Il y a des accords qui ne s’entendent plus. Des promesses qui se perdent avant d’exister. Un patron dit oui, un ministre accepte, mais entre la parole donnée et la rencontre possible se dresse un mur, celui des intermédiaires.
La communication devait relier. Elle filtre désormais. Chaque mot doit être validé, chaque phrase reformulée, chaque échange approuvé par ceux qui ne parlent pas. Ce n’est plus de la coordination, c’est du contrôle.
Dans bien des cas, ce mur a un nom : celui d’un directeur ou d’un chargé de communication. Leur rôle devait être d’accompagner, de faciliter, de créer du lien entre la parole et le public. Mais souvent, ils deviennent les gardiens du silence. Par peur d’un mot de travers, d’un titre jugé trop direct, ou simplement d’un malentendu, ils bloquent, reportent, repoussent.
Ce n’est pas un refus. C’est une attente sans fin. Un oui suspendu dans un fil d’e-mails, de SMS et de messages WhatsApp, où les confirmations s’échangent sans jamais se concrétiser. Un entretien qui disparaît dans la hiérarchie, une parole immobilisée par précaution. La prudence est devenue une politique.
Dans le cadre de la presse, une interview n’est pas un risque. C’est une occasion de mettre en valeur un parcours, d’expliquer une stratégie, de donner du sens à une action publique ou privée. Mais cette évidence semble s’être perdue dans certains bureaux, où la communication est pensée comme un pare-feu plutôt qu’un pont.
Les dirigeants, souvent, croient avoir parlé. Ils ignorent que leur accord s’est perdu en chemin. La parole circule moins qu’elle ne s’autorise. Et à force de vouloir la protéger, on finit par l’épuiser.
Ce n’est pas un problème de procédure. C’est une question de confiance. Quand la communication devient un réflexe de protection, elle cesse d’être un outil de lien.
Le plus ironique, c’est que tous prônent la transparence. Mais la transparence ne demande pas d’autorisation. Elle demande du courage. Et le courage, lui, n’a jamais eu besoin de validation.
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