La nuit du 30 octobre aura été un rendez-vous pas comme les autres pour le dossier du Sahara. À New York, deux projets de résolution se sont heurtés aux divisions du Conseil de sécurité, sans qu’aucun ne soit adopté. Mais c’est à Rabat que le signal politique a été le plus fort. Dans un communiqué du Cabinet royal, le Maroc annonce vouloir mettre fin à la présence physique de la MINURSO dans les provinces du Sud, tourner la page du suivi périodique du dossier par le Conseil de sécurité et privilégier les canaux bilatéraux et régionaux. Après 35 ans, Rabat ne veut plus seulement faire évoluer le traitement onusien du dossier, il entend en changer les règles du jeu !

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Quelques heures après l’échec des deux projets de résolution au Conseil de sécurité, Rabat a fait savoir que le sujet ne se limitait pas à un vote manqué à New York. Pour le Maroc, c’est tout un chapitre de 35 ans qui arrive à son terme. La non-reconduction de la MINURSO est présentée comme le point de départ d’un changement plus large dans la manière dont le dossier du Sahara est traité à l’échelle internationale.

Le communiqué du Cabinet royal ne laisse guère de place au doute sur le sens que Rabat donne à cette séquence. Il parle de « rupture », de « transformation profonde des paramètres » et d’une « page de 35 ans » qui se tourne.

Concrètement, le Maroc annonce que la présence physique de la MINURSO dans les provinces du Sud doit prendre fin dans les prochains jours. Il estime également que les rendez-vous périodiques du Conseil de sécurité, les rapports du Secrétaire général et les briefings de son envoyé personnel n’ont désormais plus lieu d’être.

En gros, Rabat ne parle pas seulement de la fin d’une mission, elle annonce sa volonté de sortir d’un mode de gestion du dossier qui, depuis trois décennies, ramène régulièrement la question du Sahara devant les instances des Nations unies. Le Maroc entend désormais privilégier un autre rythme, porté par les soutiens internationaux à son initiative d’autonomie et par une diplomatie bilatérale et régionale.

Mais avant de tourner la page, encore faut-il comprendre ce qui vient de se passer à New York. Car le non-renouvellement de la MINURSO n’est pas le résultat d’un vote classique contre la mission. C’est l’aboutissement d’un bras de fer entre deux projets concurrents, qui n’ont finalement obtenu ni l’un ni l’autre le feu vert du Conseil de sécurité.

Le 30 octobre, le Conseil de sécurité dans l’impasse

La scène s’est jouée à la veille de l’expiration du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara, créée en 1991. Deux textes étaient sur la table. Le premier, présenté par les États-Unis, proposait de renouveler le mandat de la mission tout en engageant une évolution de son appellation et de son fonctionnement. Le second, porté par la Russie, défendait une reconduction de la MINURSO dans sa forme actuelle.

Le projet américain a recueilli onze voix favorables, une voix contre et trois abstentions. Mais le veto de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, a suffi à le faire tomber. Le veto russe a donc empêché l’adoption du texte soutenu par Washington. Quelques instants plus tard, le projet russe a été soumis au vote. Il n’a obtenu que trois voix pour, une contre et onze abstentions. Faute d’avoir atteint le seuil minimal de neuf voix, il a été rejeté. Cette fois, il s’agissait d’un texte qui n’a tout simplement pas réuni la majorité nécessaire.

 

Donc aucun des deux projets n’a été adopté et le mandat de la MINURSO arrive à expiration le 31 octobre 2026 sans nouvelle prorogation. Une situation inédite dans l’histoire récente de la mission, dont le mandat avait jusque-là été renouvelé régulièrement.

Le désaccord entre Washington et Moscou ne portait pas uniquement sur une question de calendrier. Il concernait surtout la manière de traiter la suite du dossier. Le texte américain proposait de rebaptiser la mission « Mission des Nations unies au Sahara occidental », en supprimant la référence au référendum contenue dans son nom historique. Il prévoyait également de demander au Secrétaire général de présenter des propositions sur la structure, les effectifs et les ressources de la mission, afin que le Conseil puisse se prononcer ultérieurement sur son avenir. Le texte russe, lui, proposait une reconduction d’un an sans changement majeur du dispositif existant.

La Russie justifie son veto au projet américain sur le Sahara et accuse Washington d’avoir renoncé à sa neutralité

Il faut ici revenir sur une nuance importante. Le projet américain finalement soumis au vote ne prévoyait plus, dans sa version révisée, une fermeture automatique de la composante militaire au printemps 2027, ni une transformation immédiate en mission politique spéciale. Ces dispositions figuraient dans une première mouture, mais avaient été retirées au cours des négociations. Le texte maintenait une prolongation du mandat jusqu’en octobre 2027 et renvoyait les décisions sur l’avenir de la mission à une étape ultérieure.

La Russie a néanmoins choisi de bloquer ce texte. Moscou contestait notamment une orientation qu’elle jugeait trop favorable à la position marocaine et estimait nécessaire de préserver le cadre existant. Son propre projet n’a, à son tour, pas réussi à convaincre suffisamment de membres du Conseil. La mécanique diplomatique s’est donc enrayée au moment même où elle devait décider de la suite à donner à la mission.

Pour le Maroc, cette impasse est désormais le point de départ d’une nouvelle séquence. Le communiqué royal ne s’attarde d’ailleurs pas sur les détails du bras de fer entre les deux puissances. Il retient un fait : le mandat n’a pas été reconduit. Et il en tire une conséquence politique beaucoup plus large.

Le « Draft Zéro » kesako ?

Mais qu’est-ce donc que ce texte américain dont tout le monde parle ? Son ambition de base était de sortir la MINURSO de son mandat historique, conçu en 1991 autour de l’organisation d’un référendum d’autodétermination, pour l’orienter vers un dispositif à dominante politique. D’où l’idée, évoquée dans les premières versions, de faire disparaître la référence au référendum et de revoir jusqu’à l’identité de la mission.

Le premier projet américain allait loin. Il prévoyait notamment une réduction d’au moins 50% des effectifs militaires, la fermeture de postes avancés et la fin du mandat militaire au printemps 2027, avant un basculement vers une mission politique. Mais face aux réserves exprimées au Conseil de sécurité, Washington a revu sa copie. Le calendrier de retrait a disparu de la version révisée.

Le texte conservait néanmoins un changement de cap important : il qualifiait l’initiative marocaine d’autonomie de « solution la plus réalisable » et demandait au secrétaire général de présenter, d’ici le 30 janvier 2027, des propositions sur l’avenir de la mission.

C’est cette version que la Russie a finalement bloquée par son veto, le 30 octobre.

La MINURSO, 35 ans après : une mission arrivée au bout de son cycle ?

Pour comprendre la portée du communiqué, il faut revenir à la naissance de la MINURSO.

C’est l’histoire d’un divorce à l’amiable qui aura mis 35 ans à se concrétiser. Quand le Conseil de sécurité adopte la résolution 690 en avril 1991, l’idée de départ était de faire respecter un cessez-le-feu et passer le désert au peigne fin pour dresser la liste des électeurs d’un scrutin binaire.


Un tiers de siècle plus tard, la poussière s’est accumulée sur des registres électoraux introuvables et la mission s’est muée en une solide bureaucratie d’observation. Aujourd’hui, presque tout le monde à l’ONU admet ce que les experts répètent depuis des années : le modèle du référendum est mort et enterré sous une montagne de recours procéduraux.

Elle devait notamment accompagner la mise en œuvre du plan de règlement, surveiller le cessez-le-feu et contribuer à la préparation du scrutin. Mais le référendum annoncé n’a jamais eu lieu. Les désaccords sur les modalités de consultation, en particulier sur l’identification des personnes habilitées à voter, ont progressivement bloqué le processus. Au fil des années, la mission a continué d’exister, avec un mandat régulièrement renouvelé, alors que son objectif politique initial demeurait hors d’atteinte.

C’est précisément cette situation que Rabat entend désormais présenter comme appartenant au passé. Dans son communiqué, le Cabinet royal décrit la MINURSO comme une mission héritée d’un « contexte anachronique et révolu », qui aurait longtemps constitué un instrument d’internationalisation du différend régional. La formulation est forte. Elle traduit la volonté marocaine de ne plus considérer la présence de la mission comme un passage obligé dans le traitement du dossier.

Le communiqué va même plus loin en annonçant que la présence de la MINURSO dans les provinces du Sud, à travers ses personnels, ses véhicules, ses équipements et ses symboles, « devrait cesser dans les prochains jours ». Il ne s’agit donc pas uniquement de supprimer un acronyme ou de modifier l’intitulé d’une structure. Rabat évoque le départ concret des équipes et des moyens de la mission du territoire.

Cette annonce donne une dimension très matérielle à la décision du Conseil de sécurité. Depuis 1991, la présence de la MINURSO fait partie du paysage institutionnel du dossier du Sahara. Ses observateurs militaires, ses installations et ses moyens logistiques incarnent une présence internationale sur le terrain, même si le processus référendaire qui avait justifié sa création n’a jamais abouti.

Pour le Maroc, la fin du mandat ouvre donc la possibilité de mettre un terme à cette présence. C’est l’un des messages centraux du communiqué : les 35 années de présence de la mission ne doivent pas se prolonger sous une autre forme par simple inertie. La non-reconduction est présentée comme la rupture avec un dispositif dont Rabat estime qu’il a épuisé son rôle.

Il faut toutefois distinguer l’annonce politique marocaine de la mise en œuvre opérationnelle du retrait. Le mandat arrive à expiration, mais les modalités concrètes de départ des personnels, de fermeture des installations et de liquidation des moyens doivent encore être précisées dans le cadre onusien. Le non-renouvellement ne signifie pas, à lui seul, que toutes les opérations de retrait ont déjà été exécutées. Cette distinction n’enlève rien à la portée du message de Rabat : le Maroc indique clairement qu’il ne souhaite pas voir la présence de la mission se poursuivre dans les provinces du Sud.

Au-delà du terrain, Rabat veut mettre fin au rendez-vous onusien

C’est sans doute le passage le plus politique du communiqué. Car le Maroc ne se limite pas à annoncer la fin prochaine de la présence physique de la MINURSO, il estime également que la non-reconduction de son mandat devrait mettre un terme à la saisine régulière du Conseil de sécurité sur la question du Sahara.

Le Cabinet royal cite explicitement les réunions statutaires périodiques du Conseil, les rapports du Secrétaire général des Nations unies et les briefings de son Envoyé personnel. Selon la lecture marocaine, ces rendez-vous « n’auraient plus lieu d’être ». Le processus politique onusien serait, lui aussi, suspendu.

Cette position mérite qu’on s’y arrête. Depuis des années, le dossier du Sahara revient régulièrement à l’agenda du Conseil de sécurité. Les membres du Conseil examinent les rapports du Secrétaire général, discutent de la situation sur le terrain, évaluent le travail de la MINURSO et se prononcent sur le renouvellement de son mandat. Le rendez-vous annuel est devenu l’un des principaux marqueurs du suivi international du dossier.

En annonçant que cette séquence devrait prendre fin, Rabat veut donc aller au-delà de la disparition de la mission. Il entend mettre un terme à ce qu’il considère comme un cycle de gestion internationale du différend. La question n’est plus seulement de savoir qui surveillera le cessez-le-feu ou sous quelle appellation la mission pourrait continuer à fonctionner. Elle devient celle de la place que le dossier du Sahara doit désormais occuper dans l’agenda des Nations unies.

Le Cabinet royal annonce également que des démarches similaires seront menées prochainement au sein d’autres organes de l’ONU. Le message est cohérent : le Maroc ne souhaite pas seulement voir disparaître le rendez-vous périodique du Conseil de sécurité, mais faire évoluer le traitement de la question dans l’ensemble du système onusien.

Il s’agit là d’une ambition diplomatique importante. Elle signifie que Rabat entend réduire la place occupée par le dossier dans les mécanismes multilatéraux qui l’ont accompagné pendant plusieurs décennies. Le communiqué présente cette évolution comme la conséquence logique de la non-reconduction de la MINURSO et comme une étape vers la clôture définitive du dossier aux Nations unies.

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique diplomatique déjà engagée. La résolution 2797, adoptée en octobre 2025, avait demandé aux parties de poursuivre les discussions en prenant pour base la proposition marocaine d’autonomie, tout en rappelant la nécessité d’une solution politique définitive et mutuellement acceptable, conforme à la Charte des Nations unies et au principe d’autodétermination. Elle reconnaissait également qu’une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables.

Le projet américain soumis au vote le 30 octobre reprenait cette orientation en qualifiant l’autonomie sous souveraineté marocaine de solution « la plus réalisable ». Mais il n’a pas été adopté. Il serait donc inexact de présenter le vote du 30 octobre comme une nouvelle résolution du Conseil de sécurité consacrant cette formulation. Le texte américain a été bloqué par le veto russe. La position marocaine, elle, s’appuie sur la dynamique diplomatique qu’elle estime avoir construite au cours des dernières années et sur les soutiens internationaux qu’elle revendique.

Faire adopter une résolution à New York ne relève jamais de la simple promenade de santé, surtout quand le texte touche à un conflit vieux de plus de cinquante ans. Voyons cela comme un immense Monopoly. Le Conseil de sécurité reste une gigantesque foire d’empoigne où chaque puissance permanente avance ses pions selon ses propres intérêts stratégiques du moment.

Dans ce grand jeu, le Maroc aborde la ligne droite avec un bloc de soutiens très importants avec les Etats-Unis en tête de gondole, appuyés sans réserve par la France et avec la complicité bienveillante du Royaume-Uni. Mais comme dans tout Monopoly, on doit aussi composer avec les humeurs des deux autres membres du P5 : la Russie et la Chine.

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Participation de Fatima Ezzahra El Mansouri au Sommet Russie-Afrique à Moscou, le 29 octobre 2026 © DR
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Vladimir Poutine accueille Fatima Ezzahra El Mansouri au Kremlin, à l’occasion du Sommet Russie-Afrique à Moscou, le 28 octobre 2026 © DR

Côté russe, la position ne découle pas d’une passion subite pour les sables du désert, mais d’une grille de lecture globale où tout ce qui émane de Washington est suspect par définition. Moscou apprécie peu la méthode du rouleau compresseur américain et préfère rappeler à qui veut l’entendre les principes sacrés de la décolonisation à l’ancienne.

« La Russie oppose son veto aux approches unilatérales américaines, défend la doctrine historique de décolonisation et inscrit son opposition dans sa rivalité globale avec l’Occident », déclare le politologue Driss Aissaoui.

Du côté de Pékin, l’approche se veut infiniment plus… discrète. Fidèle à sa diplomatie du profil bas et des gros sous, le pouvoir chinois évite de se brûler les doigts dans une querelle où il entretient d’excellentes affaires aussi bien à Rabat qu’à Alger.

C’est ce que Driss Aissaoui résume d’une formule : un « lissage de la forme, maintien du fond », qui contraint le Maroc à une diplomatie bilatérale continue pour transformer les abstentions en neutralité bienveillante.

La Fête de l’Unité

Le communiqué du Cabinet royal rattache également cette nouvelle étape à la Fête de l’Unité, célébrée le 31 octobre. Cette date n’est pas anodine. Instituée en 2025, à la suite des développements intervenus autour de la résolution 2797, elle a été présentée comme une fête nationale portant les significations de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du Royaume.

En faisant coïncider le non-renouvellement de la MINURSO avec cette célébration, la Fête de l’Unité devient ainsi le cadre dans lequel Rabat choisit de présenter le passage d’une logique de gestion à une logique de transformation.

Le cessez-le-feu reste une ligne rouge

Reste une question qui ne peut pas être évacuée par la seule annonce de la fin du mandat : celle de la situation sur le terrain. Le communiqué du Cabinet royal prend soin de rappeler que le Maroc demeure fermement attaché au cessez-le-feu, dans le respect de son intégrité territoriale, de sa sécurité nationale et de la quiétude de ses citoyens.

Le non-renouvellement ouvre ainsi une période d’incertitude sur les modalités de suivi de la situation. Qui assurera les fonctions de surveillance jusqu’ici exercées par les observateurs militaires ? Qu’adviendra-t-il des installations et des moyens de la mission ? Comment les éventuelles tensions seront-elles documentées et portées à la connaissance des acteurs internationaux ? Le communiqué affirme l’attachement du Royaume au cessez-le-feu, mais ne détaille pas les mécanismes qui pourraient accompagner le retrait annoncé de la MINURSO.

La question concerne aussi les relations entre les parties et les conditions dans lesquelles une solution politique pourrait être recherchée. Le processus onusien a connu de nombreux blocages, mais il constituait jusqu’ici un cadre de dialogue et de suivi. Sa suspension, telle que l’annonce le Maroc, ne règle pas automatiquement les désaccords politiques qui sont à l’origine du différend.

L’éclairage du politologue Driss Aissaoui

En marche vers une VIe République ?
Driss Aissaoui, économiste et politologue © Ayoub Jouadi / LeBrief

Pour prolonger la réflexion et revenir à la source même des analyses qui ont structuré ce dossier, voici l’intégralité de l’échange accordé par le politologue Driss Aissaoui, avant le vote du 30 octobre 2026. À travers ses réponses sans détour aux neuf questions fondamentales du débat, l’expert décrypte les rouages juridiques de l’abandon du référendum, les logiques de la diplomatie américaine à l’ONU et les perspectives stratégiques qui consacrent le plan d’autonomie marocain.

– LeBrief : la transformation envisagée de la MINURSO en mission politique marquerait-elle une nouvelle étape vers la reconnaissance internationale de la souveraineté marocaine sur le Sahara ?

– Driss Aissaoui : La question de la transformation potentielle de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) en une mission politique fait l’objet de diverses analyses et perspectives parmi les experts en relations internationales et les parties au conflit.

Selon les analyses de plusieurs think tanks et observateurs politiques, comme par exemple certains experts de l’Institut marocain d’analyse des politiques ou des spécialistes des questions maghrébines, une telle transition modifierait fondamentalement la nature du mandat de l’ONU dans la région.

Les perspectives sur une convergence vers la souveraineté marocaine se conjuguent à différents niveaux et diverses formules.

Tout d’abord, il y a cette possibilité de changement de paradigme. Certains analystes estiment que remplacer une mission initialement conçue pour organiser un référendum d’autodétermination par une mission d’accompagnement politique formelle entérinerait l’obsolescence de l’option référendaire. Cela rapprocherait la position de l’ONU du plan d’autonomie proposé par le Maroc, souvent qualifié par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de base « sérieuse et crédible».

C’est aussi une dynamique diplomatique qui s’instruit. Pour les partisans de cette thèse, ce basculement s’inscrirait dans la continuité des reconnaissances de souveraineté ou des soutiens explicites au plan d’autonomie exprimés par des puissances clés comme les États-Unis, l’Espagne ou la France.

Il y a également des perspectives fortes sur la neutralité et le statu quo onusien à travers, par exemple, le maintien du cadre multilatéral. Certains spécialistes et diplomates rappellent que le Conseil de sécurité de l’ONU reste lié à un processus de négociations visant à aboutir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable. Selon cette approche, une modification de mandat nécessite un consensus entre les membres permanents du Conseil de sécurité, où des pays comme la Russie maintiennent une position de stricte neutralité ou de respect des résolutions initiales.

Mais face à tout cela il faudra compter avec l’opposition du Front Polisario et de l’Algérie.  Les positions du Front Polisario et de l’Algérie s’opposent fermement à toute modification du mandat de la MINURSO qui écarterait l’organisation d’un référendum. Pour ces acteurs, la mission doit conserver sa composante de surveillance du cessez-le-feu et son objectif initial, considérant tout changement comme une rupture des accords de 1991.

Actuellement, le Conseil de sécurité de l’ONU continue de renouveler le mandat de la MINURSO dans sa forme actuelle, tout en appelant les quatre parties concernées que sont le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie à reprendre les tables rondes de négociation politiques, impulsées par les USA.

– LeBrief : Le projet américain prévoit de faire disparaître la référence au référendum dans le nom de la MINURSO. Quelle serait la portée juridique et politique d’un tel changement ?

– Driss Aissaoui : Le projet de résolution américain (« draft zéro ») propose de modifier le nom de la MINURSO pour l’appeler MINUSO (Mission des Nations unies pour le Sahara occidental), supprimant définitivement le « R » de Référendum.

Si ce texte est adopté, ce changement de dénomination – combiné à la transformation de la force de maintien de la paix en une mission politique spéciale – emporterait des conséquences juridiques et politiques majeures.

En termes de portée juridique, la fin d’un mandat technique spécifique signifie que le Cadre conventionnel de 1991 est devenu caduc. La MINURSO a été créée par la résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité avec un objectif juridique précis, celui de veiller à l’organisation d’un référendum d’autodétermination conformément au plan de règlement ONU-OUA. Mais, supprimer le mot « référendum » revient à clore juridiquement le mandat originel de 1991 en constatant l’impossibilité technique de son exécution (faute d’accord sur le corps électoral).

Quand on s’intéresse à la redéfinition de l’objet de la mission, cela veut dire que la mission basculerait d’une opération de maintien de la paix sous mandat militaire vers une mission politique spéciale. Juridiquement, les résolutions ultérieures n’obligeraient plus l’ONU à maintenir des structures d’identification des électeurs, réorientant l’appareil onusien vers l’accompagnement d’un statut négocié.

Là, on revient vers l’interprétation de l’autodétermination. Bien que le projet réaffirme le « principe d’autodétermination », sa mise en œuvre juridique ne s’articulerait plus autour de la technique classique de la consultation référendaire, mais s’alignerait sur le droit international contemporain qui valide l’autodétermination interne via une autonomie négociée.

Au niveau de la portée politique, ceci signifie une victoire diplomatique et un changement de paradigme clairs.

En consécration du plan d’autonomie marocain, cette suppression est le reflet institutionnel des évolutions diplomatiques récentes. Le projet de texte américain tend à acter que l’initiative marocaine d’autonomie (présentée en 2007) devient l’unique base réaliste et crédible de négociation, écartant l’option de l’indépendance du territoire.

C’est aussi un désaveu majeur pour le Front Polisario et l’Algérie. Pour les partisans du référendum, la perte du « R » constitue un recul politique critique. Le Front Polisario a déjà menacé de se retirer complètement du processus politique de l’ONU si cette mouture est adoptée, tandis qu’Alger tente d’introduire des amendements d’urgence pour réintégrer l’option référendaire.

En fin de compte nous nous trouvons en face d’une nouvelle doctrine américaine et onusienne.  En tant que rédacteur des résolutions (« penholder »), les États-Unis imposent une logique de pragmatisme : mettre fin aux « missions zombies » qui gèlent les conflits sans les résoudre. Politiquement, l’ONU s’orienterait vers la négociation du degré de gouvernance sous souveraineté marocaine, plutôt que sur le choix binaire souveraineté/indépendance.

– LeBrief : Le Maroc peut-il considérer que le débat au Conseil de sécurité porte désormais davantage sur les modalités de l’autonomie que sur le statut même du territoire ?

– Driss Aissaoui : Le Maroc peut légitimement considérer que le débat au Conseil de sécurité de l’ONU a opéré un tournant doctrinal majeur, déplaçant le curseur vers les modalités concrètes de l’autonomie sous souveraineté marocaine.

Cette transition s’est accélérée de manière décisive à travers les dynamiques diplomatiques récentes. Il y a en premier lieu la consécration de l’exclusivité du plan d’autonomie. Nous n’avons en fait qu’un unique horizon de négociation que ce qui a été adopté par les structures du Conseil de sécurité. Ainsi le Conseil de sécurité, notamment à travers la formulation de textes structurants comme la résolution 2797, tend à sanctuariser l’initiative marocaine d’autonomie comme l’unique base réaliste et pragmatique pour clore le différend.

Nous sommes aussi devant l’effacement du paradigme référendaire. Les récentes moutures de résolutions et les débats onusiens écartent de facto l’option du référendum d’autodétermination classique (indépendance/intégration), une option jugée inapplicable par l’ONU elle-même depuis plus de deux décennies. La filiation avec les anciennes résolutions basées sur le mandat initial de 1991 s’estompe au profit d’un règlement exclusivement politique.

En second lieu, c’est un débat axé sur l’opérationnalisation des solutions. Maintenant l’on commence à s’intéresser à la la substance des structures. Les discussions facilitées sous l’égide de l’ONU (notamment les cycles menés à Washington et Madrid) intègrent de plus en plus des éléments de gouvernance interne. L’enjeu se déplace vers l’architecture de la future région autonome, on parle plus de répartition des compétences exécutives, législatives et judiciaires proposée par Rabat.

C’est aussi la redéfinition des missions sur le terrain. Le débat intègre désormais des concepts de transition, de désarmement, et d’ajustement du mandat de la MINURSO pour acter et accompagner la mise en œuvre de cette autonomie plutôt que de maintenir indéfiniment un statut quo de surveillance.

En troisième lieu, les limites et nuances de ce constat. Car nous avons la résistance du bloc adverse. Bien que la diplomatie marocaine marque des points capitaux grâce au soutien des rédacteurs de résolutions (comme les États-Unis) et de membres permanents du Conseil de Sécurité comme la France et le Royaume-Uni, l’Algérie et le Front Polisario continuent d’exiger le retour à la doctrine de décolonisation par référendum lors des sessions de la Quatrième Commission et du Conseil de Sécurité.

Des puissances comme la Russie ou la Chine maintiennent une posture de neutralité prudente (via l’abstention). Elles rappellent la nécessité d’un accord « mutuellement acceptable », préservant ainsi formellement une marge de négociation sur la nature finale du statut, même si, dans les faits, aucune alternative crédible à l’autonomie n’est sur la table du Conseil.

En somme, pour Rabat, le statut politique global (la souveraineté marocaine) est de plus en plus traité par la communauté internationale comme un prérequis réaliste, transformant les négociations de l’ONU en un cahier des charges sur les contours de l’autonomie régionale.

– LeBrief : Pourquoi les États-Unis souhaitent-ils accélérer la transformation de la MINURSO, alors que le secrétaire général de l’ONU recommande de prolonger son mandat actuel d’une année supplémentaire ? 

– Driss Aissaoui : Les États-Unis souhaitent accélérer la transformation de la MINURSO afin de rompre le statu quo d’un conflit gelé depuis des décennies et d’aligner le dispositif onusien sur leur politique étrangère. En tant que rédacteurs des résolutions sur le Sahara au Conseil de sécurité, ils ont présenté en octobre 2026 un projet (« draft zéro ») visant à convertir radicalement la mission de maintien de la paix en une mission politique spéciale d’ici 2027.

Cette accélération s’explique par plusieurs motivations stratégiques, politiques et budgétaires, qui entrent directement en contradiction avec la recommandation classique de renouvellement annuel du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Tout d’abord, imposer le plan d’autonomie marocain comme unique solution. Le projet américain prévoit de rebaptiser la MINURSO en MINUSO (Mission des Nations unies pour le Sahara occidental), retirant ainsi le « R » de « Référendum ». En éliminant l’objectif historique du référendum d’autodétermination de 1991, Washington cherche à consacrer le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme la seule base exclusive des futures négociations politiques.

En second lieu, il faudra forcer un calendrier et briser le statu quo. Plutôt que de reconduire par inertie le mandat actuel d’une année supplémentaire, l’administration américaine souhaite instaurer une échéance contraignante :

  • le 31 janvier 2027 : Réduction immédiate d’au moins 50 % des effectifs militaires en uniforme.
  • Le 30 avril 2027 : Fin définitive du mandat de maintien de la paix.
  • Le 1er mai 2027 : Transition complète vers une mission purement politique.

L’objectif affiché par des responsables de la politique étrangère américaine est d’éviter que les opérations de paix vieillissantes ne finissent par « geler les conflits plutôt que de les résoudre ».

En troisième posture, veiller à réduire les coûts des missions de l’ONU. Cette volonté s’inscrit également dans une logique budgétaire stricte poussée par l’administration Trump, qui cible les opérations de maintien de la paix de l’ONU jugées inefficaces et coûteuses. Les critiques américaines qualifient régulièrement ces structures de missions « zombies » qui consomment des centaines de millions de dollars sans résultats concrets sur le terrain.

La question du pourquoi cette position diverge de celle de l’ONU reste posée ? Le secrétaire général de l’ONU privilégie la stabilité institutionnelle et légale. Pour le secrétariat général, le maintien de la MINURSO sous sa forme actuelle reste indispensable pour superviser le cessez-le-feu (mis à mal depuis 2020) et garantir un cadre de négociation neutre basé sur le droit international et le consentement de toutes les parties.

Ce projet américain très direct suscite d’ailleurs d’importantes tensions au Conseil de sécurité, se heurtant à de vives contestations de la part du Front Polisario, qui menace de quitter le processus de paix, ainsi que des réserves majeures de pays comme la Russie et la Chine, partisans du statu quo ou du principe d’autodétermination originel.

– LeBrief : Une transformation de la MINURSO pourrait-elle constituer une avancée diplomatique pour le Maroc sans pour autant régler définitivement le différend ?

– Driss Aissaoui : Oui, une modification du mandat ou de la configuration de la MINURSO pourrait constituer un gain diplomatique intermédiaire pour le Maroc, même sans résolution finale du conflit du Sahara occidental. Selon plusieurs analystes et observateurs des dynamiques onusiennes, cette perspective s’articule autour de trois axes principaux:

Le premier concerne la consécration de la prééminence du plan d’autonomie. Si une révision du mandat de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) venait à acter formellement l’obsolescence de l’option référendaire d’indépendance, cela validerait la position marocaine.

Dont l’enjeu consiste à inscrire définitivement l’initiative marocaine d’autonomie comme l’unique base réaliste de négociation au sein des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’impact immédiat serait la fragilisation de la position du Front Polisario et de l’Algérie, tout en renforçant la légitimité internationale de la souveraineté marocaine.

En deuxième lieu, évolution vers une mission d’observation de nature politique.

La MINURSO a initialement été créée pour organiser un référendum de libre détermination. Une transformation technique de la mission pourrait modifier sa nature profonde :

  • En réduction de la composante électorale. C’est-à-dire redéployer la mission vers un rôle purement axé sur le maintien du cessez-le-feu et la facilitation politique.
  • En normalisation administrative. C’est une présence onusienne restructurée qui interagirait de facto avec les autorités marocaines sur le terrain comme seule puissance administrante légitime pour la gestion quotidienne.

En troisième lieu les limites. Pourquoi le différend ne serait pas réglé pour autant ?

Bien qu’une telle transformation représenterait une victoire politique majeure pour Rabat, elle ne clôture pas automatiquement le dossier pour plusieurs raisons :

  • En premier, le refus des autres parties. Le Front Polisario et l’Algérie rejetteraient fermement une modification substantielle du mandat initial, maintenant ainsi le statu quo politique ou le risque de tensions de basse intensité sur le terrain.
  • Le besoin d’un accord multilatéral, ce qui veut dire un règlement définitif implique la signature d’un accord politique global validé par toutes les parties et entériné par l’ONU. La transformation d’une mission de maintien de la paix n’est qu’un outil d’accompagnement, non un traité de paix en soi.

Une telle évolution s’inscrirait donc comme un jalon diplomatique significatif dans la stratégie de reconnaissance progressive de la marocanité du Sahara, tout en laissant ouverte la phase de négociation politique finale.

– LeBrief : Quelles résistances la Russie, la Chine ou d’autres membres du Conseil pourraient-ils opposer au projet américain, et avec quelles conséquences pour Rabat ?

– Driss Aissaoui : À l’approche du vote du Conseil de sécurité prévu à la fin du mois d’octobre 2026, l’avant-projet américain (« zéro draft ») suscite d’importantes tractations. Ce texte introduit des ruptures majeures très favorables à Rabat. Cela fait de la proposition d’autonomie marocaine la seule base de négociation, élimine la référence historique au référendum en transformant la MINURSO en mission politique spéciale (« MINUSO »), et exige un recensement des populations des camps de Tindouf.

Face à ces révisions radicales proposées par Washington, la Russie, la Chine et d’autres membres du Conseil opposent des résistances spécifiques, entraînant des implications directes pour le Maroc.

Tout d’abord, les résistances des membres du Conseil de sécurité comme la Fédération de Russie, allié historique de l’Algérie, Moscou critique systématiquement les projets américains qu’elle juge déséquilibrés ou imposés de manière unilatérale. La diplomatie russe s’oppose à la marginalisation de la doctrine historique de décolonisation de l’ONU et au contournement du principe d’autodétermination au profit exclusif du plan marocain. De plus, le contexte de guerre hybride et de rivalité géopolitique globale avec le bloc occidental pousse la Russie à rejeter les initiatives menées par Washington.

Ensuite la Chine (République populaire de Chine), fidèle à sa doctrine de stricte neutralité et de non-ingérence, Pékin exprime des réserves quant à l’imposition d’une solution politique qui n’aurait pas le consentement mutuel de toutes les parties concernées. La Chine cherche généralement à éviter de froisser ses partenaires économiques régionaux comme l’Algérie tout en ménageant ses relations croissantes avec le Maroc.

Les autres membres comme le Pakistan ou l’Algérie indirectement. Le Pakistan s’aligne traditionnellement sur une position de prudence, mettant en avant le respect rigoureux du droit international et des résolutions onusiennes initiales. Quant à l’Algérie, qui n’est pas membre du Conseil cette année mais multiplie les démarches diplomatiques, elle conteste vivement la suppression de l’option référendaire et les exigences de recensement à Tindouf, qualifiant le texte de déviation grave.

La nature de ces résistances : Veto ou amendement ?

Dans la pratique de l’ONU, ces puissances privilégient la méthode des amendements et du lissage textuel plutôt que le recours au droit de veto sur ce dossier.

Historiquement, lors de l’adoption de la résolution 2797, la Russie, la Chine et le Pakistan s’étaient contentés de s’abstenir.

Sur le texte actuel, le rédacteur américain (the penholder) a d’ailleurs déjà été contraint de réviser sa copie en assouplissant certaines formulations (comme la condamnation explicite de certaines attaques ou l’automaticité de sanctions afin de garantir l’adoption sans blocage majeur des points fondamentaux du texte.

Les conséquences pour Rabat, entre victoires de fond et concessions de forme.

La résistance de ces pays produit un double effet pour la diplomatie marocaine :

  1. D’abord, un lissage de la forme mais un maintien du fond,  les pressions sino-russes forcent Washington à édulcorer le ton général et à tempérer les attaques directes contre le Polisario ou Alger. Toutefois, la structure essentielle reste intacte, le plan d’autonomie marocain demeure la seule grille de lecture politique retenue par le Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui consacre une immense avancée stratégique pour le Maroc sur la scène internationale
  2. Deuxièmement, l’obligation de maintenir l’effort diplomatique bilatéral. Ces frictions démontrent à Rabat que le soutien des Etats-Unis et de la France ne suffit pas à neutraliser totalement l’opposition au sein de l’ONU. Cela explique l’intensification des contacts directs du ministre marocain Nasser Bourita avec son homologue russe Sergueï Lavrov à la veille du vote, prouvant que le Maroc doit constamment négocier de manière bilatérale pour transformer les abstentions russes ou chinoises en neutralité bienveillante.
  3. Troisièmement, l’affaiblissement progressif du cadre de 1991.  Même si la Russie et la Chine parviennent à réintroduire des nuances de vocabulaire diplomatique, le fait que le Conseil valide la fin programmée de la composante militaire de la MINURSO au profit d’une mission politique ancre définitivement le contrôle du territoire sous la souveraineté marocaine dans la réalité onusienne.

– LeBrief : Si la MINURSO devenait une mission politique, quel serait concrètement son rôle dans la mise en œuvre et le suivi d’une éventuelle autonomie ?

– Driss Aissaoui : Si la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) venait à abandonner son statut d’opération de maintien de la paix pour se transformer en une Mission Politique Spéciale (MPS), son mandat évoluerait radicalement. Son rôle principal passerait de la surveillance d’un cessez-le-feu militaire à l’accompagnement institutionnel, juridique et technique de la mise en œuvre de l’autonomie, sous la souveraineté du Maroc.

En s’appuyant sur la pratique des missions politiques de l’ONU et l’évolution des discussions internationales, le rôle d’une telle mission s’articulerait autour de plusieurs axes concrets :

  1. En premier lieu la facilitation politique et les « Bons offices » à travers l’option de la médiation continue. La mission servirait de canal permanent de dialogue entre le gouvernement central et les autorités de la région autonome pour résoudre les différends politiques ou d’interprétation du statut d’autonomie. L’intégration et la réconciliation. Elle accompagnerait les programmes de réconciliation nationale, d’amnistie et de réintégration politique des anciens membres du Polisario au sein des nouvelles structures locales.
  2. En deuxième lieu, l’assistance technique à la mise en place des institutions, à travers le soutien électoral.  À l’instar d’autres missions politiques de l’ONU, elle fournirait une expertise technique pour l’organisation, la logistique et l’observation des premières élections locales visant à élire le Parlement et l’exécutif de la région autonome. Le renforcement de l’État de droit. La mission offrirait des programmes de formation pour les magistrats, les fonctionnaires locaux et les forces de police régionales afin de consolider la gouvernance locale autonome.
  3. Troisièmement,  le suivi du désarmement et de la transition sécuritaire. Ici, c’est le travail de supervision de la démobilisation. Parallèlement à la réduction de sa propre composante militaire, la mission superviserait le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) des combattants. C’est aussi une mission de certification de la sécurité. Elle s’assurerait que la transition sécuritaire s’effectue sans heurts, en veillant au respect des accords de délimitation des compétences sécuritaires entre l’État central et l’entité autonome.
  4. Quatrièmement, l’observation des droits humains et le développement, avec le monitoring des droits. Les missions politiques spéciales intègrent souvent un volet d’observation des droits humains pour garantir un environnement politique inclusif et pacifié. C’est aussi la coordination de l’aide au retour. Elle collaborerait avec le HCR pour superviser l’enregistrement, le retour volontaire et la réinstallation des populations des camps de Tindouf dans le cadre du nouveau statut d’autonomie.
  5. Cinquièmement, rapport et certification internationale. C’est un travail d’évaluation pour le Conseil de sécurité. Le chef de la mission politique transmettrait des rapports réguliers au Secrétaire général de l’ONU pour certifier que les engagements de l’accord-cadre d’autonomie sont scrupuleusement respectés par toutes les parties. C’est aussi une garantie internationale. Cette présence civile internationale offrirait une validation multilatérale, indispensable pour rassurer les partenaires internationaux et stabiliser durablement la région.

– LeBrief : Quelle place l’Algérie et le Polisario pourraient-ils conserver dans les négociations si le Conseil confirmait le plan d’autonomie marocain comme cadre central du règlement ?

– Driss Aissaoui : Si le Conseil de sécurité de l’ONU venait à confirmer le plan d’autonomie marocain comme le cadre exclusif ou central du règlement du conflit, la position diplomatique et le rôle de l’Algérie et du Front Polisario s’en trouveraient profondément modifiés.

Selon les analyses des dynamiques politiques au sein des Nations Unies, voici les places et options qu’ils pourraient conserver :

  • Pour le Front Polisario, évolution vers une partie prenante locale ou le choix de l’impasse Il deviendra négociateur des modalités de l’autonomie. Si le Polisario accepte de s’inscrire dans ce cadre, sa place évoluerait d’un mouvement de libération nationale vers un acteur politique local. Il participerait alors aux négociations techniques pour définir le partage des compétences, le statut de la région autonome, la composition des futures institutions locales et les garanties juridiques de l’accord. Le cas de la marginalisation diplomatique en cas de refus. Si le Polisario rejette catégoriquement ce cadre unique, il risque de s’isoler sur la scène internationale. Le Conseil de sécurité pourrait alors réduire ses interactions officielles avec le mouvement, le considérant comme un facteur d’obstruction au processus de paix officiel.
  • Pour  l’Algérie, un rôle pivot entre garant régional et pivot diplomatique. Il s’agira d’un rôle de garant d’un accord régional. Les résolutions successives de l’ONU qualifient l’Algérie de « partie prenante » essentielle au processus des tables rondes. Même dans un scénario centré sur l’autonomie, sa présence reste indispensable pour valider les aspects transfrontaliers d’un accord, comme la sécurisation des frontières, le retour des réfugiés des camps de Tindouf et l’intégration économique maghrébine. Le leadership de la contestation multilatérale. L’Algérie conserverait une tribune importante au niveau international , notamment au sein de l’Union Africaine ou de l’Assemblée générale de l’ONU, pour contester la légitimité d’une telle décision. Elle pourrait utiliser sa diplomatie pour tenter de maintenir le dossier actif sous l’angle du droit à l’autodétermination classique.

En somme, bien que leur marge de manœuvre pour exiger un référendum d’indépendance s’en trouverait drastiquement réduite, l’Algérie et le Polisario resteraient des acteurs incontournables pour la mise en œuvre concrète, la stabilité sécuritaire et la légitimité régionale de toute solution politique.

– LeBrief : Si Washington parvient à faire adopter son projet de résolution, qu’est-ce qui changera concrètement pour le Maroc dès 2027 ?

– Driss Aissaoui : Si Washington parvient à faire adopter son projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, le Maroc connaîtra dès 2027 un tournant stratégique majeur avec l’enterrement officiel de l’option du référendum et la transformation de la présence onusienne sur son territoire.

Les changements concrets s’articuleront autour de trois axes principaux : Le premier concerne la refonte institutionnelle ,  de la MINURSO à la MINUSO. Le changement le plus visible concerne la mission de l’ONU présente sur le terrain : on aura disparition du mot « Référendum ». La MINURSO perd le « R » de son acronyme pour devenir la MINUSO (Mission des Nations Unies pour le Sahara occidental), actant l’abandon doctrinal du projet de référendum d’autodétermination.

Il y aura la fin de la mission de maintien de la paix. Le mandat militaire actuel prendra fin au 30 avril 2027.

On assistera à la mutation en Mission Politique Spéciale. Dès le 1er mai 2027, la structure basculera vers un format purement politique. Cela signifie que l’ONU n’interviendra plus comme un « interposeur » militaire, mais comme un facilitateur politique accompagnant le processus de négociation.

Il y aura une baisse drastique des effectifs militaires. Une réduction d’au moins 50 % des forces en uniforme est programmée à très court terme (dès fin janvier 2027), accompagnée de la fermeture et du regroupement de plusieurs sites opérationnels sur le terrain.

Deuxièmement sur le plan d’autonomie comme « seule et unique » solution

Sur le plan diplomatique, le texte américain durcit le langage en faveur de Rabat. On aura un statut exclusif. Le plan d’autonomie marocain proposé en 2007 n’est plus qualifié d’option « sérieuse et crédible« ou de solution « parmi les plus réalisables» ; il est consacré comme la seule et unique solution réalisable retenue par le Conseil de sécurité.

On aura le verrouillage des négociations. Le projet de résolution impose ce plan comme l’unique cahier des charges et l’unique base pour la poursuite des pourparlers politiques.

Enfin, c’est aussi une pression accrue sur l’Algérie et le Polisario. La réorganisation des priorités de la mission politique va modifier l’équilibre des forces de la façon suivante:

D’abord, un recensement à Tindouf. Le texte accentue la pression pour obtenir le recensement des populations séquestrées dans les camps de Tindouf, gérés par le Polisario en Algérie, une demande historique du Maroc jusqu’ici bloquée.

On aura aussi l’ouverture à d’autres interlocuteurs. Le Secrétaire général de l’ONU est autorisé à consulter d’autres représentants sahraouis que le Front Polisario, affaiblissant le monopole de ce dernier en tant que « représentant unique ».

De manière synthétique, pour le Royaume du Maroc l’adoption de ce texte parrainé par Washington d’ici la fin de l’année scellerait définitivement la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur les provinces sahariennes, en traduisant dans les structures mêmes de l’ONU les avancées diplomatiques acquises ces dernières années.

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