Intelligence artificielle : le Maroc, futur pays émergent ?
Lors du panel sur l'exploitation de l’IA physique et des ODD pour la prochaine ère industrielle, entre Mounir Sada
Mounir Sada, fondateur - AI.RE, Suisse
Dr Mehdi Snène
Dr Mehdi Snène, responsable de l'IA - Nations Unies, Suisse, 20 janvier 2026, Casablanca © Ayoub Jouadi LeBrief
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L’année 2026 marque un tournant économique et technologique pour le Maroc. Avec une progression de 55% par rapport à l’année précédente, le Royaume entre officiellement dans la catégorie des pays émergents, un statut longtemps réservé à des économies comme Singapour, Taïwan ou l’Afrique du Sud. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de transformation profonde, portée par l’intelligence artificielle (IA), au cœur des débats stratégiques internationaux.
L’IA, un levier stratégique pour les pays émergents
Intervenant lors d’un échange consacré à la souveraineté technologique, Dr Mehdi Snène, responsable de l’IA aux Nations Unies, a rappelé le rôle central de l’Organisation dans l’encadrement de cette révolution. « Les Nations Unies reposent sur trois piliers essentiels : le développement, les droits humains et la durabilité. L’intelligence artificielle touche directement ces trois dimensions », a-t-il souligné.
S’il reconnaît les risques liés à l’IA, notamment pour les droits humains et l’influence sur les processus démocratiques, Dr Snène insiste sur son potentiel pour accélérer le développement des pays émergents, à condition que ceux-ci préservent leur autonomie stratégique.
Selon Dr Mehdi Snène, la souveraineté à l’ère de l’IA ne se limite plus aux frontières politiques. Elle englobe désormais l’ensemble de la chaîne de valeur technologique, de l’énergie et des infrastructures de calcul jusqu’aux données et aux modèles algorithmiques. « La globalité n’exclut pas la souveraineté nationale. Chaque pays doit évaluer ses propres opportunités et risques selon son contexte politique, culturel et social », a-t-il souligné.
Dans ce cadre, les Nations Unies se positionnent comme un forum central de dialogue, visant à établir des règles communes tout en respectant les décisions souveraines des États membres.
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Construire un tissu industriel équitable et durable
Fondateur d’AI.RE, Mounir Sada a, pour sa part, souligné la dimension industrielle de l’IA. Il estime que la révolution actuelle n’en est qu’à ses débuts et que les industries disposent déjà des données nécessaires pour engager des investissements structurants. « Ceux qui investiront aujourd’hui bénéficieront demain d’un avantage compétitif décisif », a-t-il affirmé.
Selon lui, l’Afrique du Nord ne pourra combler son retard technologique qu’à travers des alliances régionales et une mutualisation des efforts, notamment face aux coûts élevés des infrastructures et des capacités de calcul.
Talents, formation et nouvelle génération d’ingénieurs
Un autre enjeu majeur soulevé concerne le capital humain. Mounir Sada insiste sur la nécessité de repenser les modèles de formation afin de permettre aux jeunes ingénieurs de s’approprier rapidement les outils existants. « Il n’est pas indispensable de construire de grands modèles de langage. Il existe suffisamment de ressources aujourd’hui pour développer des solutions adaptées à nos réalités locales », a-t-il expliqué.
Santé, éducation, agriculture ou lutte contre la désertification figurent parmi les domaines où des modèles d’IA locaux peuvent générer un impact direct, tout en favorisant l’émergence de start-up et l’exportation de talents.
Dr Mehdi Snène estime que la communauté internationale dispose d’une fenêtre d’opportunité limitée. « Dans un an, l’IA sera un outil banal, remplacée dans le débat public par d’autres technologies émergentes comme la robotique avancée ou le calcul neuromorphique », a-t-il conclu.
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