Kenya : verdict attendu dans le procès du massacre de Shakahola

Temps de lecture :
Kenya : verdict attendu dans le procès du massacre de ShakaholaPaul Mackenzie comparaît devant le tribunal de Malindi après son arrestation, le 17 avril 2023 © AP
A A A A A

Au Kenya, la justice doit rendre ce lundi à Mombasa son jugement dans l’affaire du massacre de Shakahola, l’un des dossiers criminels les plus marquants de ces dernières années en Afrique de l’Est. Le prédicateur autoproclamé Paul Mackenzie et 94 coaccusés sont poursuivis pour la mort de plus de 530 personnes, retrouvées pour la plupart dans des fosses communes découvertes en 2023 dans la forêt de Shakahola, près de Malindi, sur la côte kényane.

Selon l’accusation, des fidèles auraient été poussés à jeûner jusqu’à la mort sous la promesse d’une rencontre avec Jésus. Les poursuites visent principalement des faits de meurtre, tandis que Paul Mackenzie fait aussi face, dans des procédures distinctes, à des accusations d’homicide involontaire et de terrorisme, qu’il rejette. Le verdict est particulièrement suivi au Kenya, où ce drame a relancé le débat sur la surveillance des mouvements religieux et la protection des personnes vulnérables.

Un verdict très attendu dans le dossier du massacre de Shakahola

L’ampleur de l’affaire a profondément choqué l’opinion publique kényane et au-delà. Les exhumations menées depuis 2023 ont mis au jour des centaines de corps, en majorité ceux de femmes et d’enfants. Les autorités ont évoqué un bilan dépassant 530 morts, tandis que la Commission nationale kényane des droits humains en avait recensé 429 à une étape antérieure de l’enquête. Plusieurs victimes n’ont pas encore été formellement identifiées, ce qui complique toujours l’établissement définitif du bilan.

Les éléments médico-légaux présentés par le parquet décrivent des décès liés non seulement à la famine, mais aussi, pour certaines victimes, à l’asphyxie, à la compression du cou ou à des traumatismes crâniens. Ce point nourrit l’une des questions centrales du procès : tous les morts résultent-ils d’un jeûne volontaire, ou certains fidèles ont-ils été contraints ou tués ? La défense soutient pour sa part que le dossier repose largement sur des preuves indirectes et que plusieurs constatations scientifiques restent discutées.

Au-delà du cas judiciaire, cette affaire a pris une dimension institutionnelle et régionale. Au Kenya, elle a mis en lumière les limites du contrôle public sur certaines organisations religieuses, dans un pays où la liberté de culte est fortement ancrée. Elle a aussi ravivé, à l’échelle africaine, les interrogations sur la prévention des dérives sectaires, la réponse des services sociaux et la coordination entre police, justice et autorités locales. Dans un contexte où l’Union africaine et plusieurs organisations régionales insistent régulièrement sur la protection des droits fondamentaux, le dénouement de ce procès pourrait servir de référence pour d’autres pays confrontés à des abus commis sous couvert de religion.

Le dossier n’est d’ailleurs pas clos sur le seul plan factuel. En janvier dernier, Paul Mackenzie a été inculpé dans une nouvelle affaire après la découverte de 52 corps supplémentaires dans un village voisin. Cette évolution rappelle que le massacre de Shakahola dépasse le cadre d’un procès unique et continue de produire des ramifications judiciaires, humaines et politiques. Le jugement attendu à Mombasa doit donc répondre à une exigence de justice pour les familles, mais aussi à une attente plus large sur la capacité de l’État kényan à prévenir la répétition d’un tel drame.

Recommandé pour vous

Ebola : aucun nouveau cas enregistré au Kenya, selon le ministère de la Santé

Dans un communiqué publié le dimanche 11 octobre, les autorités sanitaires kényanes ont déclaré avoir effectué 293 tests depuis le décès d’un patient positif le 5 octobre.

Le Mozambique, pays le plus vulnérable à un épisode El Niño sévère en Afrique subsaharienne

Le Mozambique est le pays le plus vulnérable à un épisode El Niño sévère en Afrique subsaharienne, en raison de sa faible productivité agricole et de sa dépendance hydroélectrique.

Ouganda : lancement des essais cliniques de deux vaccins candidats contre Ebola

L’Ouganda lance les essais de phase 1b de deux vaccins candidats contre Ebola, alors que l’épidémie en RDC a fait 4.178 morts.

Pollution plastique : le Gabon met en place une plateforme nationale d’action

Le Gabon lance une plateforme nationale pour réduire la pollution plastique, développer le recyclage et accélérer la transition vers une économie circulaire d’ici 2030.

En RDC : Ebola n’épargne pas les enfants

En République démocratique du Congo, les enfants représentent plus d’un cas confirmé sur quatre de la maladie Ebola et environ un décès sur trois.

La navigation de baleinière interdite en RDC

Interdiction de la navigation des baleinières en bois sur le fleuve Congo et ses affluents, ainsi que sur les lacs, suite aux récents naufrages.
pub