Burkini : un maillot de bain qui dérange encore au Maroc
une femme portant un Burkini dans une plage © DR
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Le débat autour du burkini refait surface, entre défense des libertés individuelles et arguments hygiénistes. Si les plages accueillent librement tous types de maillots de bain, ce sont surtout les établissements privés (piscines d’hôtels ou clubs) qui posent problème, notamment à l’égard des femmes portant le burkini. Un débat qui, bien que récurrent, reste non tranché par la loi, laissant place à une multitude d’interprétations et de pratiques arbitraires.
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Que dit la loi sur le port du burkini ?
Au Maroc, aucun texte de loi n’interdit ni ne réglemente explicitement le port du burkini dans les lieux de baignade. Ce vide juridique laisse donc la liberté aux établissements privés de fixer leurs propres règles, ce qui engendre souvent des décisions discriminatoires à l’égard des femmes voilées.
Sur les plages publiques, le port du burkini ne pose généralement aucun problème. Il est courant d’y voir des femmes se baigner en toute liberté, qu’elles soient en maillot classique, en bikini ou en burkini. L’espace est partagé sans conflits majeurs, et les normes sociales, bien que parfois contrastées, coexistent dans une certaine tolérance.
Mais dès lors qu’il s’agit d’installations privées, les restrictions s’intensifient. Certains hôtels, résidences touristiques ou piscines privées interdisent purement et simplement le burkini, au nom de l’«hygiène» ou de «règles de fonctionnement interne». Des femmes voilées se voient ainsi refuser l’entrée à la piscine ou contraintes de se déshabiller pour pouvoir y accéder. Une pratique qualifiée par plusieurs défenseures des droits des femmes de «discrimination déguisée».
«On nous parle d’hygiène, mais un burkini en lycra est fait du même tissu qu’un maillot de bain classique», s’indigne Hasnaa, une mère de famille casablancaise qui s’est vue refuser l’accès à la piscine d’un hôtel, malgré sa réservation.
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Parmi les nombreuses femmes concernées par cette situation, Leila, une Marocaine résidante au Danemark, confie son malaise à chaque retour au pays. «Je viens chaque été avec mes enfants pour passer les vacances au Maroc. Je suis voilée, mais j’aime la mer, la piscine, et je veux en profiter comme tout le monde. Sauf qu’à chaque fois, je me retrouve confrontée à des refus ou à des regards insistants dès que je mets un burkini», raconte-t-elle.
Pour contourner ces obstacles, elle dit avoir pris une décision. «Maintenant, je préfère louer une villa avec piscine privée. C’est plus cher, mais au moins je suis tranquille, je peux me baigner avec mes enfants en toute sérénité, sans avoir à me justifier ou à me sentir exclue. C’est dommage qu’on en arrive là», ajoute-t-elle.
Des piscines 100% femmes comme alternative
Face aux refus répétés et à l’impossibilité de faire valoir leur droit à la baignade, de nombreuses femmes voilées choisissent désormais des solutions alternatives. Depuis quelques années, des piscines exclusivement réservées aux femmes, sont de plus en plus nombreuses dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, et elles rencontrent un franc succès.
Ces établissements garantissent un espace sûr où les femmes peuvent nager librement, sans être jugées ni contraintes de retirer leur foulard ou de justifier leur choix vestimentaire. Pour certaines, c’est la seule façon de profiter d’un moment de loisir sans subir de regards déplacés ou de remarques intrusives. «Je réserve souvent dans ce genre d’établissement où je peux porter ce que je veux et je me sens d’ailleurs respectée», indique Hasnaa.
Derrière ce débat se pose en réalité une question plus large : celle de la pluralité des expressions culturelles et religieuses dans l’espace public. Alors que le Royaume cultive une image d’ouverture et de tolérance, cette controverse révèle les tensions entre modernité, libertés individuelles et normes sociales.
En attendant une prise de position claire des autorités, le flou juridique continue d’alimenter des pratiques inégalitaires, et le burkini reste, chaque été, le symbole d’un combat plus vaste pour le droit à la différence.
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