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Anass Hajoui Publié le 14/05/26 à 10:28
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Pari médiatique

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Asseyons-nous et décortiquons l’info du moment : le Maroc s’apprête à faire son entrée dans la cour des médias internationaux avec TV5MONDE. Concrètement, ce n’est pas juste une histoire de logo sur un écran, c’est un séisme diplomatique et médiatique. Le Royaume devient le premier pays africain et arabe à solliciter un siège de « gouvernement bailleur de fonds ».

Pour bien comprendre, TV5MONDE, c’est le « club VIP » de la francophonie, géré par la France, le Canada, la Suisse, le Québec, la Wallonie et Monaco. En déposant sa candidature en mai 2026, le Maroc ne veut plus seulement être un spectateur, il veut devenir un décideur stratégique.

Pourquoi c’est un coup de maître ? C’est une question de soft power. En intégrant la gouvernance, la télévision publique marocaine (SNRT) pourra coproduire et diffuser ses propres contenus (culture, mode, actualité) sur les 10 chaînes mondiales du réseau et sa plateforme de streaming, touchant ainsi 437 millions de foyers. C’est d’autant plus malin que TV5MONDE est une véritable star en Afrique avec 67% des 15-24 ans sur le continent qui regardent la chaîne chaque mois. Pour le Maroc, c’est l’autoroute pour rayonner auprès de la jeunesse africaine.

Mais attention, tout n’est pas rose. On entre ici dans la partie un peu plus critique. Le ticket d’entrée n’est pas gratuit puisqu’on parle d’un seuil minimal de 4,2 millions d’euros par an. Et le Maroc arrive au moment où le navire tangue. L’on parle de « sous-investissement chronique » de la part des partenaires historiques, notamment la France qui gèle ses dotations. Plus inquiétant encore, la Suisse a annoncé son intention de se retirer du financement d’ici 2027 pour des raisons budgétaires. Le Maroc ne risque-t-il pas de payer pour compenser le départ des autres ?

Mais la partie qui mérite amplement nos applaudissements en tant que média, c’est celle de l’indépendance éditoriale. En adhérant, le Royaume s’engage dans la voie du pluralisme des opinions et de la rigueur journalistique. Dans un monde arabe où la liberté de la presse se fait rare, accepter une information « libre et équilibrée » sur ses propres antennes est une belle déclaration au journalisme.

Alors, coup de génie diplomatique ou investissement dans un puits sans fond ? L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre, le Maroc vient de changer les règles du jeu de l’audiovisuel francophone.

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