IA et souveraineté : le Maroc face à la recomposition de l’ordre technologique mondial

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

IA et souveraineté le Maroc face à la recomposition de l’ordre technologique mondialOmar Hilale, représentant permanent du Royaume du Maroc auprès des Nations unies © LeBrief

A
A
A
A
A

La montée en puissance de l’intelligence artificielle redessine aujourd’hui les équilibres géopolitiques mondiaux. Loin d’être un simple levier d’innovation, l’IA est devenue un champ de rivalités stratégiques, où se croisent enjeux de souveraineté, de sécurité et d’influence. C’est dans ce contexte que s’inscrit la vision portée par le Maroc à travers le projet « Maroc-IA 2030 », présenté comme une réponse lucide à la concentration technologique mondiale et aux fractures numériques croissantes.

 

D’emblée, Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, place le débat dans une perspective globale. Selon lui, « nous vivons un moment de bascule où l’intelligence artificielle n’est plus une projection, mais une réalité qui structure la puissance internationale ».

Une révolution technologique dominée par quelques pôles

Omar Hilale souligne que les investissements privés dans l’IA ont dépassé les 200 milliards de dollars, tandis que la capacité de calcul des infrastructures mondiales connaît une croissance exponentielle. Cette dynamique s’accompagne cependant d’une concentration extrême : près de 60% des capacités sont détenues par des acteurs technologiques américains, alors que la Chine capte plus de la moitié des dépenses mondiales liées aux brevets stratégiques.

Selon le diplomate, cette concentration n’est pas neutre. « La domination technologique crée une dépendance structurelle qui, à terme, limite la capacité des États à décider librement de leur avenir numérique ».

La souveraineté des données devient dès lors un enjeu central. Alors que l’Union européenne adapte son cadre réglementaire et que les États-Unis comme la Chine développent des clouds souverains, moins de 2% de la capacité mondiale des datacenters est aujourd’hui accessible en dehors de ces pôles dominants.

L’Afrique, marginalisée dans la course à l’IA

Malgré l’adoption de stratégies nationales par plus de 70 pays, l’Afrique ne capte que 1,5% des investissements mondiaux dans l’IA. Une situation que le diplomate marocain qualifie de préoccupante, « « L’Afrique ne peut rester spectatrice d’une révolution technologique qui déterminera son développement économique, social et politique ». Cette marginalisation révèle, selon lui, l’urgence d’un modèle alternatif fondé sur la coopération et l’appropriation locale des technologies.

Lire aussi : Intelligence artificielle : les lignes rouges d’un usage responsable selon la CNDP

Face à ces déséquilibres, le Maroc a fait le choix d’une stratégie proactive. Le projet Maroc-IA 2030 vise à placer le Royaume parmi les pays maîtrisant les outils numériques avancés, tout en bâtissant une économie digitale compétitive et durable.

Omar Hilale insiste sur la dimension politique de cette orientation, soulignant que « la souveraineté numérique n’est pas un luxe, c’est une condition de notre indépendance stratégique dans un monde interconnecté ».

Au cœur de cette doctrine figure le développement d’une IA souveraine, reposant sur des infrastructures nationales capables de stocker et de traiter les données sur le territoire marocain. « Contrôler nos données, c’est contrôler notre destin numérique », affirme-t-il.

L’IA comme instrument de soft power

Au-delà de la dimension nationale, le Maroc entend faire de l’IA un outil de rayonnement international. L’objectif est de proposer un modèle adaptable aux réalités des pays du Sud, loin des solutions standardisées imposées par les grandes puissances technologiques. « Nous voulons faire de l’intelligence artificielle un levier de co-développement, pas un facteur d’exclusion », souligne Omar Hilale.

Cette approche se décline à travers une coopération solidaire, notamment dans des secteurs clés comme la santé, la protection sociale ou la lutte contre le changement climatique. Omar Hilale rappelle que l’IA peut positivement contribuer à plus de 130 cibles des Objectifs de développement durable, à condition d’être déployée de manière responsable et inclusive.

Lire aussi: Quel futur pour l’IA au Maroc ?

La stratégie marocaine s’accompagne d’une mobilisation diplomatique active sur la scène multilatérale. Le Royaume a co-initié, avec les États-Unis, la première résolution des Nations unies sur l’intelligence artificielle et le développement.

Omar Hilale résume que « l’IA est devenue un langage diplomatique à part entière. Celui qui participe à l’élaboration des normes façonne l’ordre technologique de demain ». Le Maroc se positionne également comme porte-voix de l’Afrique dans les débats internationaux, à travers des coalitions dédiées à la science, à la technologie et à l’innovation.

Vers une gouvernance mondiale plus équitable de l’IA

Dans un monde marqué par l’accentuation des fractures numériques, la vision portée par Maroc-IA 2030 se veut inclusive et équilibrée. « La gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle doit intégrer les besoins du Sud global, sans quoi elle renforcera les inégalités existantes », avertit Omar Hilale.

En articulant souveraineté numérique, coopération internationale et diplomatie technologique, le Maroc ambitionne de s’imposer comme un acteur crédible de la nouvelle géopolitique de l’IA. « Notre choix est de faire de l’intelligence artificielle un instrument de justice, de développement partagé et de souveraineté assumée », conclut le représentant permanent du Royaume.

À l’heure où l’IA devient un déterminant central de la puissance au XXIe siècle, le Maroc entend ainsi transformer l’innovation technologique en levier stratégique, au service de ses intérêts nationaux et de ceux du continent africain.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Rabat accueille le premier Bureau thématique de l’ONU Tourisme dédié à l’innovation en Afrique

Politique - Rabat a inauguré le premier Bureau de l’ONU Tourisme sur l’innovation pour l’Afrique. Cette structure vise à soutenir l’Agenda 2030.

Mouna Aghlal - 24 avril 2026
Agriculture : un partenariat renforcé pour accélérer la digitalisation et l’IA

Politique - Ahmed El Bouari et Amal El Fallah Seghrouchni ont signé une déclaration pour accélérer la digitalisation dans l’agriculture.

Mouna Aghlal - 24 avril 2026
Sahara : le Royaume-Uni réaffirme son soutien au plan d’autonomie

Politique - Londres renouvelle son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, jugé crédible et réaliste.

Ilyasse Rhamir - 24 avril 2026
SIAM 2026 : le roi Mohammed VI offre un dîner en l’honneur des invités et participants

Politique - Le roi Mohammed VI a offert un dîner à Meknès à l'occasion de la 18e édition du SIAM, présidé par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch.

El Mehdi El Azhary - 23 avril 2026
SIAM 2026 : le Maroc consolide sa diplomatie agricole avec l’Afrique, le monde arabe et les Caraïbes

Politique - Le Maroc renforce sa coopération agricole avec l’Afrique, le monde arabe et les Caraïbes en marge du SIAM 2026.

El Mehdi El Azhary - 23 avril 2026
Conseil de gouvernement : santé, justice et économie au cœur des réformes

Politique - Santé, justice, économie et coopération internationale structurent les décisions adoptées lors du Conseil de gouvernement, marqué par de nouvelles lois, des accords stratégiques et plusieurs nominations à des postes décisifs.

Ilyasse Rhamir - 23 avril 2026
Voir plus
Enseignement supérieur : le gouvernement fait le point sur l’avancement de la réforme

Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le CCG salue le soutien du Roi Mohammed VI et réaffirme son appui à la marocanité du Sahara

Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Conseil de gouvernement : adoption de deux décrets sur la pêche continentale et les OPCVM

Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
La médecine à distance, pour qui ? pour quoi ? combien ?

Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?

Sabrina El Faiz - 12 mars 2026
Le roi Mohammed VI salué par le CCG pour son engagement envers la ville sainte

Politique - Le CCG salue l'engagement du roi Mohammed VI lors de la réunion ministérielle conjointe. Un moment fort pour le Maroc et la région.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Khénifra : Nizar Baraka lance plusieurs projets pour renforcer le réseau routier

Politique - Le ministre lance des projets pour renforcer la connectivité à Khénifra et améliorer les infrastructures routières locales.

Mouna Aghlal - 10 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire