Énergies vertes : l’Afrique et l’Europe cherchent un nouveau pacte industriel
Face à l’accélération de la transition énergétique mondiale et aux tensions géopolitiques qui fragilisent les chaînes d’approvisionnement, l’Afrique et l’Europe tentent de rapprocher leurs stratégies autour des énergies vertes. La question était au cœur des échanges de la Semaine européenne de l’énergie durable, organisée du 9 au 11 juin à Bruxelles, où plusieurs acteurs du secteur ont insisté sur la nécessité de construire une coopération fondée sur la création de valeur locale plutôt que sur une simple logique d’exportation de ressources.
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Des intérêts convergents autour d’une nouvelle chaîne de valeur verte
La dynamique actuelle s’explique notamment par la volonté européenne de réduire progressivement sa dépendance aux énergies fossiles et de sécuriser l’accès aux ressources nécessaires à son industrie décarbonée. Pour l’Afrique, l’enjeu est différent mais complémentaire ; transformer son potentiel énergétique et minier en moteur de développement industriel, d’emploi et de croissance économique.
Selon plusieurs analyses présentées lors de l’événement, les deux continents partagent des objectifs communs, à savoir le renforcement de leur autonomie stratégique, l’accélération de la transition écologique et la création de nouvelles opportunités économiques. Le responsable de l’unité des programmes régionaux et multi-pays pour l’Afrique au sein de la Commission européenne, Laurent Sillano, a notamment souligné que les matières premières critiques constituent un point de convergence majeur entre la sécurité énergétique européenne et l’industrialisation verte africaine.
L’Afrique dispose en effet d’un avantage considérable dans ce domaine. Le continent concentrerait près de 30% des réserves mondiales connues de certains minerais essentiels à la fabrication des technologies vertes, notamment les panneaux solaires, les éoliennes, les batteries et les véhicules électriques. Ces ressources représentent un levier stratégique pour l’Europe, qui cherche à diversifier ses approvisionnements, mais aussi pour les pays africains désireux de dépasser le rôle traditionnel de fournisseurs de matières premières.
L’objectif affiché est donc de développer des chaînes de valeur plus intégrées qui vont de l’extraction et transformation industrielle à la production d’équipements et la fabrication de produits finis. Une approche qui permettrait aux pays africains de conserver davantage de valeur économique sur leur territoire tout en répondant aux besoins industriels européens.
L’incertitude européenne, principal frein aux ambitions africaines
Cependant, plusieurs obstacles pourraient ralentir cette ambition. La responsable du département chargé de l’action climatique et de la transition verte au sein du Centre européen de gestion des politiques de développement, Hanne Knaepen, a mis en garde contre « l’incertitude » entourant la demande future du marché européen. Selon lui, de nombreux projets africains, allant de la transformation des minerais à la production d’hydrogène vert, dépendent directement de la visibilité offerte par les politiques européennes.
Cette absence de clarté concerne notamment l’évolution des réglementations industrielles et environnementales européennes. Les changements fréquents des normes et des mécanismes de soutien compliquent les décisions des investisseurs et des gouvernements africains qui cherchent à planifier des projets sur plusieurs décennies.
« Les investisseurs ont besoin de prévisibilité », a expliqué cette responsable, estimant que l’évolution constante des politiques européennes peut créer des difficultés pour les pays africains souhaitant devenir des partenaires fiables dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales.
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Un potentiel énergétique africain encore sous-exploité
Malgré ces défis, plusieurs experts considèrent que l’Afrique dispose d’atouts majeurs pour devenir un acteur central de la transition énergétique. Kudakwashe Manjonjo, conseiller spécialisé dans la transition juste auprès de PowerShift Africa, a notamment mis en avant le potentiel exceptionnel du continent en matière d’énergies vertes.
Des pays comme la Namibie, le Botswana, l’Afrique du Sud ou certaines régions du Zimbabwe disposent, selon lui, de conditions naturelles permettant de produire de l’électricité renouvelable à des coûts parmi les plus compétitifs au monde. Cette capacité pourrait favoriser le développement d’industries fortement consommatrices d’énergie, comme la sidérurgie verte, la production d’engrais ou encore l’hydrogène propre.
Mais pour concrétiser ces ambitions, un changement d’approche serait nécessaire. Le modèle actuel, reposant principalement sur l’initiative privée, ne suffirait pas toujours à garantir des partenariats équilibrés, selon plusieurs intervenants. Les investisseurs privilégient généralement les marchés présentant un faible niveau de risque et des garanties solides, des conditions que certains États africains peinent encore à offrir.
Les experts plaident ainsi pour des mécanismes de financement plus coopératifs impliquant davantage les institutions publiques, les banques de développement et les acteurs capables de prendre en compte les enjeux de long terme liés au climat, à la résilience économique et à l’industrialisation durable.