Enseignement supérieur : pourquoi est-ce difficile de choisir sa formation ?

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Enseignement supérieur au Maroc : pourquoi il reste difficile de choisir sa formation ?Enseignement ; image d'illustration ©DR

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Combien coûte réellement une formation ? Le diplôme est-il reconnu ? Les cours sont-ils compatibles avec un emploi ? Pour les étudiants et les actifs qui souhaitent poursuivre leurs études, obtenir des réponses à ces questions n’est pas toujours simple. C’est le constat de Yassine Afailal, fondateur d’Atlaris, une plateforme d’information et d’aide à l’orientation qui recense les formations et rassemble des données sur leurs tarifs, leurs horaires et la reconnaissance des diplômes.

Choisir une école ou une formation ne se résume pas à comparer les programmes. Avant de s’inscrire, un candidat doit aussi connaître le montant total à payer, les horaires des cours et le diplôme qu’il obtiendra. Or, ces informations ne sont pas toujours disponibles, et lorsqu’elles le sont, elles ne sont pas forcément présentées de la même manière d’un établissement à l’autre.

C’est l’un des principaux problèmes relevés par Yassine Afailal, à travers Atlaris, une plateforme qui référence les formations de l’enseignement supérieur et permet de les comparer. Selon lui, les candidats ne manquent pas nécessairement de choix, mais ils n’ont pas toujours les informations nécessaires pour comparer les offres.
Un établissement peut, par exemple, afficher le prix d’une seule année, tandis qu’un autre indique le coût de tout le cursus. Certains précisent les frais d’inscription, d’autres non. Le candidat doit alors contacter les écoles pour obtenir les détails manquants, sans toujours savoir si les montants communiqués couvrent toutes les dépenses.

Des prix encore difficiles à connaître

Les chiffres de l’Observatoire 2026 d’Atlaris illustrent cette difficulté. Au 30 août, 320 des 552 formations étudiées (58%) n’affichaient aucun prix identifiable par la plateforme. Parmi les 79 établissements recensés, 40 ne communiquaient de tarif pour aucune de leurs formations référencées.

Pour Afailal, le problème ne se limite pas à l’absence d’un prix sur un site web. Il faut aussi savoir ce que ce montant comprend et à quelle date il correspond. Une formation peut afficher des frais de scolarité sans préciser les frais d’inscription ou d’autres dépenses à prévoir.

L’Observatoire a ainsi relevé une médiane de 44.000 DH pour les 204 formations dont le prix total était connu en dirhams. Cela signifie que la moitié de ces formations coûtaient moins de ce montant et l’autre moitié davantage. Ce chiffre ne représente toutefois pas le prix moyen de toutes les formations proposées au Maroc, mais uniquement celui du groupe étudié dont le prix était disponible.

La difficulté à obtenir un tarif complet se retrouve aussi dans l’étude consacrée au coût réel des formations. Sur les 297 formations pour lesquelles les frais de scolarité étaient connus, seules 101 disposaient également d’informations sur les frais d’inscription. Les dépenses liées aux examens, aux certifications ou aux déplacements n’étaient pas systématiquement renseignées.

Le candidat ne peut donc pas toujours calculer le budget dont il aura besoin avant de s’engager. Pour le fondateur d’Atlaris, rendre ces informations accessibles permettrait de comparer les établissements sur des bases plus claires, sans obliger chacun à multiplier les appels et les demandes de renseignements.

Étudier tout en travaillant : encore faut-il connaître les horaires

Le prix n’est pas le seul élément qui compte au moment de choisir une formation. Pour une personne qui travaille déjà, les horaires et le rythme des cours peuvent déterminer si elle pourra poursuivre ses études ou non.

Un programme peut annoncer des cours le soir ou le week-end, sans préciser le nombre total d’heures à suivre. Il devient alors difficile de savoir si la formation est réellement compatible avec un emploi à temps plein.

Dans le catalogue Atlaris au 19 octobre, 307 des 676 formations référencées indiquaient leur rythme de cours. Mais seules 32 précisaient le volume horaire total.

Selon Afailal, l’orientation reste trop souvent centrée sur les jeunes qui viennent d’obtenir leur baccalauréat, alors que les adultes en activité peuvent eux aussi avoir besoin de reprendre des études ou d’acquérir de nouvelles compétences.

Pour ces candidats, connaître le programme ne suffit pas. Ils doivent pouvoir anticiper le temps à consacrer aux cours et organiser leur vie professionnelle en conséquence. Les établissements devraient donc communiquer plus clairement sur les horaires et la charge de travail demandée.

Pour mieux comprendre les difficultés rencontrées par ce public, Atlaris a également lancé une enquête anonyme en neuf questions sur les obstacles à la reprise d’études. Ouverte jusqu’au 30 novembre 2026, elle doit donner lieu à la publication de résultats agrégés après sa clôture.

Comment vérifier la reconnaissance d’un diplôme ?

Une autre difficulté concerne le statut des diplômes. Lorsqu’un établissement affirme qu’une formation est accréditée ou reconnue, le candidat doit pouvoir vérifier cette information à partir de références officielles.

Mais les informations disponibles ne sont pas toujours faciles à retrouver. Les listes et les textes qui concernent les filières peuvent être publiés dans différents documents, ce qui oblige les candidats à effectuer eux-mêmes plusieurs recherches.

Pour faciliter cette vérification, Atlaris a reconstitué un registre à partir des listes publiées au Bulletin officiel et de textes qui les modifient. Selon les données présentées par la plateforme au 13 septembre, ce registre rassemble 1.564 références de filières dans 245 établissements privés et 20 villes.

Dans son propre catalogue, le statut du diplôme repose toutefois sur les déclarations des établissements pour 279 fiches sur 676. Atlaris indique n’avoir pu rapprocher les informations de son catalogue d’un registre public que pour quatre établissements. L’absence d’information retrouvée ne signifie pas nécessairement qu’aucune référence officielle n’existe, mais souligne les limites des vérifications réalisées.

Parmi ces références, 455 disposent, selon le registre, d’une accréditation en cours pour l’année universitaire 2026-2027 ou au-delà. Pour 1.109 autres, la dernière échéance retrouvée était passée sans qu’un renouvellement ait été identifié à cette date.

Cette dernière situation ne signifie pas nécessairement que les formations concernées ne sont plus accréditées. Un nouvel arrêté peut avoir été publié sans avoir encore été intégré aux données consultées. Le registre sert donc à retrouver les références et à repérer les informations qui nécessitent une vérification, plutôt qu’à conclure automatiquement qu’un diplôme est reconnu ou non.

Pour Afailal, chaque donnée devrait être accompagnée de sa source et de sa date. Le candidat pourrait ainsi savoir si une information vient directement de l’établissement ou si elle a été vérifiée à partir d’un document officiel.

La même prudence s’applique aux débouchés professionnels. Une école ne peut pas garantir qu’un étudiant trouvera un emploi après sa formation. En revanche, elle devrait expliquer clairement les compétences enseignées et les connaissances que les diplômés sont censés acquérir. Or, selon le baromètre des compétences d’Atlaris, seules 213 des 648 formations étudiées décrivaient au moins une compétence sur leur page de présentation.

Le numérique peut faciliter la comparaison, mais pas tout résoudre

C’est sur ce manque de clarté qu’Atlaris cherche à agir. La plateforme rassemble les informations disponibles sur les formations et précise leur origine : prix affiché par l’établissement, tarif communiqué directement, montant reconstitué ou information introuvable.

Cette distinction permet au candidat de comprendre ce qu’il consulte. Un prix reconstitué à partir d’une grille tarifaire, par exemple, n’a pas exactement le même statut qu’un prix publié directement par l’école. L’objectif est de ne pas présenter toutes les informations comme si elles avaient été obtenues de la même manière.

Atlaris propose également un outil d’orientation fondé sur sept critères, dont les pondérations sont rendues publiques. Selon son fondateur, cet outil rapproche les formations du profil et des critères de recherche de l’utilisateur. Il ne vise pas à établir un classement général des écoles.

La plateforme a néanmoins ses limites. Elle ne peut pas fournir un tarif qu’un établissement n’a jamais communiqué et ne peut pas mesurer à elle seule la qualité réelle des cours. Elle ne remplace pas non plus un conseiller capable d’échanger avec un candidat sur son parcours, ses contraintes et son projet professionnel.

L’intelligence artificielle pose une autre question. Les assistants numériques peuvent aider les étudiants à trouver des informations, mais ils peuvent aussi résumer une page en laissant de côté des détails importants, comme la date d’un tarif ou la source d’une donnée. Une réponse qui semble claire peut donc devenir trompeuse si elle omet les précautions nécessaires.

Pour le fondateur d’Atlaris, les informations doivent être fiables et suffisamment détaillées dès leur publication, afin qu’elles puissent ensuite être reprises sans perdre leur contexte.

Lire aussi : CAN 2025 : le TAS rendra sa décision fin novembre

Quelles améliorations pour les candidats ?

Au-delà de sa plateforme, Afailal propose plusieurs changements. Il défend notamment la création d’une liste officielle des filières accréditées, régulièrement mise à jour et facilement consultable. Il souhaite aussi que chaque formation affiche cinq informations essentielles : son coût total, les horaires, le nombre total d’heures de cours, la nature exacte du diplôme et la référence permettant de vérifier son accréditation.

Il estime également nécessaire de mesurer régulièrement les progrès réalisés. Pour savoir si la situation s’améliore, il faudrait comparer les mêmes informations d’une année à l’autre, avec une méthode identique. Une hausse du nombre de formations répertoriées ne signifie pas automatiquement que les établissements communiquent davantage de renseignements.

Atlaris prévoit ainsi de renouveler son Observatoire chaque année. La plateforme invite aussi les établissements à transmettre leurs tarifs afin qu’ils puissent être publiés en indiquant clairement leur provenance. Son fondateur reconnaît toutefois que peu d’écoles ont, jusqu’à présent, fourni leurs informations.

Pour lui, publier ses prix ne signifie pas forcément être moins cher que les autres. Cela permet simplement aux candidats de savoir à quoi s’attendre et de comparer les offres avant de s’engager.

« Nous ne demandons pas aux écoles de baisser leurs prix. Nous leur demandons de les écrire », résume-t-il.
Car le choix d’une formation engage souvent plusieurs années d’études et un budget important. Pour que les candidats puissent prendre leur décision en connaissance de cause, encore faut-il qu’ils puissent accéder aux informations essentielles sans devoir les chercher une à une.

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