Réforme fiscale au Nigeria : mesures, enjeux et contestations autour du Tax Act 2026

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Réforme fiscale au Nigeria : tensions autour du nouveau Tax ActLe président nigérian Bola Ahmed Tinubu défend la réforme fiscale du Tax Act, prévue pour entrer en vigueur le 1er janvier 2026, malgré les critiques de l’opposition (illustration) © DR
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Le Nigeria entre dans une nouvelle ère fiscale : le président Bola Ahmed Tinubu maintient l’entrée en vigueur du Tax Act au 1er janvier 2026, malgré les accusations d’irrégularités de l’opposition. Une réforme qui promet de bouleverser le système fiscal et de redessiner les équilibres économiques du pays.

Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a confirmé l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2026, du nouveau Tax Act, en dépit d’une contestation politique persistante. Présentée par l’exécutif comme une réforme essentielle pour assainir les finances publiques, cette refonte du système fiscal continue néanmoins de diviser la classe politique et d’exacerber les tensions entre le pouvoir et l’opposition.

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Une réforme fiscale au cœur des tensions politiques

Depuis son adoption par l’Assemblée nationale en juin 2025, le paquet législatif constituant la réforme fiscale nigériane fait l’objet de critiques répétées. Mené par le Peoples Democratic Party (PDP), principal parti d’opposition, le camp contestataire accuse le gouvernement de privilégier la quête de nouvelles recettes fiscales au détriment du bien-être social.

Dans un communiqué publié mardi 30 décembre, le PDP affirme que la version finale du Tax Act promulguée par l’exécutif ne correspondrait pas fidèlement au texte voté par le Parlement. Le parti évoque des « insertions illégales » et des modifications non validées par les députés, ravivant le débat sur la transparence du processus législatif.

Des accusations d’irrégularités dans le texte promulgué

Selon l’opposition, certaines dispositions controversées, pourtant supprimées lors des débats parlementaires, auraient été réintroduites dans la version officielle de la loi. Le PDP affirme que ces ajouts auraient été opérés sans débat public ni validation institutionnelle, suscitant l’indignation d’une partie de l’opinion.

« Des Nigérians de tous horizons ont exprimé leur colère face à l’introduction furtive de dispositions dangereuses », soutient le parti, qui réclame l’ouverture d’une enquête indépendante afin d’identifier les responsables de ces modifications présumées. Pour l’opposition, ces pratiques fragiliseraient la crédibilité du processus démocratique et porteraient atteinte à la confiance des citoyens envers les institutions.

Les principales mesures du nouveau Tax Act

La réforme fiscale repose sur quatre lois majeures, parmi lesquelles le Nigeria Tax Act et le Nigeria Tax Administration Act, dont l’application est prévue dès janvier 2026. Le dispositif introduit plusieurs changements structurants pour l’économie nigériane.

Parmi les mesures phares figure la hausse de l’impôt sur les plus-values des entreprises, qui passerait de 10% à 30%. Le texte instaure également un taux d’imposition minimum effectif de 15% pour les grandes entreprises et les groupes multinationaux, s’inscrivant dans une logique d’élargissement de l’assiette fiscale.

Un nouvel impôt de développement de 4% est par ailleurs prévu, destiné à remplacer plusieurs taxes sectorielles existantes. La réforme introduit aussi une fiscalité progressive sur les revenus des particuliers, tout en exonérant les plus petites entreprises. Enfin, la création d’un Nigeria Revenue Service unifié vise à renforcer la collecte des impôts, notamment à travers la généralisation de la facturation électronique et le durcissement des sanctions en cas de non-conformité.

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Tinubu défend une réforme « transformatrice »

Face aux critiques, le président Bola Ahmed Tinubu campe sur ses positions. Pour lui, la réforme fiscale constitue une « opportunité générationnelle » permettant de moderniser en profondeur l’architecture fiscale du Nigeria. Il estime que ces lois sont indispensables pour consolider les bases budgétaires du pays et réduire sa dépendance historique aux recettes pétrolières.

Le chef de l’État affirme que la réforme ne vise pas à accroître la pression fiscale globale, mais à rationaliser le système existant, en le rendant plus cohérent et plus équitable. « Aucune anomalie substantielle n’a été établie justifiant une interruption du processus », a-t-il assuré, rejetant toute idée de suspension ou de gel du texte.

Une opposition qui dénonce une gouvernance jugée insensible

Pour le PDP, cette controverse s’inscrit dans une série de décisions impopulaires prises depuis l’arrivée au pouvoir de Bola Ahmed Tinubu en 2023. Le parti rappelle notamment la suppression des subventions sur les carburants, décidée dès le début du mandat présidentiel, une mesure qui avait entraîné une flambée des prix et une dégradation du pouvoir d’achat.

L’opposition estime que la priorité accordée aux équilibres macroéconomiques se fait au détriment des conditions de vie de la population. « Le président doit se rappeler qu’il est au service du peuple », insiste le PDP, appelant le chef de l’État à davantage prendre en compte les préoccupations sociales.

Le PDP réclame désormais la suspension immédiate de l’entrée en vigueur du Tax Act, le temps de clarifier les divergences dénoncées entre le texte voté et celui promulgué. À défaut, avertit le parti, la confiance des citoyens dans le processus législatif et la gouvernance pourrait être durablement entamée.

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