Regardez bien ces images en noir et blanc de novembre 1975 : 350.000 âmes marchant à travers les rocailles du désert, le Coran serré contre le cœur et le drapeau hissé vers le ciel saharien. Un demi-siècle plus tard, la mémoire de cette épopée pacifique s’associe à un tournant historique dans les provinces du Sud. Alors que le Maroc célèbre la fête de la Marche Verte, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara, la MINURSO, ferme définitivement ses 13 bases après 35 ans de présence, scellant une page onusienne et ouvrant un nouveau chapitre souverain.

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S’il est des événements dont la mémoire traverse les décennies sans rien perdre de sa ferveur, la Marche Verte lancée le 6 novembre 1975 demeure l’une des pages les plus incroyables de l’histoire contemporaine du Royaume. Pour en saisir toute la portée, il faut remonter à cet automne 1975 où la diplomatie et la foi populaire se sont épousées dans un souffle inédit.

A la mi-octobre, la Cour internationale de Justice venait de rendre son avis consultatif. Le texte reconnaissait l’existence de liens juridiques et d’allégeance historiques entre les tribus sahraouies et les Sultans du Maroc, attestant que cette terre n’avait jamais été sans maître avant l’installation coloniale espagnole à la fin du XIXe siècle. Le 15 octobre 1975, depuis la ville de Marrakech, feu le roi Hassan II prononçait alors un discours fondateur en appelant le peuple à une marche pacifique et populaire vers le Sud.

L’appareil d’Etat et la société civile se mobilisèrent immédiatement dans une logistique monumentale. Des quatre coins du pays, trains, camions, navires et bus acheminèrent des centaines de milliers de citoyens vers les camps géants dressés aux portes du désert, notamment dans la région de Tarfaya. Ils étaient 350.000 volontaires civils, parmi lesquels environ 10% de femmes, venus répondre spontanément à l’appel du Palais.

Dès l’aube du 6 novembre 1975, cette marée humaine s’ébranla depuis la commune de Tah. On apercevait des hommes et des femmes vêtus de burnous sous le soleil ardent du Sahara. Dans une main, ils portaient le Coran, dans l’autre, le drapeau national. Sans arme, sans menace, au rythme de chants patriotiques et de prières collectives, les marcheurs franchirent la frontière artificielle tracée par la colonisation. Ce n’était pas une armée conquérante, mais un peuple venu réclamer la continuité de son sol par la seule puissance de sa présence physique.

De la halte de Tah au drapeau de Laâyoune

Au bout de trois jours de progression symbolique à travers les étendues arides, alors que les premiers marcheurs approchaient des avant-postes de l’armée espagnole, feu le roi Hassan II ordonna une halte stratégique. Il s’agissait de préserver à tout prix le caractère strictement pacifique de l’initiative et d’éviter le moindre affrontement sanglant.

La démonstration de foi et de discipline porta ses fruits avec une efficacité diplomatique redoutable. Ebranlé par cette mobilisation sans précédent, le gouvernement espagnol choisit la voie des négociations directes. Le 14 novembre 1975 étaient signés les Accords de Madrid entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie, organisant le retrait progressif des troupes coloniales. Quelques semaines plus tard, au début de l’année 1976, l’administration espagnole quittait définitivement le territoire.

Le 28 février 1976, la capitale administrative du Sud, Laâyoune, voyait le drapeau marocain flotter sur ses édifices publics. La réintégration des provinces sahariennes dans le giron national était scellée dans les faits, consacrant l’unité retrouvée du territoire du Royaume et inscrivant le 6 novembre dans le calendrier national comme une fête d’unité et de fierté partagée.

2026 : la fermeture de la page MINURSO et l’aube d’une ère nouvelle

C’est précisément cet héritage d’unité que le Maroc s’apprête à célébrer cette année, mais dans un paysage diplomatique profondément transformé. 35 ans après la création en 1991 de la MINURSO, la mission touche à sa fin définitive.

Lors de sa séance du 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas renouvelé le mandat de la mission onusienne. Dès le 1er novembre 2026, l’Organisation des Nations unies a ainsi officialisé l’ouverture du plan de liquidation et de retrait opérationnel de la mission. Sous la supervision des départements pertinents de l’ONU, l’opération prévoit le rapatriement ordonné de 160 observateurs militaires vers leurs pays respectifs, la réduction et le départ de 180 employés civils et personnels associés, ainsi que la fermeture définitive des 13 installations et bases logistiques maintenues par la mission à travers le territoire.

Pour encadrer cette transition historique, le roi Mohammed VI a présidé, le mercredi 4 novembre 2026 au palais royal de Rabat, une séance de travail réunissant la cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri, le conseiller royal Fouad Ali El Himma, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit et le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales et commandant de la zone Sud.

A cette occasion, le Souverain a réaffirmé les priorités intangibles du Royaume : la préservation stricte de la sécurité nationale, la protection des habitants des provinces du Sud et le respect scrupuleux d’un cessez-le-feu maintenu de manière volontaire par le Maroc. Les instructions royales ont confié au Bureau de coordination avec la MINURSO, rattaché au ministère de l’Intérieur, la charge de veiller au déroulement fluide, ordonné et rigoureux du retrait des casques bleus et de la restitution des installations.

En refermant le livre de la présence casquée au Sahara, le Maroc confirme la maturité de son assise territoriale. 51 ans après les pas pacifiques des marcheurs de Tah, la célébration de la Marche Verte résonne ainsi avec une force singulière : celle d’une souveraineté réaffirmée, portée par le développement des provinces du Sud et par l’initiative d’autonomie, dans le prolongement naturel de l’histoire.

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