Au Salon du Cheval d’El Jadida, l’art prolonge la culture équestre

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Au Salon du Cheval d’El Jadida, l’art prolonge la culture équestreAu Salon du Cheval d’El Jadida, l’art prolonge la culture équestre © LeBrief/Ayoub Jouadi

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Au-delà des compétitions et des démonstrations équestres, le Salon du Cheval d’El Jadida met en lumière les expressions artistiques inspirées par le cheval et les savoir-faire qui leur donnent forme. De la peinture à la sculpture monumentale, en passant par l’édition d’art et les livres pour enfants, les espaces culturels réunissent artistes, éditeurs et professionnels de la fabrication.

Au Parc des expositions Mohammed VI, le cheval ne se limite pas aux pistes de compétition et aux démonstrations qui rythment le Salon. Il investit aussi les espaces consacrés aux arts, où il devient sujet de peinture, matière à sculpter et objet de récits. Cette dimension culturelle s’inscrit dans la vocation de la manifestation, dont la 17e édition se tient du 13 au 18 octobre 2026 sous le thème « Le cheval au service de l’humain ».

Dans l’espace consacré à la galerie et aux éditions Marsam, la diversité des supports témoigne de cette volonté d’explorer les multiples représentations du cheval dans la création marocaine. Rachid Chraïbi, commissaire d’expositions de la galerie, présente une sélection qui associe peinture, sculpture, photographie, lithographie et tapisserie. Partenaire de l’Association du Salon du Cheval depuis les premières éditions, Marsam assure ainsi la représentation du volet artistique et culturel de l’événement.

« Nous travaillons avec l’Association depuis la création du Salon. Chaque année, nous y présentons une quinzaine à une vingtaine d’artistes qui expriment leur créativité à travers différents supports : peinture, sculpture, lithographie ou encore tapisserie », explique-t-il dans une déclaration à LeBrief.

Pour cette édition, la galerie élargit sa sélection à vingt-cinq artistes marocains, auxquels s’ajoutent plusieurs ateliers d’art. Les créations exposées illustrent différentes approches plastiques et techniques. Des sculptures en bois, en bronze et en polyester côtoient notamment un tapis mural, des photographies professionnelles et des lithographies. La peinture occupe également une place importante dans cet ensemble, avec des artistes représentant plusieurs courants de la scène marocaine, de la figuration à l’abstraction, en passant par le signe et la lettre.

Cette pluralité permet de dépasser la représentation du cheval comme simple motif décoratif. Selon les œuvres et les sensibilités, il devient une forme à interpréter, un sujet à réinventer ou un support d’expression plastique. La sélection entend ainsi rendre compte de la diversité des démarches artistiques marocaines, sans réduire la création à une seule représentation de l’univers équestre.

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De la sculpture à l’édition, transmettre une mémoire du cheval

L’engagement de Marsam auprès du Salon ne se limite pas à l’exposition des œuvres. Depuis le début du partenariat, la galerie et la maison d’édition accompagnent également la manifestation par des publications consacrées à l’histoire du cheval et à ses représentations dans la culture marocaine et arabe.

Parmi les titres présentés figurent L’Art équestre marocain, Le Cheval dans l’art moderne marocain et Les Noms du cheval chez les Arabes. Ces ouvrages prolongent, sur le papier, le travail de valorisation entrepris dans les espaces d’exposition. Ils permettent d’aborder le cheval à travers les pratiques artistiques, le patrimoine et les différentes dimensions culturelles associées à cet animal.

Rachid Chraïbi évoque aussi un livre d’art et un portfolio consacrés aux chevaux du Prophète. Le projet repose sur la rencontre entre descriptions, représentations plastiques et calligraphie. « Le Prophète possédait plusieurs chevaux dont nous avons confié les descriptions à des artistes, qui les ont représentés dans leurs œuvres, accompagnées de calligraphies », précise le commissaire d’expositions.

L’ouvrage associe ainsi le travail des artistes à une démarche éditoriale qui fait de l’illustration un moyen de donner une forme visuelle à des récits et à des descriptions. L’édition d’art devient, dans ce cadre, un prolongement de l’exposition.

La transmission passe également par les jeunes lecteurs. Marsam a publié des contes pour enfants autour du cheval, afin de familiariser les plus petits avec cet univers dès le plus jeune âge. Les ouvrages sont disponibles en arabe et en français, tandis que l’un d’entre eux existe également en anglais. Ce choix linguistique élargit les possibilités de diffusion de ces publications et leur permet de s’adresser à différents publics.

La diffusion de ces œuvres dépasse par ailleurs le cadre de la manifestation. Selon le commissaire, les collections de Marsam sont aussi présentées dans les aéroports Mohammed V de Casablanca et Rabat-Salé. Depuis environ un mois, les voyageurs arrivant au Maroc peuvent ainsi découvrir une sélection de créations et de publications rappelant que le Salon du Cheval ne se résume pas aux compétitions ou aux activités équestres. La culture occupe, elle aussi, une place importante dans le rendez-vous.

Le cheval, entre imaginaire collectif et mémoire de Doukkala

Pour Rachid Chraïbi, cette place accordée aux arts s’explique notamment par l’importance du cheval dans l’imaginaire collectif marocain. L’animal ne renvoie pas uniquement à une pratique sportive ou à un savoir-faire technique. Il est également associé à des valeurs et à des représentations qui traversent les fêtes, les célébrations et les traditions locales.

« Le cheval incarne la fierté et la générosité marocaines, ainsi que des valeurs de courage et de bravoure. Il occupe, pour cette raison, une place importante dans l’imaginaire collectif. Il nous accompagne dans nos fêtes, nos moments de joie et les différentes célébrations familiales », souligne-t-il.

Cette relation ancienne trouve notamment son expression dans le moussem de Moulay Abdellah, organisé dans la région d’El Jadida et considéré par le commissaire d’expositions comme l’un des plus anciens moussems de la région. La tradition équestre y prend place dans un ensemble de pratiques festives et culturelles auxquelles la mémoire locale demeure attachée.

C’est également à travers la littérature que Marsam entend faire vivre cette mémoire. À l’occasion du centenaire de la naissance de Driss Chraïbi, l’éditeur a publié un ouvrage consacré aux souvenirs de l’écrivain liés à El Jadida. Né en 1926 dans l’ancienne Mazagan et décédé en 2007, l’auteur demeure une figure majeure de la littérature marocaine d’expression française.

Dans son récit de souvenirs consacré à la ville, Driss Chraïbi évoque notamment son père, qui vendait du thé dans les souks et les moussems de Doukkala. Ces passages constituent, pour Rachid Chraïbi, un point d’ancrage pour rappeler les liens entre la vie quotidienne, les rassemblements populaires et les traditions équestres de la région.

Le nouvel ouvrage revient ainsi sur le moussem de Moulay Abdellah et sur la place qu’occupe cette tradition dans la mémoire de l’écrivain. En l’intégrant à son programme éditorial, Marsam rapproche deux formes de transmission, celle de l’histoire culturelle du cheval et celle des souvenirs littéraires qui documentent les pratiques et les paysages d’une époque.

Lire aussi : Salon du Cheval : les artisans de la Tbourida face au défi de la transmission

Jojma, entre vision artistique et maîtrise des matériaux

La création présentée au Salon ne repose toutefois pas uniquement sur les œuvres achevées. En amont de certaines sculptures, des professionnels interviennent pour transformer les idées des artistes en objets concrets. C’est le rôle revendiqué par la société Jojma, spécialisée dans la sculpture et la réalisation d’œuvres d’art, qui participe pour la première fois au Salon du Cheval d’El Jadida.

Son représentant, Mohamed Taher El Yazidi, voit dans cette présence une occasion de mettre en valeur les métiers de la sculpture au Maroc. « Il s’agit de notre première participation au Salon du Cheval d’El Jadida, et nous sommes très fiers d’y représenter les métiers de la sculpture au Maroc », affirme-t-il dans une déclaration à LeBrief.

La société travaille habituellement avec des artistes reconnus, pour lesquels elle réalise des pièces sur mesure. L’intervention ne consiste pas simplement à exécuter une commande standardisée, elle suppose de comprendre un concept artistique, de respecter des exigences précises et de choisir les procédés de fabrication adaptés au projet.

« Notre rôle consiste à donner une forme concrète à leurs idées, en transformant leurs conceptions en œuvres réelles », résume Mohamed Taher El Yazidi.

Cette étape de réalisation mobilise plusieurs matériaux, notamment la résine polyester, l’acier Corten et le laiton. Le choix dépend des demandes de l’artiste et des caractéristiques de chaque œuvre. Il engage des contraintes techniques propres à la fabrication, tout en restant fidèle à l’intention créative de départ.

Jojma indique avoir déjà réalisé des œuvres pour plusieurs établissements et projets prestigieux, notamment la Mamounia, le Four Seasons et la tour Mohammed VI. La société y a installé des sculptures monumentales, un type de réalisation qui exige d’adapter la fabrication aux dimensions des pièces et à leur destination.

Pour l’entreprise, le Salon représente aussi une occasion commerciale. Mohamed Taher El Yazidi indique que plusieurs œuvres ont déjà été vendues à des visiteurs venus s’intéresser aux sculptures et aux créations artistiques.

Au-delà de ces résultats, le représentant de Jojma insiste sur la complémentarité entre la conception artistique et les compétences techniques nécessaires à la réalisation des œuvres. La société cherche à préserver la vision de chaque créateur tout en associant savoir-faire traditionnel et technologies de fabrication. Cette méthode lui permet, selon lui, de répondre à des demandes variées et de concrétiser des projets différents.

Du livre illustré à la sculpture monumentale, les initiatives présentées au Salon témoignent ainsi de plusieurs manières de faire vivre la culture équestre. D’un côté, la galerie et les éditions Marsam s’attachent à documenter, exposer et transmettre les représentations du cheval ; de l’autre, Jojma met en avant le travail technique qui permet aux artistes de matérialiser leurs idées. Deux démarches distinctes, réunies par une même volonté, celle d’inscrire la création artistique dans un patrimoine qui continue d’évoluer et de trouver de nouveaux publics.

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