« Faire grandir le Salon sans perdre sa singularité » : le pari du Salon du Cheval d’El Jadida
El Habib Marzak, commissaire du Salon du Cheval d'El Jadida © Salon du Cheval
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D’un rendez-vous destiné avant tout aux professionnels de la filière équine à un événement accueillant également les familles, les passionnés et les visiteurs curieux de découvrir l’univers du cheval, le Salon du Cheval d’El Jadida a progressivement élargi son audience au fil de ses 17 éditions. Cette évolution constitue l’une des principales transformations relevées par El Habib Marzak, commissaire du Salon, qui voit dans cette ouverture l’un des leviers permettant de rapprocher le public d’une pratique équestre encore dépendante, pour son développement, de structures de formation et d’équipements adaptés.
« Ce qui a le plus changé, c’est l’élargissement du public », explique-t-il dans une interview accordée à LeBrief. Si le Salon s’est imposé dès ses premières éditions comme un rendez-vous annuel pour les professionnels de la filière, nationaux et internationaux, il accueille désormais des visiteurs aux profils plus diversifiés. Certains viennent assister à une compétition, d’autres découvrir un spectacle ou profiter d’une sortie en famille, sans nécessairement pratiquer l’équitation ni entretenir de lien particulier avec le monde équestre.
Cette diversification du public a amené les organisateurs à adapter leur offre à différents profils de visiteurs. Le village enfants, les spectacles ouverts à tous et les tarifs accessibles visent à élargir la fréquentation. L’entrée coûte 20 dirhams pour les adultes et 10 dirhams pour les enfants. Cette politique vise à rendre l’événement accessible au-delà des professionnels et des passionnés d’équitation, en permettant à un public plus large de découvrir l’univers du cheval.
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Une première rencontre avec le cheval
Pour El Habib Marzak, cette ouverture contribue à la démocratisation de la pratique équestre au Maroc, à condition de distinguer la découverte du cheval de la possibilité de pratiquer régulièrement l’équitation. Le Salon offre, selon lui, un cadre accessible et encadré à des personnes qui n’ont parfois jamais approché un cheval. Cette première expérience peut susciter de l’intérêt et permettre de mieux connaître les différentes disciplines, sans constituer, à elle seule, une garantie d’accès durable à la pratique.
Le village enfants illustre cette volonté de familiariser les plus jeunes avec l’animal. Il propose des ateliers ainsi que des initiations aux poneys, tandis que les spectacles de Tbourida et les Nuits équestres s’adressent à un public plus large, qui peut découvrir les traditions et les arts équestres sans nécessairement disposer de connaissances techniques préalables, selon le commissaire.
Marzak insiste toutefois sur les limites de cet effet de sensibilisation. « Démocratiser la pratique suppose aussi des clubs, des structures de formation et des moyens qui dépassent le cadre du Salon », souligne-t-il. Autrement dit, la visibilité offerte pendant quelques jours ne saurait se substituer aux infrastructures et aux dispositifs nécessaires à l’apprentissage et à la pratique régulière de l’équitation.
Le rôle du Salon se situe ainsi en amont de ce parcours. « Notre rôle est celui d’un déclencheur : le lieu d’une première rencontre avec le cheval », résume El Habib Marzak. Cette conception permet de replacer l’événement dans une logique plus large, celle d’un espace de découverte et de sensibilisation, dont les effets sur la démocratisation de l’équitation dépendent également de possibilités de pratique accessibles en dehors du site.
Le saut d’obstacles comme indicateur du rayonnement sportif
Au-delà de son ouverture au grand public, le Salon entend mesurer son évolution à travers le niveau des compétitions accueillies. Pour son commissaire, cet indicateur constitue le premier élément permettant d’apprécier l’impact de l’événement. L’édition de cette année marque, à cet égard, une étape avec le Grand Prix de saut d’obstacles, qui accède au niveau CSI5*-W, présenté par El Habib Marzak comme le plus élevé à l’international.
Cette progression inscrit El Jadida dans le circuit des grands rendez-vous équestres mondiaux, selon le commissaire. Elle s’inscrit dans le cadre du Morocco Royal Tour, qui contribue à donner une visibilité internationale au saut d’obstacles organisé au Maroc. Le niveau de la compétition constitue ainsi un marqueur du positionnement recherché par les organisateurs, au-delà de la dimension grand public de la manifestation.
L’ambition sportive ne se limite cependant pas à une seule discipline. Le Salon offre également une vitrine à différentes pratiques et activités liées au cheval, avec l’objectif de leur accorder une visibilité auprès des professionnels comme des visiteurs. Les concours d’élevage du cheval Barbe, Arabe-Barbe et Pur-Sang Arabe occupent une place dans cette programmation, en mettant en lumière des races et des activités relevant de la filière équine.
La Tbourida bénéficie, pour sa part, d’une scène de premier plan à travers le « Grand prix de sa majesté le roi Mohammed VI ». Cette discipline traditionnelle, inscrite en 2021 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco, participe à l’identité du Salon et à sa dimension patrimoniale. Sa présence permet de conjuguer démonstration équestre, transmission d’un héritage culturel et rencontre avec des publics qui ne fréquentent pas nécessairement les compétitions sportives.
Les arts équestres occupent également une place dans cette articulation entre spectacle et patrimoine, notamment à travers les Nuits équestres. L’artisanat équestre complète cette offre dans les espaces d’exposition, où les savoir-faire associés au cheval trouvent une vitrine auprès du public. Pour El Habib Marzak, cette diversité constitue une caractéristique essentielle du rendez-vous jdidi ; les disciplines sportives, les pratiques traditionnelles, l’élevage et les activités artisanales y sont réunis au sein d’une même manifestation.
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Consolider l’offre professionnelle et améliorer l’accueil
Pour les prochaines éditions, le commissaire affiche la volonté de poursuivre cette trajectoire tout en améliorant plusieurs aspects de l’organisation. Le premier concerne l’ouverture à l’international, que les organisateurs souhaitent élargir afin de renforcer les échanges et la présence de professionnels venus de différents horizons.
Cette ambition s’accompagne d’un enjeu plus opérationnel, à savoir l’efficacité des relations entre les acteurs de la filière. El Habib Marzak souhaite ainsi développer un espace de rencontres entre professionnels, ou B2B, plus efficace, afin que le Salon constitue un outil réellement utile à ceux qui travaillent dans le secteur équin. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’accroître la visibilité de l’événement, mais aussi de favoriser les échanges professionnels au-delà des compétitions et des présentations publiques.
L’organisation des espaces figure également parmi les axes d’amélioration annoncés. Le commissaire évoque la nécessité de rendre le parcours du visiteur plus lisible, afin de faciliter la circulation et la découverte des différentes composantes du Salon. Une meilleure structuration des espaces doit permettre de répondre à la diversité des attentes, entre visiteurs venus pour les spectacles, passionnés de compétitions et professionnels intéressés par les activités de la filière.
Les partenaires devraient, eux aussi, bénéficier d’une place plus importante dans l’animation du rendez-vous. Cette orientation traduit la volonté de renforcer leur contribution à l’expérience proposée sur le site, tout en poursuivant le développement général de la manifestation.
Reste à concilier ces ambitions sans diluer ce qui distingue le Salon du Cheval d’El Jadida. El Habib Marzak défend une évolution qui préserve la coexistence de plusieurs dimensions : la compétition de haut niveau, la mise en valeur du patrimoine équestre et l’ouverture au grand public. « L’objectif est de faire grandir le Salon sans perdre ce qui fait sa singularité », affirme-t-il.
Derrière cette ambition se dessine un double défi. Le premier consiste à conforter la place d’El Jadida parmi les rendez-vous équestres internationaux, notamment à travers le niveau des compétitions et le développement des échanges professionnels. Le second est de maintenir l’accessibilité de l’événement et sa capacité à faire découvrir le cheval à de nouveaux publics. Pour son commissaire, la réussite du Salon repose précisément sur cette articulation entre excellence sportive, transmission des traditions et élargissement de l’audience.
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