Le 23 septembre 2026, près de 15,8 millions de Marocains sont appelés aux urnes pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Les promesses et les affiches fleurissent, mais peu voient la machine logistique hors norme mise en place avec les 40.700 bureaux de vote, les 350.000 encadrants et les 32.000 smartphones cryptés. Par ailleurs, pour les partis, il faut trouver l’argent, les locaux, les voitures, les militants et surtout des gens prêts à tenir jusqu’au bout. Entre plafonds de dépenses qu’on ne voit pas, militants qui mettent la main à la poche et guerre des procès-verbaux, plongée dans les coulisses concrètes de la machine électorale marocaine.

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À chaque veille d’élection, l’histoire se répète encore et encore. Les journaux parlent des milliards mobilisés, les réseaux sociaux s’enflamment autour des campagnes numériques et, dans l’imaginaire collectif, les candidats évoluent dans un univers où l’argent coule à flots. Eh bien non, nous ne sommes ni dans le pays de Carlos Ghosn ni dans celui de Rachida Dati.

La réalité de la logistique électorale marocaine est nettement moins… glamour. Elle repose en fait sur deux machines qui avancent en parallèle. D’un côté, un dispositif étatique extrêmement structuré, capable d’envoyer des urnes, des procès-verbaux et des équipements sécurisés jusque dans les zones les plus reculées du pays. De l’autre, une économie de terrain beaucoup plus artisanale, faite de débrouille et d’une intendance qui tient parfois davantage au système D qu’à de gros moyens financiers.

Pour les 7.288 candidats répartis sur 1.850 listes et 28 formations politiques en lice, la course qui s’achève le 22 septembre à minuit se joue aussi dirham par dirham et PV par PV, dans un cadre réglementaire qui cherche à moderniser les pratiques sans réussir à faire disparaître complètement les vieilles habitudes.

La logistique géante de l’Etat

Quand le ministère de l’Intérieur organise les législatives, il ne fait clairement pas dans le petit dispositif artisanal. Pour permettre à 15,8 millions d’électeurs inscrits de voter, l’État a déployé un dispositif logistique de grande ampleur.

Commençons par les chiffres qui donnent le tournis, à savoir 40.700 bureaux de vote et 3.750 bureaux centraux chargés du décompte et de la centralisation des procès-verbaux. Pour faire fonctionner cette gigantesque fourmilière le mercredi 23 septembre, de 8h à 19h, l’État mobilise 350.000 encadrants, parmi lesquels 178.000 membres titulaires des bureaux de vote et leurs suppléants, en plus des 3.006 observatrices et observateurs validés par la Commission spéciale d’accréditation du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).

Et ce n’est pas exactement une petite formalité pour les entreprises et leurs services RH. Le jour du scrutin n’étant pas décrété férié, il faut donc composer avec les absences, les autorisations et les salariés qui devront, tant bien que mal, trouver le temps d’aller voter entre deux réunions.

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Côté matériel, le papier n’a pourtant pas disparu au profit du tout-numérique. Pendant que sept imprimeries agréées produisent des dizaines de millions de bulletins de vote uniques, l’administration déploie 32.000 smartphones cryptés et 1.300 ordinateurs. Cela permettra, notamment, aux présidents des bureaux de numériser les procès-verbaux dès la clôture du vote et de transmettre les résultats en temps réel vers Rabat.

Même les convois transportant le matériel sensible depuis les dépôts centraux vers les provinces les plus éloignées sont suivis par géolocalisation. Et pour superviser l’ensemble, une Commission centrale de suivi associant le ministre de l’Intérieur et le Procureur général du Roi près la Cour de cassation veille au grain. Bref, côté organisation, rien n’a été laissé au hasard, ou presque… sinon on n’en parlerait pas.

Tirage au sort des poteaux

Sur le domaine public, le législateur a lui aussi essayé de mettre un peu d’ordre dans la guerre des colleurs d’affiches. Le décret 2.16.669 définit neuf catégories d’endroits où il est formellement interdit de venir placarder son visage : lieux de culte, cimetières, écoles, universités, monuments historiques, pylônes de téléphonie mobile, poteaux de signalisation routière, panneaux commerciaux et arbres.

Les affiches doivent, elles, respecter le format A0, soit 84,1 sur 118,9 cm. Quant aux banderoles, elles sont réservées aux sièges des partis et à un nombre particulièrement limité de permanences locales, avec un maximum de quatre par commune et un plafond absolu de 30 lieux.

Mais le petit bijou de cette mécanique réglementaire reste sans doute l’attribution des emplacements sur les poteaux d’éclairage public. Celle-ci se fait en commission préfectorale, par voie de tirage au sort. Autrement dit, un candidat peut très bien se retrouver propriétaire électoral d’un poteau tandis que son voisin d’affichage, lui, hérite du suivant. Encore faut-il respecter le tirage. En cas d’affichage au mauvais endroit, l’administration laisse 24 heures au contrevenant pour tout nettoyer. Passé ce délai, elle s’en charge elle-même, aux frais du candidat.

Ca c’est dit, mais il a déjà été prouvé que dans la rue, c’est une autre histoire. Dans une étude consacrée aux campagnes électorales casablancaises, la chercheuse Dounia Monsif a documenté la persistance de véritables problèmes récurrents comme les logos peints à la chaux, affiches déchirées et fresques partisanes qui continuent de marquer les murs des quartiers populaires pendant des années, parfois jusqu’au scrutin suivant.

L’ironie, c’est que ces batailles d’affiches ne semblent plus vraiment peser lourd dans une campagne devenue largement numérique. Dounia Monsif relève que 33,98% des électeurs analphabètes ne comprennent aucun message sur l’affiche électorale, tandis que 92,5% du volume total des annonces électorales en 2021 se sont concentrés sur les réseaux sociaux.

Politique paradoxale

Flicage numérique et couperet pénal

Le déplacement de la campagne vers le numérique n’a évidemment pas échappé au législateur. Le Code électoral a renforcé son arsenal pour encadrer les réseaux sociaux et, désormais, les contenus générés ou manipulés grâce à l’intelligence artificielle.

Le jour du vote, la marge de manœuvre est particulièrement réduite. Publier ou partager du contenu électoral le 23 septembre peut coûter entre trois et six mois de prison et jusqu’à 50.000 dirhams d’amende, conformément à l’article 39. Acheter de la publicité politique sur une plateforme étrangère expose à une amende pouvant atteindre 100.000 dirhams, selon l’article 40. Quant à la diffusion d’une fake news ou d’un contenu manipulé susceptible de perturber le scrutin, elle peut entraîner de deux à cinq ans de prison ferme au titre des articles 51 et 51 bis.

Lire aussi : Législatives 2026 : combien coûte réellement une campagne électorale au Maroc ?

Même le geste qui paraît le plus banal aujourd’hui, comme sortir son téléphone dans un bureau de vote pour photographier son bulletin, peut coûter jusqu’à six mois de prison, avec saisie de l’appareil à la clef, conformément à l’article 50. Le passage de la campagne dans le monde numérique ne signifie donc pas que la surveillance s’est relâchée, c’est même plutôt l’inverse.

Le financement officiel

Parler d’argent pendant une élection marocaine oblige souvent à faire le grand écart entre les textes et ce qui se passe réellement dans les circonscriptions. Les montants officiels sont là, les plafonds aussi, reste à savoir ce qu’ils racontent réellement de la campagne menée sur le terrain.

Pour le scrutin de 2026, le gouvernement a prévu une contribution publique de 450 millions de dirhams. L’enveloppe comprend 400 millions de dirhams destinés aux partis politiques, contre 160 millions en 2021, soit une hausse de 150%. À cela s’ajoutent 50 millions de dirhams spécialement consacrés aux candidats âgés de moins de 35 ans.

Le décret 2.26.311 permet ainsi aux jeunes têtes de liste de se faire rembourser jusqu’à 75% de leurs dépenses engagées, à condition d’obtenir au moins 2% des suffrages et de présenter des comptes suffisamment carrés pour passer le contrôle.

Dans le même temps, le gouvernement a relevé par décret le plafond légal des dépenses autorisées pour chaque candidat, passé de 500.000 à 600.000 dirhams. Une hausse de 20% que l’exécutif justifie par la hausse du niveau des dépenses et par la nécessité d’intégrer la communication numérique. Celle-ci est désormais plafonnée au tiers des dépenses du candidat ou à 5 millions de dirhams pour un parti.

Regardons toutefois les chiffres des précédentes élections. Les rapports officiels de la Cour des comptes consacrés aux législatives de 2021 indiquent que la dépense moyenne déclarée par les candidats n’avait été que de 34.668,75 dirhams. Soit à peine 7% du plafond de 500.000 dirhams qui était alors autorisé.

Mais sérieusement, quel candidat peut prétendre mener une campagne à l’échelle d’une province entière avec 34.000 dirhams ?

Le contrôle financier repose en effet sur les dépenses que les candidats déclarent avec les factures et les justificatifs nécessaires. Or, en 2021, 42% des comptes de campagne transmis à la Cour des comptes l’ont été hors des délais légaux et des millions de dirhams de dépenses ont été rejetés faute de pièces justificatives valables.

Selon l’observation du terrain du professeur Nabil Adel, membre du conseil national du Mouvement populaire, le coût réel d’une candidature législative n’a pas grand-chose à voir avec les moyennes qui apparaissent dans les comptes déclarés. Pour simplement entrer dans la compétition et assurer la logistique minimale d’une circonscription, il estime que la barrière financière se situe en réalité entre 60.000 et 300.000 dirhams. Un vrai filtre social qui fait que tout un chacun ne peut s’engager dans la course. Sans patrimoine personnel suffisamment solide ou sans soutien financier direct d’un grand parti, le citoyen ordinaire peut rapidement se retrouver hors-jeu avant même d’avoir commencé.

Pourtant, dans l’imaginaire collectif, les partis politiques sont souvent perçus comme de véritables machines de guerre, disposant de moyens financiers considérables et capables de faire tourner leurs structures sans regarder à la dépense. Le professeur Nabil Adel vient sérieusement nuancer cette image en rappelant qu’une partie importante des formations politiques marocaines fonctionne en réalité avec zéro dirham de subvention publique.

Alors comment une structure qui ne dispose pas d’un budget étatique suffisant peut-elle survivre, faire fonctionner ses sections et mener campagne ? La réponse tient en grande partie à l’autofinancement des militants de base.

Partis politiques : enquête sur l’autofinancement des militants de l’ombre

La guerre des PV

Le jour du scrutin, toute cette réflexion politique laisse toutefois place à d’autres problématiques. Et la priorité de cette longue journée, qui peut se prolonger jusqu’à deux ou trois heures du matin, porte un nom : la couverture physique des bureaux de vote par des représentants de confiance.

Cette personne est en quelque sorte la sentinelle du parti. Présent dans le bureau de vote du matin jusqu’à la fin du dépouillement, il observe, surveille et note. Sa mission consiste notamment à repérer les éventuelles anomalies et à suivre de près tout ce qui se passe autour de l’urne, des bulletins jusqu’au dépouillement.

Pendant le comptage, il note chaque voix sur son propre calepin. Mais son véritable objectif est de repartir avec une copie physique du procès-verbal de comptage, dûment signée par le président du bureau. Ce bout de papier est essentiel. En cas de contestation des résultats ou de manipulation lors de la centralisation des chiffres au niveau de la préfecture, le PV signé constitue la pièce de référence devant les juges.

Le professeur Nabil Adel rappelle à ce propos l’épisode des législatives de 2016. Grâce à un réseau particulièrement efficace de tangards qui avaient immédiatement transmis leurs procès-verbaux par téléphone, la machine de centralisation du PJD, surnommée le « TGV », avait réussi à consolider et publier ses résultats et à proclamer sa victoire nationale avant même l’annonce officielle du ministre de l’Intérieur, coupant ainsi court à une partie des contestations et à tout risque de floutage des voix.

La facture payée par les entreprises

Quand on parle de la logistique d’une élection nationale, on pense spontanément au ministère de l’Intérieur, aux urnes, aux bulletins, aux bureaux de vote et à toute cette impressionnante mécanique administrative. Beaucoup moins à l’entreprise. Pourtant, derrière les chiffres officiels et les préparatifs du scrutin, c’est aussi le secteur privé qui va devoir absorber une partie du choc.

En fixant les législatives au mercredi 23 septembre 2026, le gouvernement a choisi de maintenir le scrutin en pleine semaine de travail. Mais contrairement à ce que beaucoup de salariés auraient probablement préféré, le mercredi n’a pas été transformé en jour férié. Les entreprises devront donc continuer à fonctionner pendant que leurs salariés iront voter, avec, pour beaucoup, un joli casse-tête de plannings à la clef.

Et à cela s’ajoute un autre problème, celui des dizaines de milliers de salariés appelés à participer directement à l’organisation du scrutin. Entre les autorisations d’absence, les convocations de dernière minute, les roulements à réorganiser et les heures de travail à absorber, cette journée électorale risque de coûter un peu plus cher aux entreprises que ne le laissent entendre les comptes officiels.

Premier malentendu : non, une élection nationale ne transforme pas automatiquement la journée en congés payés. Dans les discussions de bureau comme dans les ateliers et les chaînes de production, beaucoup continuent de penser que le salarié bénéficie forcément d’un droit d’absence pour aller voter. En réalité, le calendrier officiel des jours fériés payés ne prévoit pas le 23 septembre. Sauf décret gouvernemental de dernière minute publié au Bulletin officiel, la journée reste donc une journée de travail normale.

Le plus curieux est que le Code du travail, la loi n°65-99, est plutôt bavard lorsqu’il s’agit des autorisations d’absence. Mariage, naissance, décès ou encore exercice de certaines. Pour aller voter lors d’une élection nationale, en revanche, c’est beaucoup moins clair. Le texte ne prévoit pas de disposition spécifique accordant au salarié un temps d’absence rémunéré pour accomplir son devoir électoral.

Le paradoxe est assez facile à comprendre. D’un côté, la loi organique n°27.11 présente le vote comme un droit personnel et un devoir national. De l’autre, le Code du travail ne prévoit pas, de manière générale, une autorisation d’absence rémunérée pour exercer ce droit. Un salarié qui quitte son poste sans avoir obtenu l’accord de sa hiérarchie pourrait donc se retrouver dans la situation assez absurde d’avoir accompli un devoir national tout en étant considéré comme absent de son travail sans justification.

Un employeur particulièrement rigide pourrait donc appliquer les règles habituelles en matière d’absence, avec à la clef une retenue sur salaire ou une mesure disciplinaire selon les circonstances. Dans la réalité, on imagine mal une direction des ressources humaines partir au bras de fer avec un salarié qui explique qu’il était parti voter. La plupart des entreprises vont donc probablement gérer la situation au cas par cas, en accordant des autorisations plus ou moins formelles.

Mais cette souplesse a elle aussi un coût. Il faut déplacer les réunions, modifier les horaires, réorganiser les équipes et gérer les absences au fil de la journée. Autrement dit, le vote ne coûte pas seulement le temps passé devant l’urne. Il faut aussi compter le petit jeu de chaises musicales qui commence dans les entreprises dès qu’une partie des salariés demande à s’absenter.

La réquisition des 350.000 encadrants

Si une absence de quelques heures suffit déjà à compliquer un planning, la désignation des membres des bureaux de vote change complètement d’échelle.

Pour faire fonctionner les 40.700 bureaux de vote et les 3.750 bureaux centraux chargés du décompte et de la centralisation des résultats, l’État mobilise 350.000 encadrants. Parmi eux figurent 178.000 membres titulaires et leurs suppléants. En vertu de l’article 74 de la loi organique n° 27.11, les présidents et assesseurs sont désignés par les gouverneurs parmi les fonctionnaires, mais aussi parmi les salariés du secteur privé.

Pour l’employeur, le problème commence avec le calendrier. Les notifications officielles peuvent parvenir au moins 48 heures avant le scrutin. Un lundi matin, un responsable peut donc découvrir qu’un chef d’équipe, un technicien ou un salarié occupant un poste difficile à remplacer devra finalement passer toute sa journée du mercredi au bureau de vote.

Et face à une convocation officielle, l’entreprise n’a évidemment pas beaucoup de marge de négociation. La désignation répond à une mission d’intérêt public et l’employeur doit libérer le salarié concerné.

Surtout, il ne s’agit pas d’une absence de deux ou trois heures. Le salarié appelé à tenir un bureau doit être présent avant l’ouverture du scrutin, prévue à 8 heures. Sa journée ne s’arrête pas non plus à 19 heures, lorsque les bureaux ferment. Il faut ensuite passer au dépouillement, au décompte des voix et à la rédaction des procès-verbaux. Des opérations qui peuvent se prolonger jusqu’à 2 ou 3 heures du matin.

Dans une PME où chacun occupe parfois plusieurs fonctions à la fois, remplacer au pied levé un salarié peut vite devenir un exercice compliqué.

Télétravail impossible, roulements et usines à feu continu

Évidemment, toutes les entreprises ne vivront pas ce mercredi de la même manière. Pour un cadre travaillant dans un bureau à Casablanca ou Rabat, l’équation peut rester relativement simple. Les bureaux de vote étant ouverts de 8 heures à 19 heures, un salarié qui travaille selon des horaires classiques, par exemple de 9h à 18h, peut théoriquement aller voter avant sa prise de poste ou en fin de journée.

Mais cette belle mécanique fonctionne surtout pour les métiers où les horaires sont souples.

Dans l’industrie, le commerce, la santé, la sécurité, le gardiennage ou les centres d’appels, la situation devient nettement plus compliquée. Comment faire lorsqu’il faut permettre à des ouvriers de quitter une chaîne de production, à des opérateurs de sortir d’une usine fonctionnant en continu ou à des téléconseillers de laisser leur poste pendant plusieurs heures ?

Les directions de sites vont devoir jongler avec les contraintes de chacun. Il faudra parfois allonger les pauses déjeuner afin de laisser suffisamment de temps aux salariés pour rejoindre leur bureau de vote. Ailleurs, ce seront les équipes qui devront tourner : pendant qu’un groupe part voter, les autres restent en poste, avec une activité qui peut fonctionner temporairement en effectif réduit ou au ralenti.

Et il y a le détail du lieu de travail qui n’est pas forcément le lieu d’inscription sur les listes électorales. De nombreux salariés travaillent dans les grandes villes mais restent inscrits dans leur commune d’origine, parfois à plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de kilomètres. Pour eux, aller voter entre midi et deux, relève davantage de la plaisanterie. Le déplacement peut nécessiter plusieurs heures de route et rendre tout simplement impossible une journée de travail normale.

Le vote est individuel. La désorganisation, elle, peut rapidement devenir collective.

Et puis, reste la question qui finit toujours par arriver sur la table : qui paie les heures pendant lesquelles le salarié n’est pas à son poste ? Prenons le cas le plus simple. Un salarié quitte son entreprise pendant deux heures pour aller voter. L’employeur doit-il payer ces deux heures comme si elles avaient été travaillées ?

En l’absence de disposition imposant le maintien du salaire pour ce type d’absence, une retenue proportionnelle pourrait, en théorie, être appliquée. Mais dans la réalité, les entreprises ont tout intérêt à éviter ce genre de calcul au centime près. Retenir deux heures de salaire à un salarié qui s’est absenté pour accomplir ce qui est présenté par la loi comme un devoir national n’est pas exactement la meilleure manière de maintenir un climat social serein.

Beaucoup d’entreprises vont donc absorber le coût, maintenir les rémunérations et gérer la désorganisation en interne. Ce qui signifie que le coût réel de la journée électorale ne se limite pas aux dépenses prises en charge directement par l’État.

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