Festival des littératures itinérantes : les écrivaines sont-elles reconnues à leur juste valeur ?
Livres ; image d'illustration ©DR
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La 7e édition du Festival des littératures itinérantes, organisée les 10 et 11 octobre à Rabat, a réuni des écrivaines autour de la création littéraire et de la reconnaissance de leurs œuvres. Les échanges ont mis en lumière les inégalités qui persistent dans le monde du livre, malgré une présence croissante des autrices.
Trente écrivaines, plusieurs horizons culturels et une même interrogation : les œuvres des femmes bénéficient-elles de la même reconnaissance que celles des hommes ? Pour sa 7e édition, le Festival des littératures itinérantes a consacré sa programmation aux plumes féminines, sous le thème « Le monde écrit par elles ».
Derrière cette programmation, un constat se dessine : publier ne suffit pas toujours à être reconnue. La visibilité des autrices dépend aussi de la place accordée à leurs livres dans les médias, les sélections littéraires et les espaces de discussion. Autrement dit, la question ne porte pas uniquement sur leur accès à la création, mais aussi sur la manière dont leurs œuvres sont reçues et consacrées.
Des autrices présentes, mais pas toujours reconnues
Au-delà de la visibilité offerte aux autrices, la question de leur reconnaissance demeure centrale. Invitée à Rabat, l’écrivaine et journaliste française Vanessa Schneider estime que les femmes ont progressivement investi un espace longtemps dominé par les hommes, sans que cette évolution mette fin aux disparités.
« Il n’y a pas de raison que ça soit un terrain qui soit réservé qu’aux hommes », souligne-t-elle. Pour autant, leur présence dans la création littéraire ne se traduit pas systématiquement par une reconnaissance équivalente. L’autrice pointe notamment les prix littéraires, où les hommes restent, selon elle, davantage représentés dans les jurys et parmi les lauréats.
Ces distinctions jouent un rôle important dans la trajectoire d’un livre. Elles attirent l’attention des médias, renforcent sa visibilité en librairie et contribuent à installer un auteur dans le paysage littéraire. La composition des jurys et les choix de sélection participent ainsi aux mécanismes qui déterminent quelles œuvres accèdent à une reconnaissance plus large.
La question dépasse donc le nombre de livres publiés par des femmes. Elle concerne aussi les critères qui orientent la réception des œuvres et les voix qui bénéficient d’une exposition durable. Si les festivals peuvent contribuer à mettre des autrices en lumière, cette visibilité reste à prolonger bien après la fin des rencontres.
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Les stéréotypes qui pèsent sur les autrices
La reconnaissance littéraire se joue également dans le regard porté sur les sujets abordés par les écrivaines. Fouzia Taouzari, autrice et psychanalyste, observe que certains préjugés peuvent conduire à associer davantage les hommes aux sujets économiques et politiques, tandis que les femmes seraient plus spontanément attendues sur la maternité ou l’amour.
Cette répartition implicite des thèmes contribue à enfermer les écrivaines dans des catégories prédéfinies. Elle peut aussi influencer la manière dont leurs textes sont présentés, commentés ou interprétés. Une œuvre abordant l’intime risque alors d’être réduite à une expérience personnelle, tandis que les questions politiques ou économiques traitées dans un récit peuvent être perçues comme des sujets plus universels.
Or, cette distinction ne tient pas. Les expériences individuelles peuvent éclairer des réalités collectives, qu’il s’agisse des normes sociales, des rapports de pouvoir ou des attentes imposées aux femmes. L’intime lui-même peut porter une dimension politique lorsqu’il permet de questionner les structures qui organisent la société.
L’enjeu n’est donc pas de réserver certains sujets aux écrivaines ou de leur imposer d’autres thèmes, mais de reconnaître la diversité de leurs écritures. Les autrices doivent pouvoir explorer tous les registres sans que leur identité détermine, à elle seule, la manière dont leurs œuvres sont lues.
Une visibilité qui doit durer au-delà des festivals
Pour Vanessa Schneider, la nécessité de telles rencontres reste entière. Les inégalités persistent selon les pays, les territoires et les milieux sociaux. La programmation exclusivement féminine de cette édition rappelle que l’enjeu ne se limite pas à permettre aux femmes d’écrire, mais consiste aussi à leur garantir une place dans les espaces où la littérature est discutée, médiatisée et consacrée.
Les festivals offrent un cadre pour faire circuler les textes, favoriser les échanges entre écrivaines et lecteurs et attirer l’attention sur des œuvres parfois moins exposées. Mais leur portée dépend aussi de ce qui se passe après les rencontres : la couverture médiatique, la diffusion des livres et leur présence dans les discussions littéraires contribuent à prolonger cette attention.
Le défi ne s’arrête donc pas aux deux journées du festival. Il concerne la continuité de la visibilité des autrices et la reconnaissance de leurs œuvres au-delà des événements qui leur sont dédiés. Car donner la parole aux écrivaines constitue une étape ; faire en sorte que leurs livres soient lus, discutés et distingués dans la durée en est une autre.
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