On croit toujours que le problème vient d’un seul visage. Montrez-le à la foule, sacrifiez-le et tout redeviendra normal. Quel exercice préhistorique que celui de désigner un bouc émissaire qu’on charge de tous les maux, qu’on expulse et que chacun applaudit avant de retourner à ses affaires, soulagé d’un tel spectacle.
À Agadir, l’hôpital Hassan II est devenu le théâtre d’une telle mise en scène. Des drames à répétition, des vies perdues, une colère publique grandissante… et, en guise de réponse, on coupe des têtes : la responsable régionale révoquée, des contrats privés annulés, des cadres remplacés. Geste fort, spectaculaire, médiatiquement efficace. Mais guérisseur ?
Le réflexe n’est pas propre à la politique. Dans le monde des affaires aussi, on adore désigner un coupable commode. Une campagne marketing échoue ? On sacrifie le directeur marketing. Une usine enregistre un retard ? C’est le chef de production qu’on fait tomber. Un partenariat déraille ? C’est le prestataire qu’on écarte, sans se demander si les conditions du contrat n’étaient pas, dès le départ, intenables.
Le problème, c’est que la tête coupée ne dit rien de la machine. Et souvent, la machine est malade bien plus profondément avec ses procédures bancales, sa gouvernance floue, ses budgets dispersés, son contrôle absent. Ce sont ces rouages invisibles qui fabriquent les crises à répétition.
Dans un hôpital, comme dans une entreprise, le vrai défi n’est pas de remplacer des individus, mais de reconstruire un système. Mais le bouc émissaire a un avantage : il est rapide. La foule est calmée, l’investisseur est rassuré, l’employé est dissuadé. Par contre, on entretient une culture de la peur plutôt qu’une culture de la responsabilité. On pousse les cadres à se protéger, à masquer les failles, plutôt qu’à les résoudre. On multiplie les faux-semblants au lieu d’affronter les vrais problèmes.
Le business n’est pas épargné. Combien d’entreprises se vantent d’avoir « renouvelé leur management » alors qu’elles n’ont fait que déplacer des chaises ? Combien de patrons confondent réforme et limogeage, stratégie et théâtre ? On croit ainsi relancer la confiance, mais on ne fait que reporter la prochaine crise.
Dans le cas d’Agadir, le ministre promet un plan de réhabilitation à 200 millions de dirhams. C’est bien. Mais ce plan ne portera ses fruits que si l’on s’attaque aussi à ce qui ne se voit pas, à savoir la gouvernance des achats, la transparence des contrats, la formation du personnel, la reddition de comptes. Sinon, on aura juste ajouté quelques murs repeints à une machine toujours défaillante.
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