Aides au cheptel : le ministère défend le ciblage du dispositif
Photo du ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari prise lors de la 6e édition de la Journée international de l’arganier à Essaouira © Ayoub Jouadi / LeBrief
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Le ministère de l’Agriculture assure que les aides directes destinées à la reconstitution du cheptel ont principalement bénéficié aux petits éleveurs. Mais les chiffres communiqués au Parlement font apparaître une baisse notable du nombre de bénéficiaires entre les deux versements, tandis que les interrogations persistent autour du soutien accordé aux importateurs de moutons.
Le gouvernement tente de défendre son dispositif de soutien au cheptel alors que les critiques se multiplient autour de la gestion des aides publiques. Dans une réponse écrite publiée récemment, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, a insisté sur le caractère national et ciblé du programme, mis en place pour accompagner la reconstitution du cheptel marocain après plusieurs années de sécheresse.
Selon le ministre, le dispositif a été conçu en priorité au profit des petits producteurs. Les données avancées montrent que 93% des éleveurs bovins possèdent moins de dix vaches, tandis que 75% des détenteurs d’ovins et de caprins disposent de moins de vingt animaux.
Le programme, piloté conjointement avec les ministères de l’Intérieur et de l’Économie et des Finances, mobilise près de 12,8 milliards de dirhams sur deux ans.
Un dispositif lancé après un recensement national
La mise en œuvre du programme avait débuté en mai 2025 par une opération de recensement du cheptel sous la supervision des autorités locales. Celle-ci a ensuite été suivie par l’identification des animaux ainsi que par l’intervention de commissions locales mixtes.
À l’issue de ces opérations, environ 1,2 million d’éleveurs ont été enregistrés, selon les chiffres du département de l’Agriculture.
Le gouvernement présente cette base de données comme l’un des principaux outils ayant permis de déterminer les bénéficiaires et de suivre l’évolution du cheptel. Le ministère affirme également avoir retenu un mécanisme de soutien dégressif, tenant compte de la taille des troupeaux.
Les premières aides ont commencé à être versées à partir de novembre 2025. Elles comprenaient notamment le soutien destiné à l’achat d’aliments pour le bétail ainsi qu’une première partie de la prime accordée pour la conservation des femelles ovines et caprines.
Lire aussi : Soutien aux éleveurs : 1,02 million de bénéficiaires ont reçu 4,72 milliards de dirhams
160.000 bénéficiaires en moins pour la deuxième tranche
C’est toutefois l’évolution du nombre de bénéficiaires qui soulève le plus de questions.
D’après les chiffres communiqués au Parlement, la première phase du dispositif avait concerné environ 1,18 million d’éleveurs, pour un montant avoisinant 5,5 milliards de dirhams.
La deuxième tranche, lancée en mars 2026 après des opérations de vérification destinées à confirmer le maintien des femelles identifiées, n’a en revanche concerné qu’environ 1,02 million de bénéficiaires, pour un montant de 4,72 milliards de dirhams.
La différence atteint donc près de 160.000 éleveurs entre les deux versements.
La réponse ministérielle ne détaille pas les raisons ayant conduit à cette diminution. Elle ne précise pas davantage la répartition des aides selon les différentes catégories de cheptel, malgré la mention d’un mécanisme de calcul dégressif.
Au total, les deux tranches représentent environ 10,22 milliards de dirhams décaissés, soit un montant encore inférieur de plus de 2,5 milliards à l’enveloppe globale annoncée pour le programme.
Le débat sur les aides aux importateurs se poursuit
À cette controverse sur le versement des aides s’ajoute celle concernant le soutien public accordé aux importations de moutons.
Le dossier a suscité plusieurs estimations contradictoires au sein même de la majorité. Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, avait avancé le chiffre de 13 milliards de dirhams de gains réalisés par les importateurs grâce au soutien public.
De son côté, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, avait évoqué un groupe composé de 18 opérateurs.
Ces chiffres ont été contestés par le président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami. Celui-ci a parlé d’une centaine d’importateurs et estimé le coût du soutien à environ 300 millions de dirhams.
L’écart considérable entre ces différentes évaluations alimente les demandes de clarification de l’opposition.
Une commission d’enquête toujours en suspens
Le président du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdellah Bouanou, a ainsi évoqué la volonté de plusieurs formations de l’opposition de mettre en place une commission d’enquête parlementaire consacrée aux aides accordées aux importateurs.
Les opposants souhaitent notamment connaître le montant réel des aides et exonérations consenties, les critères utilisés pour sélectionner les bénéficiaires, le nombre exact d’opérateurs concernés ainsi que la date de création des sociétés ayant participé aux opérations d’importation.
La procédure peine toutefois à avancer, dans un contexte marqué par de fortes tensions entre majorité et opposition. Le calendrier politique ajoute à la pression : les élections législatives sont prévues en septembre 2026, tandis qu’une commission d’enquête peut disposer de plusieurs mois pour mener ses travaux et présenter ses conclusions.
Pour le gouvernement, le programme de reconstitution du cheptel reste néanmoins l’un des principaux instruments mobilisés face à la dégradation du cheptel national, conséquence de plusieurs années de sécheresse et de la hausse du coût de l’alimentation animale et des intrants.
Le débat porte désormais autant sur l’efficacité du dispositif que sur la transparence de son exécution et la traçabilité des milliards de dirhams mobilisés par l’État.
La CGEM fixe cinq priorités pour la rentrée économique : investissement, compétitivité, TPME, emploi et internationalisation des entreprises.
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