Droit de grève : l’UMT monte au créneau

Mbaye Gueye
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Droit de grève : feu vert de la Cour constitutionnelleManifestation contre la réforme de l’enseignement public, à Rabat, le 7 novembre 2023. © Mosa’ab Elshamy/AP/SIPA

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Après une grève générale très suivie, la centrale syndicale, l’Union marocaine du travail (UMT) intensifie son bras de fer avec le gouvernement. La centrale syndicale dénonce une adoption «forcée» du projet de loi sur le droit de grève et critique l’attitude du président de la Chambre des représentants. Face à cette situation, l’UMT se retire des commissions tripartites et promet d’amplifier son combat syndical.

Après une démonstration de force des différentes centrales syndicales, qui ont appelé à une grève nationale générale pour s’opposer au projet de loi organique n° 97.15 fixant les conditions et modalités d’exercice du droit de grève, ainsi qu’à l’inflation, le mouvement a entraîné une paralysie de l’administration. Les écoles publiques étaient fermées, les hôpitaux fonctionnaient au ralenti entre autres. Le Conseil national de l’Union marocaine du travail (UMT) a salué la forte mobilisation lors de la grève générale des 5 et 6 février 2025, affirmant un taux de participation de 84,9%, bien supérieur aux chiffres avancés par le gouvernement.

Cependant, l’UMT a mené la bataille dans les coulisses du Parlement avec son groupe parlementaire à la Chambre des conseillers. C’est dans ce sens que le syndicat a exprimé son désaccord suite aux commentaires du président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami.  Ce dernier a qualifié de «traitres à la souveraineté nationale» ses homologues parlementaires qui ont quitté la session au moment du projet de loi. Rachid Talbi Alami faisait allusion aux députés affiliés à l’UMT qui s’étaient retiré de la salle en guise de protestation.

       Lire aussi :Réforme du droit de grève : enjeux et débats autour du projet de loi 97.15

Face cette déclaration, à de tels propos, l’UMT s’est dite surprise que la défense des droits fondamentaux des travailleurs et la contestation du recul des acquis constitutionnels soient interprétées comme une trahison. Les membres de l’UMT condamnent cette nouvelle interprétation de la trahison qui, selon eux, étend ce concept aux différences d’opinion et aux positions politiques contraires, essentielles en démocratie.

Le groupe parlementaire remet en question la légitimité du président de la Chambre des représentants à interférer dans les affaires de la Chambre des conseillers et à enfreindre ses règlements internes. Ils dénoncent une attitude condescendante et autoritaire. Le groupe parlementaire a noté que ces comportements de contrôle ne sont pas isolés.

En réaction, la centrale syndicale exige des excuses officielles de la part du président de la Chambre des représentants et affirme son intention de riposter par tous les moyens légaux contre ce qu’elle considère comme un comportement irresponsable. Elle réaffirme son engagement à défendre les droits de la classe ouvrière et à combattre toute forme de domination et d’autoritarisme au sein des institutions, appelant au respect des principes démocratiques et des règles parlementaires.

La centrale syndicale se retire des commissions tripartites

Et pour marquer le coup, l’UMT a annoncé son retrait des commissions tripartites présidées par Younes Sekkouri, ministre de l’Insertion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences. Cette décision, révélée par le Conseil national de l’UMT, marque une escalade dans les tensions entourant l’adoption du projet de loi organique sur le droit de grève, un texte largement contesté par les syndicats.

Lire aussi : Grève : Sekkouri rétablit les chiffres et défend la loi sur le droit de grève

L’UMT accuse le gouvernement de bloquer le dialogue social et d’imposer une loi qu’elle qualifie de « liberticide ». L’adoption du texte s’est déroulée lors d’une séance plénière où 73,67% des députés étaient absents, ce que le syndicat considère comme un « passage en force » ignorant les revendications des salariés. Le gouvernement est accusé de minimiser l’ampleur de la contestation et de manipuler les données pour affaiblir la portée du mouvement social. La centrale syndicale a rappelé que plus de 200.000 fonctionnaires, soit près de 35% des employés publics, sont privés du droit de grève, ce qui n’a pas été pris en compte dans les chiffres officiels. Elle ajoute également que plus de 61% des travailleurs du secteur privé, souvent dans des petites entreprises ou l’informel, sont exclus de cette statistique, d’où l’importance de présenter des chiffres ajustés pour refléter la réalité du terrain.

Lire aussi : Droit de grève : un texte adopté, mais vivement contesté

Le secrétaire général de l’UMT, Miloudi Moukharik, dénonce une atteinte aux libertés syndicales et considère l’adoption du projet de loi comme une «mascarade législative». L’UMT souligne que cette loi n’a recueilli que 21% des voix des députés, en raison de l’absence de 291 membres sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Pour le syndicat, cette adoption illustre une marginalisation des syndicats dans l’élaboration des lois impactant les travailleurs.

Partant de ce constat, l’UMT réaffirme sa détermination à défendre les droits des salariés et à préserver leurs acquis sociaux. Elle promet d’intensifier ses actions contre ce qu’elle perçoit comme une tentative du gouvernement d’affaiblir le mouvement syndical et d’imposer des décisions contraires aux intérêts des travailleurs.

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