L’IA s’invite dans les prochaines élections marocaines. Dans les états-majors partisans, les outils qu’on encadre à toute vitesse sont déjà à l’œuvre. Discrètement, mais à l’œuvre, selon les confidences de cadors de différents partis. C’est la logique d’un basculement que l’on observe sur tous les terrains électoraux sous d’autres cieux.
En Europe, les scrutins organisés ces derniers mois ont fourni une sorte de laboratoire à ciel ouvert : génération automatisée de discours, micro-ciblage algorithmique, visuels produits sans graphiste, bots à faible intensité imitant la colère populaire dans des groupes fermés. Des pratiques accessibles, peu coûteuses, difficiles à tracer. Le Maroc regarde ce laboratoire avec une attention qui devrait être plus explicite qu’elle ne l’est.
Les partis marocains ne communiquent pas sur leurs usages numériques. Aucune des grandes formations politiques n’a mis en avant une doctrine claire sur l’IA dans la campagne à venir. La réforme du Code électoral adoptée fin 2025 punit les tentatives d’ébranler la confiance électorale via des outils algorithmiques. Mais la loi dit ce qu’elle interdit, pas ce qu’elle encourage. Entre les deux, il y a toute une zone grise où se joue la compétition réelle.
Car le vrai sujet, personne ne le formule franchement. Ce n’est pas le deepfake grossier qui circule dans un groupe WhatsApp de quartier. C’est autre chose, plus banal et plus redoutable. Une formation bien équipée produit désormais dix fois plus de contenus ciblés, adapte son message à chaque profil électoral, occupe le terrain numérique avec une cadence qu’aucune équipe humaine ne pourrait tenir seule. Une autre produit du tract classique et espère que la proximité compense. Dans un scrutin où l’abstention reste structurellement le premier « parti » du pays, cette asymétrie de capacités risque de creuser des écarts que le code électoral n’a pas été pensé pour mesurer.
Il y a aussi une transformation silencieuse du côté des électeurs. Une fraction croissante consulte désormais des interfaces conversationnelles pour comprendre un programme, comparer des candidats, vérifier une déclaration. L’IA ne produit plus seulement des messages politiques, elle en filtre aussi la réception. Ce que l’algorithme résume et reformule finit par cadrer le débat avant même que le débat n’ait lieu.
Le Maroc a choisi de légiférer vite. Reste à savoir si légiférer suffit quand les usages courent plus vite que les textes, et si les partis sont prêts à cette conversation que personne ne semble pressé d’avoir ouvertement.
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