Généralisation de l’AMO : une avancée majeure face à des défis persistants

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Le Maroc unifie la gestion de l’AMO sous l’égide de la CNSSIllustration © DR

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La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) au Maroc a marqué un tournant dans le système de santé national. Si cette réforme a permis d’étendre la couverture médicale à une majorité de citoyens, elle est encore confrontée à des défis majeurs en termes d’universalité, d’équité et d’efficacité. Cet article analyse les réalisations accomplies et les priorités pour pérenniser cette transformation sociale.

Lancée en 2021 dans le cadre de la loi-cadre 09-21, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) est un jalon historique dans le système de santé marocain. Elle vise à concrétiser un droit fondamental : l’accès universel à des soins médicaux adéquats, préventifs et curatifs. À ce jour, plus de 31,8 millions de personnes, soit 86,48% de la population, sont immatriculées à un régime d’assurance-maladie, contre seulement 60% en 2020. Cependant, près de 8,5 millions de Marocains restent exclus ou en situation de « droits fermés », limitant ainsi l’impact global de cette réforme ambitieuse.

Si les avancées sont notables, les défis restent nombreux pour assurer une couverture sanitaire universelle (CSU) performante, équitable et durable. Analysons ces progrès et les axes de consolidation nécessaires.

Des réalisations notables dans l’extension de la couverture médicale

La généralisation de l’AMO repose sur une transformation profonde du paysage sanitaire marocain. Les dispositifs comme l’AMO TADAMON pour les plus démunis et l’AMO CHAMIL pour les individus ne répondant pas aux critères des régimes classiques ont été des leviers majeurs. En outre, les travailleurs non-salariés (TNS), une catégorie historiquement exclue des systèmes de protection sociale, ont désormais accès à un régime spécifique. Ces mécanismes visent à combler les lacunes d’un système longtemps inégalitaire.

La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) a joué un rôle crucial dans la mise en œuvre de cette réforme. Grâce à une digitalisation accrue, elle traite désormais plus de 100.000 dossiers par jour, contre 22.000 en 2021. Les délais de remboursement ont été réduits à 9 jours en moyenne, tandis que des campagnes de sensibilisation ont permis d’informer les citoyens sur leurs droits. Ces progrès montrent une volonté de modernisation et d’efficacité.

Lire aussi : AMO : simplification en vue

Malgré ces réalisations, l’immatriculation reste incomplète. Environ 13,5% de la population marocaine n’est pas encore inscrite à un régime, et 11,2% des immatriculés sont en situation de « droits fermés ». Cela touche particulièrement les TNS, dont 65% ne peuvent pas accéder aux prestations en raison de cotisations impayées ou de processus administratifs complexes. Cette situation illustre l’urgence d’une coordination renforcée entre les acteurs et d’une simplification des procédures.

Les défis structurels d’universalité, d’équité et d’accessibilité

La généralisation complète de l’AMO est freinée par des lacunes dans l’immatriculation des catégories les plus vulnérables, comme les aides familiaux et les travailleurs informels. De plus, les régimes actuels souffrent d’un cloisonnement marqué, avec des écarts significatifs dans les prestations offertes selon les statuts socioprofessionnels.

Les différences entre les régimes CNOPS, CNSS et AMO TADAMON sont frappantes. Par exemple, les fonctionnaires bénéficient de remboursements plus élevés que les salariés du secteur privé. Les soins ambulatoires sont remboursés à 80% par la CNOPS contre 70% par la CNSS. De plus, les médicaments pour les affections lourdes et coûteuses sont entièrement pris en charge dans le régime CNOPS, alors que la prise en charge est partielle dans d’autres régimes. Ces inégalités nuisent au principe de solidarité qui devrait sous-tendre un système de couverture universelle.

Les disparités territoriales dans l’offre de soins constituent un obstacle majeur. Près de 80% des cliniques privées et des lits d’hospitalisation sont concentrés dans cinq grandes régions, laissant les zones rurales avec un accès limité. En parallèle, le Maroc fait face à une pénurie critique de professionnels de santé, avec un déficit estimé à 32.000 médecins et 65.000 infirmiers. Ces manques compromettent la qualité et la disponibilité des soins pour de larges pans de la population.

Lire aussi : AMO : accessibilité renforcée pour les personnes en situation de handicap

Gouvernance, financement et pérennité : des axes prioritaires

La coordination entre les différents régimes reste insuffisante. Un système national unifié, incluant un mécanisme de transfert fluide entre les régimes, est essentiel pour éviter les ruptures de droits. La création d’une base de données nationale consolidée pourrait également améliorer la gestion et l’immatriculation des bénéficiaires, en particulier dans les zones rurales.

Depuis son lancement, l’AMO TADAMON a mobilisé 15,51 milliards de dirhams. Cependant, la dépendance aux cotisations des régimes comme l’AMO CHAMIL, où 92% des assurés appartiennent aux tranches les plus vulnérables, pose un risque de déficit. Une réforme des mécanismes de collecte et un contrôle renforcé des cotisations sont indispensables pour garantir la soutenabilité à long terme.

Avec 90% des dépenses de santé de l’AMO concentrées dans le secteur privé, il est impératif d’instaurer une régulation stricte des coûts. La mise en place de conventions entre les organismes de gestion et les prestataires de santé privés pourrait limiter les pratiques abusives tout en assurant une prise en charge équitable pour les assurés.

La généralisation de l’AMO est une avancée historique pour le Maroc, mais son impact reste limité par des disparités persistantes et des lacunes dans la gouvernance. Pour atteindre l’objectif d’une couverture sanitaire universelle, il est crucial de renforcer l’équité entre les régimes, d’investir dans l’infrastructure et le personnel de santé, et de garantir la viabilité financière du système. Un Maroc où l’accès aux soins est un droit effectif pour tous n’est pas hors de portée. Il nécessite cependant une volonté politique soutenue, des ajustements législatifs et une mobilisation de l’ensemble des acteurs publics et privés pour surmonter les défis. Seule une approche globale et inclusive permettra de faire de l’AMO un pilier durable du développement social et économique du pays.

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