Espagne-Maroc : pourquoi la montée en puissance militaire inquiète Madrid ?
Aziz Akhannouch, chef du gouvernement marocain, en compagnie de Pedro Sánchez, premier ministre espagnol, à l'occasion de la 13e réunion de haut niveau entre le Maroc et l'Espagne, le 4 décembre 2025 à Madrid © DR
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Le Maroc accélère depuis plusieurs années la modernisation de ses forces armées à un rythme qui ne passe plus inaperçu de l’autre côté de la Méditerranée. En Espagne, cette montée en puissance suscite désormais une attention soutenue, nourrie par l’ampleur des acquisitions, la diversification des fournisseurs et la nouvelle architecture de défense que le Royaume met progressivement en place.
Cette évolution intervient dans un contexte régional marqué par la persistance du différend autour du Sahara. Elle s’inscrit également dans un contexte diplomatique particulier, après la conclusion de l’exercice militaire multinational African Lion 2026 et la signature d’une nouvelle feuille de route de coopération en matière de défense entre le Maroc et les États-Unis, couvrant la période 2026-2036.
Pour les observateurs espagnols, le Maroc est en train de construire un système de défense cohérent, multi-couches et adapté à un environnement stratégique en mutation.
Deuxième importateur d’armes en Afrique
Le Maroc est aujourd’hui le deuxième importateur d’armes en Afrique. Son budget militaire a atteint 6,3 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 6,6% sur un an, représentant environ 3,5% du PIB.
Ces chiffres, issus des estimations du Stockholm International Peace Research Institute, signifient que l’effort de défense n’est plus périphérique dans la politique publique marocaine, il est devenu l’un des axes centraux de la souveraineté nationale. Le Maroc s’est doté ces dernières années d’un ensemble de plateformes américaines de premier plan, parmi lesquelles des chasseurs F-16, des hélicoptères d’attaque AH-64 Apache et des lance-roquettes HIMARS. A cela s’ajoutent des missiles Harpoon Block II, des systèmes israéliens Barak MX et Spyder, ainsi que des équipements chinois FD-2000B et Sky Dragon 50.
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C’est précisément cette combinaison qui alimente les interrogations en Espagne. L’agence de presse espagnole EFE a consacré un long reportage à ce sujet, décrivant une montée en puissance qui ne relève plus de simples achats ponctuels, mais d’une véritable construction capacitaire. Le déploiement, signalé par des images satellites diffusées par des portails spécialisés, du système antiaérien israélien Spyder dans une base proche de Rabat a particulièrement retenu l’attention.
Ce système est présenté comme capable d’intercepter des cibles à une distance pouvant aller jusqu’à 80 kilomètres, avec un radar de détection annoncé jusqu’à 180 kilomètres. Surtout, il s’intègre dans un ensemble plus vaste, pensé pour couvrir différents scénarios opérationnels.
Le Maroc ne se contente pas de renforcer ses capacités de frappe et d’interception. Il investit aussi dans l’industrie de défense. Près de Casablanca, le pays pousse la localisation de la production de drones. La société israélienne BlueBird doit y installer une ligne de fabrication pour le drone tactique SPY-X, tandis que le groupe turc Baykar, via sa coentreprise locale Atlas Defence, prévoit de produire le drone de combat Bayraktar Akinci. La stratégie marocaine est donc nette : réduire sa dépendance extérieure et acquérir du savoir-faire local.
La dissuasion défensive
Le roi Mohammed VI a rappelé, dans un message adressé aux Forces armées royales à l’occasion de leur 70e anniversaire, que le développement des capacités défensives constituait une grande priorité. Le politologue Rachid El Houdaigui, du Policy Center for the New South (PCNS), met en avant une double logique. D’un côté, le Maroc adapte ses forces à de nouvelles orientations géoéconomiques, de l’autre, il répond à un environnement sécuritaire plus complexe.
L’idée de « hub stratégique », implique de protéger les ports, les corridors logistiques, les infrastructures énergétiques et les réseaux numériques qui relient le pays à ses partenaires africains, européens et atlantiques.
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Pour l’Espagne, cette évolution est suivie avec attention. Les relations entre les deux pays s’inscrivent dans un cadre de forte interdépendance économique, d’échanges commerciaux dynamiques et de coopérations diversifiées, nourries par un dialogue régulier sur les questions d’intérêt commun. Il serait toutefois réducteur d’interpréter cette évolution comme une dynamique offensive. Le Maroc cherche également à rassurer ses partenaires, en particulier européens, en soulignant le caractère strictement défensif de sa posture.
Dans cette lecture, le renforcement militaire du Maroc serait plutôt un facteur de stabilité, à condition qu’il soit compris comme une stratégie de protection et non d’expansion.
Le Maroc, lui, présente sa trajectoire comme celle d’un État qui se dote des moyens de sa sécurité afin de consolider sa position de carrefour. Et c’est précisément cette combinaison de puissance croissante et de discours défensif qui fait aujourd’hui de sa modernisation militaire un sujet de vigilance en Espagne, en Algérie, mais aussi dans les capitales européennes qui observent l’évolution du Maghreb avec une attention renouvelée.
Akhannouch a représenté le roi Mohammed VI à Paris lors de l’hommage à Edgar Morin et a transmis un message de condoléances royal à sa famille.
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