Bank Al-Maghrib: taux directeur à 3% pour une croissance maîtrisée

Avatar de Chaima Aberni

Temps de lecture :

OPCVM : hausse des souscriptions en 2024Le siège de Bank Al-Maghrib à Rabat © DR

A
A
A
A
A

Lors de sa première assemblée de l’année 2024, tenue ce mardi, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a opté pour le maintien du taux directeur à 3%. D’après un communiqué diffusé suite à cette rencontre, le Conseil a estimé que ce taux de 3% était adéquat pour solidifier les anticipations inflationnistes et favoriser une convergence vers l’objectif de stabilité des prix.

Les projections du Conseil indiquent que la croissance économique, ayant frôlé les 3% en 2023, devrait marquer un pas à 2,1% en 2024. Celle-ci devrait connaître ensuite une accélération notable pour atteindre 4,3% en 2025. En ce qui concerne l’inflation, celle-ci devrait continuer à décélérer, se positionnant à 2,2% en 2024 avant de légèrement remonter à 2,4% l’année suivante.

Déclin progressif et perspectives de stabilisation

L’inflation au Maroc, qui avait culminé à 10,1% en février 2023, a depuis lors montré une tendance à la baisse. Celle-ci s’est positionné à 3,4% en décembre de la même année, pour une moyenne annuelle de 6,1%. En 2022, son taux avait atteint 6,6%. Les prévisions de BAM indiquent un ralentissement continu de l’inflation. Les taux prévus sont de 2,2% en 2024 et 2,4% en 2025. De même, l’inflation sous-jacente est passée de 6,6% en 2022 à 5,6% en 2023, avec des projections autour de 2,3% pour 2024 et 2025.

Concernant les anticipations d’inflation à moyen terme, le Conseil a noté une stabilisation au premier trimestre de 2024, après deux trimestres de baisse. Les taux d’intérêt, quant à eux, ont cessé de grimper au dernier trimestre de 2023. Cette situation a maintenu l’accroissement total depuis le début du resserrement monétaire à 112 points de base, en comparaison avec une hausse de 150 points pour le taux directeur. Cette augmentation des taux a davantage impacté les entreprises que les ménages, et dans une moindre mesure les TPME par rapport aux grandes entreprises.

Le Conseil a également exprimé sa préoccupation face aux incertitudes pesant sur les perspectives économiques et l’évolution de l’inflation. Sur le plan international, les tensions géopolitiques et les élections prévues dans plusieurs pays inquiètent. Et sur le plan national, le climat et le stress hydrique posent de multiples défis.

Estimant que le taux directeur actuel de 3% est adapté pour consolider les anticipations d’inflation et favoriser un retour à des niveaux conformes à l’objectif de stabilité des prix, le Conseil a décidé de le maintenir inchangé. Il s’est toutefois dit vigilant vis-à-vis de l’évolution économique et inflationniste.

Défis et relance de l’agriculture face aux aléas climatiques

Sur le front national, le lancement de la campagne agricole a souffert de conditions climatiques peu clémentes. Les précipitations, à la fois rares et mal réparties géographiquement et dans le temps, ont impacté l’envergure des terres consacrées aux céréales. Ces dernières ont vu leur superficie chuter à environ 2,5 millions d’hectares, contre près de 3,7 millions l’année précédente. D’après Bank Al-Maghrib, cela se traduirait par une production céréalière estimée à 25 millions de quintaux, loin derrière les 55,1 millions de l’année antérieure. En conséquence, la valeur ajoutée du secteur agricole devrait connaître un recul de 6,4% en 2024, avant de connaître un rebond de 12,8% en 2025, en anticipant un retour à une récolte moyenne de 55 millions de quintaux.

Lire aussi : Crédits et dépôts bancaires : BAM dévoile son tableau de bord

En parallèle, les activités non agricoles devraient voir leur croissance s’intensifier. Celles-ci devraient passer de 2,6% en 2023 à 3% en 2024 puis à 3,5% en 2025. Ce regain s’expliquerait principalement par l’élan des investissements, stimulé par les divers projets en cours et à venir. Globalement, l’économie nationale, qui aurait affiché une croissance avoisinant les 3% en 2023, verrait son expansion ralentir à 2,1% en 2024, avant de marquer une nette accélération à 4,3% en 2025.

Évolution positive des comptes extérieurs et perspectives futures

Concernant les échanges commerciaux extérieurs, l’année 2023 a marqué une réduction de 7,3% du déficit commercial. Cette baisse est attribuable au recul de 2,9% des importations. Les exportations sont, elles, restées quasi stables. Les transferts des Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) ont connu une hausse de 4%, atteignant 115,2 milliards de DH (MMDH). Et les recettes issues du tourisme ont augmenté de 11,7% pour s’établir à 104,6 milliards. Ce qui a réduit le déficit du compte courant à 0,6% du PIB, contre 3,5% l’année précédente. Cependant, ce déficit devrait s’aggraver à 2,3% du PIB en 2024 et 2,8% en 2025. Ceci serait principalement dû à une augmentation prévue des importations, en particulier des produits alimentaires et des biens d’équipement, avec une croissance annuelle estimée à 7,5%.

La facture énergétique devrait diminuer de 5% en 2024. Cependant, elle devrait augmenter de 4,7% en 2025, pour atteindre 121,4 MMDH. En ce qui concerne les exportations, celles-ci devraient progresser de 4,1% en 2024 et de 8,5% en 2025. Cette croissance se verrait soutenue par deux facteurs : la performance solide du secteur automobile et la reprise des ventes de phosphate et dérivés. Le premier verrait, en effet, ses revenus croître de 9,6% puis de 13,3% pour atteindre 176,1 MMDH en 2025. Tandis que le second devraient atteindre 85 MMDH en 2025.

Les recettes touristiques, bénéficiant d’un essor anticipé de l’activité touristique, devraient continuer à s’accroître à un taux annuel de 7,5%, pour atteindre 120,8 MMDH en 2025. De même, les transferts des MRE devraient se maintenir à des niveaux élevés, avec 116,5 MMDH en 2024 et 122,4 milliards en 2025. Après un recul notable en 2023, les recettes des Investissements Directs Étrangers (IDE) devraient représenter en moyenne 3,1% du PIB au cours des deux années suivantes.

Dynamiques monétaires et budgétaires

Concernant l’écosystème monétaire, la demande de liquidité par les banques devrait s’intensifier. Impulsée par une augmentation attendue de la circulation fiduciaire, celle-ci devrait évoluer de 111,4 MMDH à la fin de l’année 2023 pour atteindre 121,1 milliards fin 2024 et culminer à 143,2 milliards fin 2025. De son côté, le crédit bancaire destiné au secteur non financier devrait connaître une croissance de 4,4% en 2024 et de 4,7% en 2025. Ce dernier a pourtant connu un ralentissement notable en 2023. La régression est principalement attribuable à la chute des prix des produits énergétiques et alimentaires ainsi qu’à l’expiration des prêts octroyés via des garanties spéciales durant la crise sanitaire.

Par ailleurs, le taux de change effectif réel devrait s’apprécier. Celui-ci s’établirait à 1,3% en 2024, suivant une hausse de 0,8% en 2023. Il devrait atténuer l’impact de l’augmentation prévue du taux de change effectif nominal. C’est, toutefois, une inflation domestique plus basse que celle des nations partenaires et concurrentes. Le taux devrait, en revanche, se stabiliser en 2025.

Lire aussi : BAM : vers une augmentation des investissements durables

Du côté des finances publiques, l’année 2023 s’est achevée avec une réduction du déficit budgétaire. Celui-ci a été ramené à 4,4% du PIB. Les besoins sont conséquents. Il s’agit notamment de l’expansion de la protection sociale, de l’augmentation de la masse salariale et du maintien d’un haut niveau d’investissement public. Malgré cela, ce déficit devrait légèrement baisser à 4% du PIB en 2025, après avoir maintenu une stabilité relative en 2024. Cette tendance serait le reflet d’une augmentation des revenus fiscaux, d’une mobilisation accrue des ressources via des instruments de financement spécifiques et d’une diminution des dépenses de compensation.

Impact des fluctuations mondiales sur l’économie marocaine et perspectives économiques

Par ailleurs, le contexte international actuel influence directement le marché des matières premières. Celui-ci est en effet marqué par des incertitudes dues aux tensions géopolitiques et aux perturbations maritimes. Le pétrole Brent, qui a vu son prix légèrement baisser en 2023, est attendu en hausse pour les années suivantes. Ceci reflète les dynamiques de l’offre et de la demande mondiale. De même, les prix alimentaires devraient connaître des variations notables. En conséquence, l’économie marocaine, avec son secteur crucial du phosphate, ajuste ses prévisions de prix en conséquence.

D’autre part, l’inflation, un indicateur clé de la santé économique, montre des signes de décélération dans les grandes économies, signe potentiel d’une stabilisation monétaire à venir. Parallèlement, les politiques des banques centrales, notamment de la BCE et de la Fed, restent prudentes. Celles-ci ont décidé du maintien des taux et une gestion stratégique des investissements. Ainsi, la croissance économique globale est teintée d’incertitude. Les prévisions sont modérées dans les économies développées et les performances des géants émergents, la Chine et l’Inde, sont contrastées.

En conclusion, ce panorama global dessine un avenir où la prudence reste de mise. Ce, tant dans la gestion des ressources naturelles que dans la politique monétaire et la projection économique. Les décideurs, armés d’analyses pointues et de stratégies adaptatives, naviguent à travers ces eaux troubles. Tout un jeu d’équilibriste pour allier croissance et stabilité pour les années à venir.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Rally IA : les défis de la confiance et de la donnée en question

À Merzouga, un panel met en lumière les défis de l’IA : éthique, gouvernance des données et intégration économique au cœur des enjeux.

Ilyasse Rhamir - 19 juin 2026
IA : qui est responsable quand le chatbot se trompe ?

À Merzouga, une keynote appelle à une IA responsable, plaçant l’humain au centre et alertant sur les enjeux de responsabilité et d’impact des systèmes intelligents.

Ilyasse Rhamir - 19 juin 2026
Centres d’appels : les syndicats marocains, tunisiens et français du secteur se réunissent à Casablanca

Les syndicats du BPO de France, du Maroc et de Tunisie se réunissent le 21 juin à Casablanca pour débattre de l’IA, de l’emploi et des nouvelles contraintes réglementaires.

El Mehdi El Azhary - 18 juin 2026
Et si le vrai défi de l’IA marocaine n’était pas la technologie ?

À Merzouga, experts et décideurs débattent des priorités de l’IA au Maroc, entre souveraineté, accès à la data, cybersécurité et cadre réglementaire.

Ilyasse Rhamir - 18 juin 2026
Fruits rouges, agrumes et olivier : les moteurs de la campagne agricole marocaine 2025/2026

La campagne agricole 2025/2026 au Maroc est marquée par le rebond des fruits rouges, des agrumes et de l’olivier grâce au retour des pluies.

Mouna Aghlal - 18 juin 2026
Merzouga : experts et décideurs tracent les priorités de l’IA

À Merzouga, experts et décideurs identifient les priorités pour accélérer l’IA au Maroc, entre souveraineté, accès à la data, cybersécurité et régulation.

Ilyasse Rhamir - 18 juin 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire