Comment les réseaux sociaux transforment-ils la politique au Maroc ?

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Comment les réseaux sociaux transforment-ils la politique au Maroc ?Image d’illustration. © DR

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Au Maroc, les réseaux sociaux sont devenus un espace central de communication politique, de mobilisation citoyenne et de confrontation des opinions. Leur influence croissante soulève toutefois des enjeux liés à la désinformation, aux algorithmes, à la polarisation et à l’égalité de visibilité entre acteurs politiques.

Facebook, TikTok, Instagram, X ou encore YouTube ne constituent plus de simples espaces d’échange ou de divertissement. Ils participent désormais à la manière dont les citoyens s’informent, débattent et prennent part à la vie publique. Au Maroc, cette transformation accompagne une progression rapide des usages numériques. Selon les données citées dans l’étude de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), 99% des internautes marocains utilisaient les réseaux sociaux en 2024, contre 96% en 2019. Rapporté à la population âgée de 5 ans et plus, le taux atteignait 85%.

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Cette généralisation donne aux plateformes une place particulière dans le fonctionnement du débat public. Elles permettent de diffuser rapidement une information, de faire émerger des revendications et de rapprocher citoyens, militants et responsables politiques. Mais cette puissance de diffusion constitue également une source de vulnérabilité. Les contenus faux ou trompeurs peuvent circuler à grande vitesse, tandis que les mécanismes de recommandation peuvent favoriser les publications suscitant le plus de réactions, parfois au détriment de la fiabilité de l’information.

Une nouvelle place publique numérique

L’étude de la HACA présente les réseaux sociaux comme des espaces capables de favoriser l’expression individuelle et la mobilisation collective. Leur principal atout réside dans leur rapidité : un message, une vidéo ou un appel à mobilisation peut atteindre un grand nombre d’utilisateurs en quelques instants.

Cette dynamique a également modifié les formes de mobilisation au Maroc. Le Mouvement du 20 février en 2011, le Hirak du Rif en 2016-2017, la mobilisation solidaire après le séisme d’Al Haouz en 2023 ou encore le mouvement Gen Z 212 en 2025 illustrent, chacun à sa manière, la capacité des plateformes numériques à contribuer à l’organisation et à la visibilité de mouvements citoyens.

Lors du séisme d’Al Haouz, Facebook, WhatsApp et Instagram ont notamment servi à mettre en relation associations, bénévoles et personnes ayant besoin d’aide. Les réseaux sociaux ont ainsi contribué à accélérer la circulation de l’information et l’organisation des opérations de solidarité. Mais cette mobilisation a également montré les limites du numérique, avec la circulation de fausses informations et les difficultés d’accès à Internet dans certaines zones rurales touchées.

Le numérique ne remplace donc pas l’action de terrain. Il agit plutôt comme un amplificateur capable de donner une visibilité rapide à une cause et de faciliter la coordination entre ses participants.

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Le revers de la viralité

Cette capacité à toucher rapidement un public constitue également le principal risque des réseaux sociaux. La désinformation bénéficie des mêmes mécanismes que l’information vérifiée : partage instantané, recommandations automatisées, commentaires et viralité.

Plusieurs facteurs favorisent cette dynamique. Les contenus émotionnels ou sensationnels attirent davantage l’attention. Les utilisateurs peuvent également être tentés de partager des publications qui confirment leurs propres convictions, même lorsque leur contenu est faux. À cela s’ajoutent les campagnes coordonnées utilisant de faux comptes, des bots ou des techniques de ciblage destinées à influencer les débats publics.

Le développement de l’intelligence artificielle accentue encore cette difficulté. Les deepfakes permettent désormais de produire des images, des vidéos ou des enregistrements audio donnant l’apparence d’un contenu authentique. Dans le domaine politique, une vidéo falsifiée peut être utilisée pour attribuer à une personnalité des propos qu’elle n’a jamais tenus ou pour discréditer un candidat. La frontière entre contenu réel et contenu manipulé devient alors plus difficile à identifier.

Les algorithmes au cœur du débat démocratique

Le problème ne concerne pas uniquement les fausses informations. Il porte également sur la manière dont les plateformes sélectionnent les contenus présentés aux utilisateurs.

Les algorithmes de recommandation analysent notamment les interactions, les habitudes de navigation, le temps passé sur les publications ou encore les préférences exprimées. Ils cherchent ensuite à proposer des contenus susceptibles d’intéresser chaque utilisateur. Cette personnalisation peut améliorer l’expérience numérique, mais elle peut aussi réduire la diversité des opinions auxquelles une personne est exposée.

C’est le phénomène des « bulles de filtres ». Lorsqu’un utilisateur interagit régulièrement avec des contenus correspondant à une certaine vision politique ou sociale, le système peut progressivement lui proposer davantage de publications similaires. Ses convictions sont alors renforcées sans être nécessairement confrontées à des opinions contradictoires.

Cette logique pose une question démocratique majeure : l’égalité de liberté d’expression garantit-elle réellement une égalité de visibilité ? La HACA souligne que les plateformes numériques introduisent une nouvelle notion, celle du « temps de visibilité algorithmique ». Un candidat peut publier autant de contenus qu’un autre, sans pour autant bénéficier de la même audience si l’algorithme recommande davantage certaines publications.

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Les partis politiques encore inégaux dans leur présence numérique

La HACA a consacré une partie de son étude à la présence numérique de 12 partis politiques représentés au Parlement. L’analyse, menée de janvier à mai 2026, porte sur Facebook, YouTube, X et TikTok ainsi que sur les sites internet officiels des formations étudiées. Les chercheurs ont notamment observé le nombre d’abonnés, les interactions, le taux d’engagement, la régularité des publications et la qualité de la présence numérique.

Les résultats font apparaître une forte disparité entre les formations. Facebook demeure le principal espace utilisé par les partis, notamment par le RNI, le PAM, l’Istiqlal et le PJD, qui y concentrent leurs principales communautés. X dispose de communautés plus réduites mais peut générer des échanges rapides, tandis que YouTube reste inégalement exploité. Les sites internet des partis, eux, conservent surtout une fonction institutionnelle et enregistrent une faible participation citoyenne.

TikTok apparaît comme le principal espace encore sous-exploité. Durant la période étudiée, seuls trois partis (le RNI, le PAM et le PPS) y étaient présents. Pourtant, la plateforme dispose d’une capacité importante de diffusion auprès des jeunes grâce à ses formats courts et à sa logique de viralité.

L’étude relève ainsi une différence importante entre la présence numérique et la capacité réelle à mobiliser. Un nombre élevé d’abonnés ne signifie pas nécessairement une audience active. L’écart entre abonnés, vues et interactions montre que la visibilité seule ne suffit pas à mesurer l’efficacité d’une stratégie politique numérique.

Le défi du pluralisme à l’ère algorithmique

La question devient particulièrement sensible en période électorale. Dans les médias audiovisuels traditionnels, le pluralisme peut être encadré à travers des règles relatives au temps de parole et à la représentation des différentes sensibilités politiques. Sur les plateformes sociales, la situation est différente.

La visibilité dépend en partie des algorithmes, des interactions générées et des stratégies de sponsoring. Un contenu polémique ou fortement émotionnel peut ainsi atteindre une audience considérable, alors qu’un message plus modéré peut rester largement invisible. Le principe de liberté de publication ne garantit donc pas automatiquement une égalité d’accès à l’audience.

La HACA estime que cette évolution impose de réfléchir à une adaptation du concept de pluralisme. Il ne s’agit plus seulement de mesurer le temps de parole, mais également de comprendre les mécanismes qui déterminent la visibilité. La transparence des systèmes de recommandation, la traçabilité des contenus sponsorisés et la coopération entre régulateurs, plateformes et acteurs politiques figurent parmi les pistes avancées.

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Réguler sans étouffer l’expression

Le Maroc a déjà renforcé son arsenal juridique face aux risques liés aux contenus numériques pendant les élections. L’étude relève notamment l’introduction de dispositions visant la diffusion de contenus faux ou manipulés susceptibles de porter atteinte aux candidats ou au processus électoral.

Mais la régulation ne peut constituer l’unique réponse. La HACA insiste également sur l’importance de l’éducation numérique. L’objectif est de permettre aux citoyens d’identifier les sources douteuses, de reconnaître certains biais et de développer un réflexe de vérification avant de partager un contenu.

Les recommandations avancées vont ainsi de l’introduction de modules de citoyenneté numérique dans les programmes scolaires à la formation des enseignants, en passant par des campagnes publiques de sensibilisation. L’étude préconise également davantage de transparence de la part des plateformes et une meilleure connaissance de leurs mécanismes de recommandation.

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Au Maroc, les réseaux sociaux sont désormais intégrés au paysage démocratique. Ils élargissent les possibilités d’expression, facilitent les mobilisations et permettent aux formations politiques de toucher directement les citoyens. Mais leur puissance constitue également une fragilité lorsque la viralité, les biais algorithmiques ou l’intelligence artificielle sont utilisés pour manipuler l’information.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre liberté numérique et régulation. Il consiste à construire un cadre capable de préserver l’expression tout en protégeant la qualité du débat public. Pour la HACA, l’éducation numérique, la transparence des plateformes et une régulation adaptée doivent avancer ensemble afin que le numérique demeure un espace de participation plutôt qu’un facteur supplémentaire de fragmentation démocratique.

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