Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 02/10/26 à 10:47
Temps de lecture

Eh première, passez la seconde !

A A A A A

On va commencer par rendre à César ce qui appartient à César. Oui, la Tunisie a été la première à avoir une femme cheffe de gouvernement dans le monde arabe. Najla Bouden, en 2021. Puis Sarra Zaafrani Zenzri, en 2025.

Très bien, c’est noté, on ne va pas réécrire l’Histoire pour nous autocongratuler. Par contre… maintenant qu’on a posé ça, peut-on regarder un peu plus loin ? Parce que c’est très marocain de chercher les détails pour tout remettre en exergue (avant que vous ne le disiez) et parce que toutes les premières ne se ressemblent pas. Et surtout, toutes les femmes qui arrivent à la tête d’un gouvernement n’y arrivent pas par le même chemin.

Et si c’était elle ?

Najla Bouden n’était pas une femme politique. C’était une grande universitaire, une ingénieure, une haute fonctionnaire. Pas de parti, pas de campagne électorale, pas de circonscription à défendre, pas de militants à convaincre. Elle a été nommée par Kaïs Saïed dans un contexte politique tunisien très particulier.

Sarra Zaafrani Zenzri vient elle aussi de l’administration. Ingénieure, fonctionnaire, puis ministre, avant d’être nommée à la tête du gouvernement.

Et puis il y a Fatima Zahra El Mansouri. Elle ne débarque pas de l’administration pour atterrir à la Primature. Elle n’a pas été sortie du chapeau parce qu’il fallait, pour la première fois, mettre une femme à la tête du gouvernement. Elle traîne derrière elle près de vingt ans de politique. Elle a participé à la création du PAM. Elle a été élue maire de Marrakech. Puis députée. Puis réélue députée. Elle a dirigé le Conseil national de son parti, puis sa direction collégiale. Bref, elle a galéré quoi !

El Mansouri a passé sa vie à faire de la politique. Elle ne sort donc pas de nulle part et surtout, elle arrive après une élection. Pas une élection où les Marocains auraient directement coché Fatima Zahra El Mansouri dans la case cheffe du gouvernement, soyons sérieux. On n’est pas en train d’inventer une autre histoire pour les besoins de la chronique.

Mais une élection législative à l’issue de laquelle le parti qu’elle dirige arrive en tête, avec 97 sièges sur 395. Voilà donc la différence.

La Tunisie a été la première à installer une femme à la tête de son gouvernement. Le Maroc, lui, installe aujourd’hui une femme qui a fait toute sa carrière dans le champ politique et qui arrive à la Primature au terme d’un processus électoral.

Le choix du chef

Est-ce que cela efface la première Tunisienne ? Evidemment que non. Est-ce que cela permet au Maroc de fabriquer, à son tour, une petite médaille, première femme du monde arabe à accrocher au mur ? Possible.

Et puis, franchement, ça commence à bien faire cette affaire de première. La première femme à faire ceci, la première femme à faire cela… Et si on se concentrait un peu sur sa politique !

On a eu la première femme. Très bien. On a eu la deuxième. Très bien aussi.

Cette nomination n’est pas une consécration, c’est un commencement. Maintenant, on peut peut-être passer à la suite ?

pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire