Du financement aux festivals, les coulisses de la coproduction cinématographique
Panel de discussion, organisé en marge du Marrakech short film festival, intitulé : Two case studies: MENA–Europe co-production, Marrakech, le 27 septembre 2026 © LeBrief
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La coproduction internationale peut constituer un levier déterminant pour les cinéastes du monde arabe, en leur permettant d’accéder à de nouveaux mécanismes de financement, tout en ouvrant leurs œuvres à des réseaux professionnels et festivaliers internationaux. Cette question a été au cœur d’une rencontre consacrée à deux courts métrages, leurs stratégies de financement, leurs parcours en festivals et les compromis liés aux collaborations entre producteurs de différentes régions.
Linda Mutawi : financer un projet entre trois pays
Parmi les intervenants figurait Linda Mutawi, productrice jordano-suédoise primée, d’origine palestinienne, qui compte plus de 23 ans d’expérience dans l’industrie cinématographique internationale. Cofondatrice d’une société basée à Stockholm, elle travaille notamment entre la Scandinavie et le Moyen-Orient.
Elle a notamment évoqué la production de Better Than Earth, un court métrage de 23 minutes réalisé par un cinéaste égyptien et coproduit entre l’Égypte, la France et la Suède. Selon Linda Mutawi, cette structure est née à la fois des besoins du projet et d’une volonté de créer des passerelles entre plusieurs territoires.
Le film a bénéficié d’un financement majoritairement égyptien, tandis que la France a apporté une contribution en numéraire et en nature. La Suède a, de son côté, permis l’accès à plusieurs mécanismes institutionnels, notamment le fonds du Malmö Arab Film Festival et le Swedish Film Institute. Mutawi a également participé au financement du projet.
La productrice souligne toutefois que la multiplication des coproducteurs entraîne davantage de démarches administratives et complexifie le montage financier. Elle recommande ainsi de limiter le nombre de partenaires internationaux aux collaborations réellement nécessaires.
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Muhammad Taymour et le parcours de I’m Afraid to Forget Your Face
La rencontre a également donné la parole à Muhammad Taymour, producteur, réalisateur et vidéaste égyptien. Il est notamment présenté comme le fondateur de l’Egyptian Film Producers Club et comme le producteur de I’m Afraid to Forget Your Face, réalisé par Sameh Alaa, premier film égyptien à remporter la Palme d’or du court métrage à Cannes.
Taymour a détaillé le montage financier du film, développé à partir de 2018 et tourné en 2020. Le projet a notamment obtenu des financements du Doha Film Institute et de partenaires européens. Une partie du budget égyptien reposait également sur des contributions en nature et des rémunérations différées, permettant de couvrir une partie importante du tournage et de la postproduction.
La stratégie festivalière avait été pensée en amont, avec notamment l’objectif d’une soumission à Cannes. Le film a finalement été sélectionné et a remporté la Palme d’or du court métrage, une reconnaissance qui a marqué une étape importante dans son parcours international.
Préserver la vision artistique
Au-delà du financement, les deux producteurs ont insisté sur la nécessité de préserver la vision du réalisateur dans les coproductions internationales. Pour Linda Mutawi, un dialogue doit être établi dès les premières étapes entre réalisateur, scénariste et producteurs afin de définir clairement le film à réaliser et les objectifs du projet.
Muhammad Taymour a, pour sa part, souligné l’importance de la relation entre producteur et réalisateur. Selon lui, cette collaboration nécessite du temps, une compréhension mutuelle et une capacité à déterminer les limites de l’intervention du producteur dans les choix artistiques.
La discussion a enfin abordé les possibilités offertes par les financements nordiques aux cinéastes arabes. Linda Mutawi a relevé l’importance accordée à la vision créative, aux talents impliqués et à la capacité des producteurs à construire des collaborations durables au-delà d’un seul projet.
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