A l’occasion du Forum de la Mer à El Jadida, la mémoire maritime de l’ancienne Mazagan s’anime à travers la présentation de la traduction en arabe de l’ouvrage consacré à la cité qui traversa l’Atlantique. Sur le bastion de l’Ange et au cœur de la Cité portugaise, cet événement met en lumière une épopée transocéanique singulière. Evacuée en 1769 sous la pression du sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah, la population portugaise a emporté son histoire jusqu’en Amazonie pour y ériger Nova Mazagão. Aujourd’hui, cette rencontre fait revivre ce lien séculaire en transmettant ce récit aux enfants d’El Jadida.

Temps de lecture :
A A A A A

Au cœur des remparts séculaires d’El Jadida, la neuvième édition du Forum de la Mer a fait résonner le passé maritime de la ville auprès des plus jeunes. L’un des moments forts de ce rassemblement est la publication de la traduction en arabe de l’ouvrage consacré à la trajectoire inédite de Mazagan, la cité marocaine dont une partie de la mémoire s’est transplantée de l’autre côté de l’océan.

Dans le cadre d’un parcours pédagogique conçu pour les enfants, une visite guidée a mené les jeunes visiteurs des ruelles pavées de la forteresse jusqu’au sommet du bastion de l’Ange. C’est sur cette plateforme surplombant l’Atlantique que des pas de danse ont célébré un pont culturel inattendu : à Macapá, en Amazonie brésilienne, une école de samba a choisi de placer son prochain carnaval sous le thème de l’épopée de Mazagan.

Des origines fortifiées à la grande citadelle de 1541

L’histoire de ce site commence bien avant son destin brésilien. Connue sous le toponyme berbère de Mazighan, la baie abritait un mouillage naturel réputé dès l’Antiquité sous le nom de Rusibis. Au début du XVIe siècle, les marins portugais y installent une modeste tour de garde baptisée El Brija, avant de construire en 1514 un premier château carré sous la direction des architectes Francisco et Diogo de Arruda.

Le tournant survient en 1541. Face à la poussée des Saâdiens qui s’emparent d’Agadir, le roi Jean III du Portugal ordonne le repli des garnisons de Safi et d’Azemmour vers Mazagan, décidant d’en faire la principale place forte lusitanienne sur le littoral marocain. Conçue par l’ingénieur italien Benedetto di Ravenna, la citadelle se dote d’une muraille en étoile aux parois inclinées, capable de résister aux tirs d’artillerie. C’est également à cette époque que la salle de garde du fort originel est transformée en une majestueuse citerne portugaise pour garantir les réserves d’eau de la garnison.

Le grand siège de 1769 et l’exil vers l’Amazonie

Pendant plus de deux siècles, la citadelle demeure un bastion inexpugnable malgré plusieurs sièges. La fin de la présence portugaise intervient sous le règne du sultan alaouite Sidi Mohamed Ben Abdellah. Déterminé à parachever la libération des ports occupés, le Souverain déploie une puissante armée et encercle la forteresse en 1768-1769.

Confronté à un siège intenable et contraint de mobiliser ses ressources pour la reconstruction de Lisbonne dévastée par le séisme de 1755, le Portugal négocie son évacuation. Les 10 et 11 mars 1769, les 2.600 habitants de Mazagan embarquent sur 14 navires depuis Bab El Bhar (la Porte de la Mer). Avant de larguer les amarres, les troupes sortantes minent la porte principale du bastion du gouverneur. L’explosion ravage une partie des structures terrestres, laissant la cité déserte et inaccessible pendant près d’un demi-siècle, sous le nom d’Al Mahdouma (« la démolie »).

Après une escale de quelques mois à Lisbonne, les familles évacuées reprennent la mer le 15 septembre 1769 à destination du nord du Brésil. Elles y fondent au cœur de la forêt amazonienne la colonie de Nova Mazagão, où leurs descendants perpétuent encore aujourd’hui la mémoire de leur cité d’origine.

1502 : il était une fois la cité portugaise d’El Jadida

La renaissance sous le nom d’El Jadida

Il faut attendre les années 1820 pour que le sultan Moulay Abderrahmane ordonne la restauration des remparts endommagés et le relèvement de la cité, qui prend alors le nom d’El Jadida (« la nouvelle »).

Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004, la forteresse d’El Jadida demeure l’un des témoignages architecturaux les plus saisissants des échanges et affrontements maritimes de l’époque moderne. En transmettant ce récit aux jeunes générations lors du Forum de la Mer, la ville réaffirme la profondeur de son ancrage océanique et la vivacité de sa mémoire partagée à travers l’Atlantique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire