Né dans les soubresauts du protectorat et forgé dans l’épreuve des interdictions successives, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) incarne l’une des trajectoires les plus incroyables de la gauche marocaine. Héritier du Parti communiste marocain fondé en 1943 et longtemps guidé par la figure emblématique de Ali Yata, ce mouvement a su muer, au fil des décennies, de la clandestinité révolutionnaire vers une participation institutionnelle pragmatique.

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Entre idéal socialiste, défense intransigeante de la souveraineté nationale et alliances gouvernementales audacieuses, traverser l’histoire du PPS revient à parcourir les mutations politiques et sociales du Royaume depuis l’Indépendance.

Du communisme à la lutte nationale (1943-1956)

L’émergence des idées socialistes au Maroc remonte aux années 1920, lorsque les premières cellules syndicales et communistes virent le jour à l’initiative de militants français et espagnols. Très rapidement, des figures marocaines de la première heure, à l’image d’Ahmed Belmadi ou de Abdeslam Bourquia, rejoignirent ce mouvement social naissant.

En novembre 1943, l’annonce de la création du Parti communiste du Maroc (PCM) matérialisa cette longue gestation politique sous la domination coloniale. Reorganisé en 1945 sous l’appellation de Parti communiste marocain, le parti vit l’émergence de Ali Yata à sa direction après la disparition de Léon Sultan. Sous sa conduite, la formation s’engagea résolument dans le processus de marocanisation et dans la lutte pour la souveraineté nationale.

Les dirigeants communistes signèrent les pétitions populaires accompagnant le Manifeste de l’Indépendance du 11 janvier 1944 et défendirent l’unité territoriale du pays. Cet engagement patriotique valut au parti une répression coloniale féroce, concrétisée par son interdiction officielle en 1952, l’emprisonnement et l’exil de ses cadres.

L’épreuve du bannissement et la quête de légalité (1956-1974)

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Au lendemain de l’indépendance recouvrée en 1956, l’existence légale de la formation demeura compromise. En février 1960, la Cour d’appel de Rabat prononça la dissolution du PCM à la demande du gouvernement de Abdallah Ibrahim, invoquant une incompatibilité doctrinaire entre la pensée marxiste-léniniste et les fondements religieux et constitutionnels du Royaume.

Maintenus dans la clandestinité, les militants préservèrent leurs réseaux et structurèrent en 1968 une nouvelle entité : le Parti de la libération et du socialisme (PLS). Toutefois, le pouvoir judiciaire frappa de nouveau l’organisation d’interdiction dès 1969, condamnant Ali Yata à dix mois de prison pour reconstitution d’un parti dissous. Face à ces blocages institutionnels, la direction communiste opéra un recentrage stratégique : elle fonda en août 1974 le Parti du progrès et du socialisme (PPS), conçu pour réinsérer durablement le courant socialiste au cœur du système multipartite légal.

L’ancrage légal et la maturité idéologique (1974-1997)

Le PPS tint son premier Congrès national à Casablanca en 1975 sous le mot d’ordre « La révolution nationale démocratique, une étape historique vers le socialisme ». Désormais reconnu par l’Etat, le parti affirma une doctrine alliant la quête de justice sociale, la défense de la classe ouvrière, la promotion de la culture et un soutien indéfectible aux causes nationales, notamment la marocanité du Sahara.

Pendant plus de deux décennies, la formation consolida son ancrage militant et s’appuya sur ses organes de presse officiels, en premier lieu le journal Al Bayane créé par Ali Yata en 1974. La mort tragique de Ali Yata en août 1997 referma un chapitre fondateur de 52 années d’histoire politique.

Les réorientations stratégiques (1998-2019)

En septembre 1997, Ismaïl Alaoui prit la tête du parti. L’année 1998 marqua l’entrée historique du PPS au gouvernement d’alternance consensuelle dirigé par Abderrahmane Youssoufi, Ismaïl Alaoui devenant ministre de l’Education nationale puis de l’Agriculture. Le parti conserva des portefeuilles ministériels dans les coalitions successives menées par Driss Jettou et Abbas El Fassi.

Après l’élection de Mohammed Nabil Benabdallah au poste de secrétaire général lors du huitième congrès en 2010, le PPS confirma son orientation pragmatique. A la suite des réformes constitutionnelles et des élections de 2011, le parti fit le choix remarqué de s’allier au Parti de la justice et du développement (PJD) au sein des gouvernements de Abdelilah Benkirane puis de Saadeddine Othmani. Ce choix traduisit une mutation discursive importante, faisant évoluer la posture critique envers les conservateurs vers un discours de conciliation et de collaboration gouvernementale.

En octobre 2019, le comité central du PPS vota la sortie du gouvernement, marquant le retour du parti dans les rangs de l’opposition.

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L’opposition parlementaire et la quête d’un souffle alternatif (2021-2026)

Lors du scrutin législatif du 8 septembre 2021, le PPS enregistra une nette progression en obtenant 22 sièges à la Chambre des représentants, ce qui lui permit d’établir un groupe parlementaire propre (Groupe du progrès et du socialisme) pour la première fois de son histoire.

Militant désormais depuis les bancs de l’opposition face au gouvernement de Aziz Akhannouch, le parti défend une alternative démocratique et progressiste, articulant réformes sociales, souveraineté productive, défense des libertés et moralisation de la vie publique.

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