la situation apparaît plus fragile. Le Royaume-Uni subit une hausse des coûts énergétiques qui pèse sur la consommation et sur la confiance des entreprises. En Allemagne, l’industrie reste affaiblie par la concurrence chinoise et par la faiblesse persistante de la demande mondiale.
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La France continue, elle aussi, d’être confrontée à une demande intérieure atone. Coface souligne que le taux d’épargne des ménages demeure exceptionnellement élevé, traduisant l’attentisme des consommateurs dans un contexte économique et politique incertain. L’Italie et l’Espagne devraient conserver une croissance positive mais moins dynamique qu’espéré avant le conflit.
L’Asie confrontée au choc énergétique
En Asie, les effets du conflit sont contrastés. La Chine conserve une croissance relativement solide, soutenue par ses exportations de produits électroniques, de véhicules électriques et par les investissements liés à l’intelligence artificielle. Toutefois, la faiblesse persistante de la consommation intérieure continue de peser sur l’activité.
L’Inde, quant à elle, a évité des pénuries majeures d’énergie, mais fait désormais face à une pression accrue sur sa balance des paiements et sur sa monnaie.
L’Asie du Sud-Est apparaît beaucoup plus vulnérable. Les coûts élevés de l’énergie et des matières premières alimentent l’inflation, réduisent les marges des entreprises et affaiblissent progressivement l’activité manufacturière dans plusieurs économies, notamment l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam.
Les pays du Golfe parmi les plus touchés
Sans surprise, les économies du Conseil de coopération du Golfe figurent parmi les principales victimes du conflit.
Le Qatar, Bahreïn et le Koweït sont particulièrement pénalisés par leur forte dépendance au détroit d’Ormuz pour leurs exportations d’hydrocarbures. Les Émirats arabes unis souffrent du ralentissement des activités logistiques, commerciales et touristiques.
L’Arabie saoudite limite partiellement les dégâts grâce à ses capacités d’exportation via la mer Rouge, mais enregistre néanmoins un net ralentissement de sa croissance.
Selon Coface, la reprise économique de la région dépendra largement du retour de la confiance des investisseurs et du rétablissement complet des échanges commerciaux.
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L’Afrique également exposée
Même si l’impact direct varie selon les pays, l’Afrique n’échappe pas aux conséquences du conflit.
Les économies les plus industrialisées, comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Maroc, sont davantage exposées à la hausse des prix pétroliers.
Par ailleurs, Coface estime que l’ensemble du continent pourrait subir une nouvelle poussée inflationniste liée au renchérissement des produits alimentaires, des engrais et des coûts de transport.
Les pays exportateurs de matières premières, notamment l’Algérie, l’Angola ou la Zambie, pourraient toutefois bénéficier temporairement de la hausse des cours internationaux.
L’Égypte demeure l’un des pays africains les plus vulnérables. Le tourisme, les recettes du canal de Suez, les transferts des travailleurs expatriés ainsi que les finances publiques sont tous affectés par les conséquences du conflit régional.
Les transports et les entreprises sous pression
Le secteur des transports figure parmi les premiers touchés. La fermeture du détroit d’Ormuz a fortement perturbé le transport maritime mondial, provoquant un allongement des délais de livraison, une hausse des coûts logistiques et une augmentation sensible des prix du fret.
Le transport aérien souffre également de la flambée des prix du kérosène, obligeant plusieurs compagnies à réduire leurs capacités.
Dans ce contexte, Coface anticipe une nouvelle progression des défaillances d’entreprises. Après une hausse de 6% en 2025, celles-ci devraient encore augmenter de 6% en 2026 puis de 5% en 2027. Les secteurs les plus exposés restent les transports, la construction, l’énergie, la métallurgie, le papier et plusieurs industries fortement consommatrices d’énergie.
Face à cette détérioration du contexte international, Coface a procédé à huit déclassements de risques pays : Cambodge, Indonésie, Koweït, Madagascar, Malaisie, Philippines, Tanzanie et Vietnam voient leur notation se dégrader Au total, plus de quarante évaluations sectorielles ont également été revues à la baisse dans plusieurs régions du monde.
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