L’impact des mesures législatives sur l’efficacité du recensement au Maroc : analyse minutieuse

L’importance des opérations de recensement de la population et du logement en tant qu’activités essentielles pour garantir des données précises et actualisées servant à la planification et à la prise de décisions au niveau national est indéniable. Au Royaume du Maroc, le recensement de la population et du logement est organisé par la loi n° 001.71, promulguée le 16 juin 1971, et le décret n° 2.23.647, daté du 21 décembre 2023. Cet article met en lumière les dimensions principales de ce cadre légal et son importance cruciale pour assurer le bon déroulement de ce processus essentiel.

A A A A A

Tribune

Yassine Kahli

Conseiller juridique et chercheur en sciences juridiques

Temps de lecture : Publié le 03/09/2024 à 16:05
favoris
  • Objectifs principaux et procédures de mise en œuvre

L’objectif principal de la loi n° 001.71 est d’organiser le recensement de la population et du logement au Royaume du Maroc, en mettant l’accent sur la confidentialité et le bon déroulement de l’opération. Cette opération est exécutée par l’autorité gouvernementale chargée de la planification, en coordination avec le Ministère de l’Intérieur. Les conditions et les dates de réalisation du recensement sont fixées par le chef du gouvernement, sur proposition de ces instances. Cette organisation minutieuse garantit le bon déroulement de l’opération de recensement, permettant d’obtenir des données fiables et précises utilisées dans divers aspects de la planification nationale.

  • Confidentialité des informations et protection de la vie privée

La loi accorde une grande importance à la confidentialité des informations collectées lors du recensement. Tous les participants à la préparation, l’exécution et l’exploitation du recensement sont tenus à la confidentialité professionnelle, avec des sanctions sévères pour ceux qui enfreignent cette obligation. De plus, le deuxième article de la loi n° 001.71 interdit catégoriquement la divulgation ou l’utilisation des informations personnelles et familiales recueillies lors du recensement à des fins de poursuites judiciaires ou de surveillance fiscale. Cette attention portée à la protection de la vie privée renforce la confiance des citoyens dans le processus de recensement, les encourageant à fournir des informations précises sans craindre un usage abusif.

  • Sanctions strictes pour garantir l’intégrité du recensement

Pour assurer le respect complet des procédures de recensement et garantir l’exactitude des données collectées par les responsables, le troisième article de la loi n° 001.71 prévoit des sanctions pour toute personne qui refuse de se conformer aux procédures de recensement ou fournit des informations incorrectes. Ces sanctions sont appliquées conformément aux dispositions du onzième alinéa de l’article 609 du Code pénal marocain, qui précise la possibilité d’imposer des sanctions aux individus qui contreviennent à un décret ou une décision émis par l’autorité administrative, à condition que ce décret ou cette décision ne comporte pas de sanctions spécifiques pour les contrevenants. En d’autres termes, si le décret ou la décision ne prévoit pas de sanctions particulières, les contrevenants peuvent être poursuivis en vertu des lois générales relatives aux infractions aux instructions administratives. Ainsi, l’absence de sanctions spécifiques dans le décret ou la décision n’exempte pas les contrevenants de sanctions, mais ceux-ci seront punis conformément aux autres lois pertinentes. Par conséquent, cette mesure est essentielle pour préserver la crédibilité des données statistiques et garantir que les résultats finaux reflètent fidèlement la réalité.

  • Date du prochain recensement

Conformément au décret n° 2.23.647 du 21 décembre 2023, la date du recensement de la population et du logement au Royaume du Maroc est fixée du 1ᵉʳ septembre à la fin du mois de septembre 2024. Ce calendrier permet de planifier et d’organiser l’opération de manière à atteindre les objectifs prévus.

  • Situation de référence

La situation de référence est un élément crucial pour maintenir la précision des données collectées lors du recensement, surtout face aux évolutions démographiques et sociales rapides. Selon le décret n° 2.23.647, la situation de référence est définie à l’article 2 comme étant « la nuit du 1ᵉʳ septembre 2024 ». Cette définition s’applique à toutes les personnes concernées par le recensement, quelle que soit leur nationalité ou leur lieu de résidence. La définition de la situation de référence vise à éviter les ambiguïtés et les incohérences dans les données individuelles, notamment en cas de mariage, divorce, décès ou migration pendant la période du recensement. Elle contribue également à uniformiser les critères de collecte des données au niveau national et améliore la précision et la crédibilité des résultats. Par exemple, si une personne se marie en octobre 2024, elle sera enregistrée lors du recensement comme « célibataire », en fonction de son statut à la nuit du 1ᵉʳ septembre 2024. Ainsi, la situation de référence est une pierre angulaire pour garantir la précision et la fiabilité du recensement, reflétant l’engagement du législateur marocain à fournir des données fiables pour soutenir la planification et la prise de décisions au niveau national de manière précise et définie.

En clôture, la loi n° 001.71 et le décret n° 2.23.647 ont une importance capitale dans le processus de recensement de la population et du logement au Royaume du Maroc. Ce cadre légal assure la fourniture de données statistiques précises qui facilitent la planification et la prise de décisions au niveau national. De plus, la loi et le décret soulignent la nécessité de protéger la confidentialité et la vie privée des informations personnelles des individus, ce qui renforce la confiance des citoyens dans ce processus et garantit la collecte de données précises et fiables.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié le 22/07Former les médecins à l’intelligence artificielle : une urgence académique

Face à cette évolution, une question s’impose : nos facultés de médecine préparent-elles réellement les futurs médecins à exercer dans cet environnement profondément transformé ? Pendant des décennies, la formation médicale a évolué au rythme des progrès scientifiques et technologiques. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle constitue un changement de paradigme. Pourtant, dans de nombreuses universités, son enseignement reste encore marginal, voire absent. Ce décalage risque de créer une génération de médecins confrontés à des outils qu’ils utiliseront sans en maîtriser les principes,…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 21/07Le dirigeant qui ne se paie pas : l’erreur silencieuse qui coûte le plus cher

Sur les trente derniers dirigeants à qui j’ai posé cette question, vingt-deux m’ont répondu une version de la même phrase : « Ce qui reste ». Certains ont dit « ça dépend du mois ». D’autres ont souri, gênés, comme si la question était déplacée. Quelques-uns ont avoué ne pas s’être payés depuis plusieurs mois. Ce n’est pas un problème marginal. C’est une pratique largement répandue dans les PME marocaines – et l’une des plus coûteuses sur le long terme.…

Par Mostafa Mounasser, Fondateur de Maroc Mentor, cabinet d'accompagnement de dirigeants de PME marocaines. Fort de +23 ans de direction d'entreprises au Maroc et en Turquie, il accompagne les dirigeants dans leur structuration, leur croissance et leur transformation. Mentor certifié VC4A.
Publié le 17/07L’institution du magistrat de liaison en droit marocain à l’épreuve du modèle européen

La mondialisation des échanges, l’intensification des flux migratoires et la transnationalisation de la criminalité ont profondément transformé les exigences de la coopération judiciaire entre États. Les instruments classiques de l’entraide – conventions bilatérales, commissions rogatoires internationales, demandes d’extradition – demeurent indispensables, mais leur mise en œuvre se heurte souvent à la lenteur, à la méconnaissance réciproque des systèmes juridiques et à l’absence d’interlocuteurs identifiés. C’est pour combler cet interstice opérationnel qu’a émergé, à partir des années 1990, la figure du…

Par Ali Bouyiss, Doctorant· en droit - sciences juridiques / Faculté de droit et de criminologie / Université libre de Bruxelles
Publié le 17/07Maroc-États-Unis : 250 ans de coopération agricole et alimentaire

Durant le protectorat français, la coopération entre le Maroc et les États-Unis s’est inscrite dans une démarche de transfert d’expertises et de partage de connaissances. Entre 1929 et 1933, plusieurs missions et visites d’études ont été effectuées au profit de coloniaux pour étudier l’horticulture en Californie. Composée des professionnels de l’hydraulique, des travaux publics, du génie rural et de l’agriculture, l’une de ces missions d’observation et d’exploration a élaboré un rapport intitulé « De Los Angeles à Rabat », présentant…

Par Said Alahyane, Enseignant-chercheur, Université Cadi Ayyad, Marrakech
Publié le 13/07Le recrutement par affect : l’erreur silencieuse qui coûte le plus cher aux dirigeants de PME marocaines

Cette erreur, c’est le recrutement par affect. Ce que ça veut dire concrètement Recruter par affect, ce n’est pas nécessairement recruter un membre de sa famille — même si c’est souvent le cas. C’est recruter quelqu’un parce qu’on lui fait confiance, parce qu’on le connaît depuis longtemps, parce qu’il « a toujours été là », parce qu’on se sent redevable, ou parce que le refuser créerait une tension sociale difficile à gérer. C’est le cousin qui « est sérieux ».…

Par Mostafa Mounasser, Dirigeant d’entreprise, 23 ans d’expérience au Maroc et en Turquie
Publié le 06/07Plus vous travaillez, moins votre entreprise avance

Ce paradoxe – travailler plus pour avancer moins – n’est pas un problème de discipline ou d’intelligence. C’est un problème de structure. Et il a un nom : le piège de l’opérationnel. Travailler dans l’entreprise ou sur l’entreprise Michael Gerber, dans son livre sur l’entrepreneuriat, distinguait deux postures : travailler dans l’entreprise -faire les choses – et travailler sur l’entreprise – construire le système qui fait les choses. Dans la plupart des PME marocaines que j’accompagne, le dirigeant est englué…

Par Mostafa Mounasser, Dirigeant d’entreprise, 23 ans d’expérience au Maroc et en Turquie
Publié le 01/07Volkswagen sous pavillon asiatique ?

Pendant des décennies, le constructeur a incarné la puissance manufacturière allemande, la capacité d’innovation de son industrie et la solidité d’un système économique fondé sur l’exportation. Toutefois, les transformations rapides de l’économie mondiale imposent désormais une remise en question profonde de certains acquis. La révision des flux d’exportation et de production locale impose une transformation d’envergure, plaçant le pays face à un défi de modernisation crucial. Cette évolution ne concerne pas uniquement une entreprise emblématique, mais reflète également les interrogations…

Par Pr. Mourad Alami, Professeur des Universités Allemagne, Maroc, Chine Ancien Membre du Conseil d’Administration de la Chambre arabo-allemande de Commerce et d’Industrie (Ghorfa), Berlin
Publié le 30/06Le coût invisible de la performance

La journée avance à grande vitesse, et pourtant une impression étrange persiste. Nous n’avons jamais été aussi occupés. Nous ne sommes pas certains d’avoir jamais été aussi concentrés. Depuis plusieurs années, les organisations cherchent à gagner en efficacité. Automatisation, digitalisation, intelligence artificielle, travail collaboratif, pilotage par les données. Chaque innovation promet de raccourcir les délais, fluidifier les processus et accélérer la prise de décision. La promesse est largement tenue. Les entreprises produisent davantage. Les échanges sont instantanés. L’information circule à…

Par Dr Ihsane El Fakid, Professeure-chercheuse en sciences de gestion à HEC Rabat
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub