Bayer : l’intelligence artificielle pour réinventer la protection des cultures
Siège de l’entreprise Bayer à Lyon © DR
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Produire davantage tout en préservant les ressources naturelles constitue l’un des principaux défis de l’agriculture. À la raréfaction de l’eau s’ajoutent les maladies des plantes et le développement de résistances à certains traitements phytosanitaires. Pour les industriels, cette évolution impose de renouveler les solutions disponibles.
Bayer entend répondre à ces enjeux en transformant ses méthodes de recherche. Le groupe mise notamment sur l’intelligence artificielle et la conception ciblée de molécules pour développer une nouvelle génération de produits de protection des cultures.
La Dargoire, un centre stratégique de recherche
Implanté à Lyon, le Centre de recherche de La Dargoire (CRLD) rassemble près de 200 collaborateurs, dont une cinquantaine de docteurs, sur 5.000 m² de laboratoires et de serres. Entre 2007 et 2025, Bayer y a investi environ 105 millions d’euros.
Chaque année, quelque 10.000 composés y sont testés, 300.000 plantes produites pour les expérimentations et une dizaine de brevets déposés.
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La recherche phytosanitaire reste particulièrement longue et coûteuse. Selon les données présentées par Bayer, le développement d’une nouvelle molécule nécessite en moyenne douze ans et 301 millions de dollars. Environ 150.000 molécules sont synthétisées et testées avant qu’une seule ne parvienne au marché.
Ces contraintes expliquent l’intérêt croissant pour les technologies capables de mieux orienter les travaux scientifiques.
CropKey, une nouvelle manière de concevoir les molécules
Avec CropKey, Bayer cherche à modifier les méthodes traditionnelles de découverte des molécules phytosanitaires.
Plutôt que de sélectionner des composés parmi des milliers de candidats, les chercheurs identifient des cibles biologiques précises, notamment des protéines impliquées dans le fonctionnement des organismes nuisibles, afin de concevoir des molécules adaptées.
Cette approche mobilise l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique et la modélisation informatique. Elle vise à intégrer dès les premières étapes des critères d’efficacité, de sécurité et de durabilité.
L’objectif est d’améliorer la sélection des molécules candidates et d’optimiser certaines étapes de recherche. Les gains réels en matière de coûts et de délais devront néanmoins être confirmés.
Pour Philippe Meresse, directeur du LifeHub Lyon, l’enjeu est également de répondre à la perte d’efficacité de certaines solutions existantes.
Le développement de résistances et le retrait de molécules du marché réduisent progressivement les possibilités de traitement des agriculteurs. Bayer cherche ainsi à développer de nouveaux modes d’action, tout en rappelant l’importance de l’alternance des traitements pour limiter les résistances.
Quel intérêt pour l’agriculture marocaine ?
Au Maroc, ces innovations interviennent dans un contexte marqué par les sécheresses successives, la pression sur les ressources hydriques et les difficultés de productivité.
La protection des cultures peut contribuer à limiter les pertes liées aux maladies et aux ravageurs. Elle ne peut toutefois compenser, à elle seule, les effets du déficit hydrique.
L’enjeu réside également dans l’accessibilité économique des nouvelles solutions. Entre grandes exploitations et petites structures agricoles, les capacités d’investissement diffèrent considérablement.
Amina L’Kima, directrice générale de Bayer Maroc et directrice de Crop Science Afrique du Nord, souligne l’ambition de transformer l’innovation en solutions utiles aux agriculteurs et de contribuer à des systèmes agricoles plus productifs et résilients.
Aucun calendrier précis de commercialisation au Maroc des futures molécules issues de CropKey n’a toutefois été communiqué dans les éléments présentés.
Une innovation ouverte sur les startups et l’industrie
Au-delà de ses laboratoires, Bayer développe au LifeHub Lyon des collaborations avec les startups, les universités et les acteurs agricoles.
Le programme Innov4Ag accompagne notamment des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle, la chimie numérique et les technologies de laboratoire. Dialog4Ag favorise, de son côté, les échanges entre chercheurs et société civile.
Cette recherche s’appuie également sur des capacités industrielles, notamment à Villefranche-Limas, où Bayer modernise ses opérations à travers la digitalisation et l’évolution des procédés de production.
À l’échelle mondiale, le groupe a consacré 5,8 milliards d’euros à la R&D en 2025, dont environ 2 milliards pour Crop Science, division qui a réalisé 21,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Ces investissements témoignent du poids économique de la recherche agricole. Pour le Maroc, la portée de ces innovations dépendra surtout de leur efficacité sur le terrain, de leur adaptation aux cultures locales et de leur coût pour les exploitants.
Intelligence artificielle, leadership et bien-être seront au cœur du Forum du Dirigeant 2026, organisé le 20 octobre à Bouskoura par le CJDI Casablanca.
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