Kenya : verdict attendu dans le procès du massacre de Shakahola
Au Kenya, la justice doit rendre ce lundi à Mombasa son jugement dans l’affaire du massacre de Shakahola, l’un des dossiers criminels les plus marquants de ces dernières années en Afrique de l’Est. Le prédicateur autoproclamé Paul Mackenzie et 94 coaccusés sont poursuivis pour la mort de plus de 530 personnes, retrouvées pour la plupart dans des fosses communes découvertes en 2023 dans la forêt de Shakahola, près de Malindi, sur la côte kényane.
Selon l’accusation, des fidèles auraient été poussés à jeûner jusqu’à la mort sous la promesse d’une rencontre avec Jésus. Les poursuites visent principalement des faits de meurtre, tandis que Paul Mackenzie fait aussi face, dans des procédures distinctes, à des accusations d’homicide involontaire et de terrorisme, qu’il rejette. Le verdict est particulièrement suivi au Kenya, où ce drame a relancé le débat sur la surveillance des mouvements religieux et la protection des personnes vulnérables.
Un verdict très attendu dans le dossier du massacre de Shakahola
L’ampleur de l’affaire a profondément choqué l’opinion publique kényane et au-delà. Les exhumations menées depuis 2023 ont mis au jour des centaines de corps, en majorité ceux de femmes et d’enfants. Les autorités ont évoqué un bilan dépassant 530 morts, tandis que la Commission nationale kényane des droits humains en avait recensé 429 à une étape antérieure de l’enquête. Plusieurs victimes n’ont pas encore été formellement identifiées, ce qui complique toujours l’établissement définitif du bilan.
Les éléments médico-légaux présentés par le parquet décrivent des décès liés non seulement à la famine, mais aussi, pour certaines victimes, à l’asphyxie, à la compression du cou ou à des traumatismes crâniens. Ce point nourrit l’une des questions centrales du procès : tous les morts résultent-ils d’un jeûne volontaire, ou certains fidèles ont-ils été contraints ou tués ? La défense soutient pour sa part que le dossier repose largement sur des preuves indirectes et que plusieurs constatations scientifiques restent discutées.
Au-delà du cas judiciaire, cette affaire a pris une dimension institutionnelle et régionale. Au Kenya, elle a mis en lumière les limites du contrôle public sur certaines organisations religieuses, dans un pays où la liberté de culte est fortement ancrée. Elle a aussi ravivé, à l’échelle africaine, les interrogations sur la prévention des dérives sectaires, la réponse des services sociaux et la coordination entre police, justice et autorités locales. Dans un contexte où l’Union africaine et plusieurs organisations régionales insistent régulièrement sur la protection des droits fondamentaux, le dénouement de ce procès pourrait servir de référence pour d’autres pays confrontés à des abus commis sous couvert de religion.
Le dossier n’est d’ailleurs pas clos sur le seul plan factuel. En janvier dernier, Paul Mackenzie a été inculpé dans une nouvelle affaire après la découverte de 52 corps supplémentaires dans un village voisin. Cette évolution rappelle que le massacre de Shakahola dépasse le cadre d’un procès unique et continue de produire des ramifications judiciaires, humaines et politiques. Le jugement attendu à Mombasa doit donc répondre à une exigence de justice pour les familles, mais aussi à une attente plus large sur la capacité de l’État kényan à prévenir la répétition d’un tel drame.