On dit que c’est la « vallée heureuse ». Mais à y regarder de plus près, on comprend vite que le sourire est forcé. À Aït Bouguemez, nichée dans les replis du Haut Atlas, les habitants en ont eu assez de se taire. Ils sont sortis, un millier, venus de plusieurs douars, pour dire stop. Mercredi 9 juillet 2025, ils ont marché.
Ce qui frappe, c’est que même le président de la commune a marché avec eux. Comme pour dire : « Je suis avec vous ». Peut-être parce qu’il n’a plus rien d’autre à offrir qu’un bout de route et sa présence symbolique. Ici, 1 MDH par an de budget pour une trentaine de hameaux, insignifiant. Les routes s’effritent, l’école décroche, le médecin est un mirage. Et pour faire bâtir une maison, il faut d’abord espérer qu’un plan de développement voie le jour. Les habitants réclament en priorité un médecin permanent pour épauler les infirmiers de l’unique centre de santé local, la réfection des routes, la construction de petits barrages pour les protéger des inondations et la levée des restrictions de construction. Ils insistent aussi sur la création d’une école, la construction d’un terrain de sport, la réalisation d’un centre de formation aux métiers de la montagne et le renforcement du réseau téléphonique pour pouvoir être connectés avec le reste du monde.
Alors, ils ont pris leur courage à deux mains et ont pris la route à bord de véhicules puis à pied, formant un ruban humain s’étalant sur plusieurs centaines de mètres sur des pistes cabossées. Destination : le siège de la province à Azilal. Sur la route, on a essayé de les bloquer, mais ils ont contourné. La nuit à la belle étoile, puis l’arrivée au matin. Au bout, un gouverneur, quelques promesses et un délai : dix jours pour arranger des années de négligence. À voir.
Et puis, un peu plus loin, dans la même Région, Béni Mellal-Khénifra, à Ouled Youssef, c’est une autre histoire de colère mal écoutée. Là-bas, un homme est monté sur un château d’eau pour se faire entendre. Trois semaines, perché au-dessus du village. Il réclamait tout simplement l’ouverture d’une enquête sur la mort « mystérieuse » de son père. Personne n’a voulu, ou su, réagir. On a regardé, attendu, prié que ça s’arrête tout seul. Résultat : ça a dégénéré.
Au lieu d’envoyer une équipe spécialisée, on a expédié un seul agent de la protection civile, comme on envoie un messager au hasard. Il est monté pour convaincre. Il a été battu, ligoté, jeté dans le vide, hospitalisé. Pendant ce temps, l’homme en détresse a voulu mettre fin à ses jours, sous les yeux de tout le monde. Il est actuellement en soins intensifs à l’hôpital de Béni Mellal. Un double drame qu’on aurait pu éviter dès le premier jour.
À Aït Bouguemez comme à Ouled Youssef, c’est la même rengaine : on ferme les yeux, on laisse pourrir, et quand ça explose, on jure qu’on va faire le nécessaire ou enquêter. Les gens n’y croient plus. La colère remonte, parfois à pied, parfois au sommet d’un château d’eau. Elle finira toujours par redescendre, mais pas forcément calmement.
Les citoyens ne réclament pas des miracles. Juste qu’on écoute. Juste qu’on arrête de traiter la détresse comme un problème d’ordre public. Un peu de respect, un peu d’anticipation, c’est tout.
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