Réfugiés : le système d’asile marocain est-il sous pression ?

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23.615 réfugiés et demandeurs d’asile recensés au Maroc à fin juin 2026Image d'illustration © DR

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Entre guerre au Soudan, déplacements dans le Sahel et pression croissante sur les dispositifs de protection, le Maroc voit évoluer le profil des personnes en quête d’asile. Le HCR alerte notamment sur la hausse des arrivées soudanaises et sur les besoins spécifiques des mineurs non accompagnés. Les détails.

Le Maroc comptait 23 615 réfugiés et demandeurs d’asile provenant de plus de 60 pays au 30 juin 2026, selon le dernier état des lieux publié par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Parmi eux, 10.538 bénéficiaires avaient obtenu le statut de réfugié, tandis que 13.077 étaient encore engagés dans une procédure de demande d’asile. Ces populations étaient réparties dans 86 localités à travers le pays.

Le chiffre confirme le rôle croissant du Maroc comme pays d’accueil et de transit sur les routes migratoires méditerranéennes et atlantiques. Dans son analyse, le HCR souligne que le Maroc constitue également un espace de protection et d’inclusion dans un environnement régional marqué par l’instabilité, notamment par la guerre au Soudan et les déplacements forcés dans le Sahel.

La dynamique la plus marquante concerne précisément les ressortissants soudanais. Le HCR fait état d’une nette progression de leurs arrivées depuis 2024. Ils représentent désormais le premier groupe parmi les personnes enregistrées par l’agence au Maroc, avec 6.816 personnes, devant les Syriens (5.239), les Guinéens (2.066), les Ivoiriens (1.755) et les ressortissants de la République centrafricaine (1.357).

L’évolution est encore plus nette lorsqu’elle est rapportée aux nouvelles inscriptions. Les Soudanais ont représenté 68% des nouvelles personnes enregistrées par le HCR au Maroc depuis le début de 2026, soit une moyenne de 233 personnes par mois. Cette progression reflète, selon l’agence onusienne, l’impact des dynamiques de déplacement provoquées par le conflit soudanais, qui continue de contraindre des milliers de personnes à rechercher une protection en dehors de leur pays.

Cette augmentation exerce mécaniquement une pression supplémentaire sur les mécanismes d’enregistrement, d’accompagnement social et de protection. Le HCR relève également un autre signal préoccupant ; les enfants non accompagnés représentent une personne sur neuf parmi les nouveaux arrivants enregistrés en 2026. Cette proportion met en évidence l’importance croissante des besoins spécifiques liés à la protection de l’enfance.

Lire aussi : Casablanca : 137 migrants soudanais regagnent leur pays dans le cadre d’un retour volontaire

Un dispositif d’asile encore en construction

Le système marocain reste dans une phase de consolidation. Le HCR continue notamment d’assurer, pour le compte des autorités, l’enregistrement des nouveaux demandeurs d’asile et la détermination du statut de réfugié (RSD). Les personnes reconnues par le HCR sont ensuite, pour une large partie d’entre elles, orientées vers la Commission interministérielle du Bureau des réfugiés et des apatrides (BRA), placée sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger.

Au premier semestre 2026, le HCR a enregistré 2.212 nouvelles demandes d’asile, reconnu 973 personnes comme réfugiées et rejeté 196 demandes. Sur les 973 reconnaissances, 641 personnes ont été considérées comme ayant besoin d’une protection internationale et 332 ont été reconnues à l’issue de la procédure de détermination du statut de réfugié.

La coopération avec les autorités marocaines s’est également poursuivie pour réduire l’écart entre les personnes reconnues par le HCR et celles dont le statut est ensuite examiné par les autorités nationales. Au 30 juin, 558 réfugiés reconnus par le HCR avaient été auditionnés devant le BRA, lors de 47 sessions. Le HCR indique que le nombre de personnes examinées chaque semaine est progressivement passé de 20 à 30, une évolution destinée à accélérer le traitement des dossiers en attente.

Depuis le début des auditions en septembre 2013 et jusqu’au 30 juin 2026, quelque 2.568 réfugiés non syriens ont été auditionnés devant le BRA. Cette évolution s’inscrit dans un processus plus large de renforcement du système national d’asile, auquel le HCR apporte un appui technique et institutionnel.

L’agence dispose pour cela d’un bureau de représentation à Rabat ainsi que de cinq antennes de protection décentralisées, mises en place avec l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH). Elles permettent de rapprocher des réfugiés et demandeurs d’asile des services d’enregistrement, de documentation, de conseil et de protection.

L’enjeu de la protection des enfants

L’augmentation des arrivées s’accompagne de besoins particulièrement importants chez les mineurs. Selon le factsheet, les enfants représentent 28% de la population réfugiée au Maroc et 17% des demandeurs d’asile. Au 30 juin, le HCR avait identifié 510 enfants réfugiés à risque ainsi que 86 enfants non accompagnés.

L’organisation affirme suivre individuellement les cas les plus vulnérables et fournir un accompagnement psychosocial. En partenariat avec la Fondation Orient-Occident, elle propose également des aides en espèces et des solutions d’hébergement d’urgence aux mineurs non accompagnés âgés de 16 ans et plus.

Au total, environ 105 mineurs non accompagnés ou séparés faisaient l’objet d’un suivi rapproché par les équipes de la fondation au 30 juin. Ils étaient accompagnés dans le cadre de projets individuels, bénéficiaient d’un soutien financier et avaient accès à l’éducation ou à la formation professionnelle. Par ailleurs, plusieurs dizaines de mineurs avaient été orientés vers des structures de protection de l’enfance, notamment à Oujda, Rabat, Casablanca, Marrakech et Fès.

La protection ne se limite toutefois pas aux questions de logement. Le HCR relève également l’ampleur des besoins liés aux violences fondées sur le genre. Au 30 juin, 514 réfugiés et 1.221 demandeurs d’asile avaient au moins un besoin spécifique en lien avec les violences basées sur le genre. Les femmes et les filles représentaient 69% de ce groupe, tandis que 59% des violences identifiées avaient été commises dans les pays d’origine.

Des mécanismes d’orientation ont été mis en place afin de faciliter l’accès aux soins, au soutien psychosocial, à l’assistance juridique et aux services liés aux moyens de subsistance. Cinq comités spécialisés avaient notamment examiné 60 cas de survivantes et survivants de violences basées sur le genre au cours de la période considérée.

Accès à la justice et aux services sociaux

Sur le terrain judiciaire, le HCR indique avoir poursuivi ses efforts afin de fournir une assistance juridique aux réfugiés et demandeurs d’asile. Au premier semestre 2026, 711 interventions d’assistance ont été recensées, couvrant notamment des démarches administratives, des procédures devant les tribunaux ainsi que des questions liées à l’état civil, dont l’établissement d’actes de naissance.

Le dispositif prévoit également un accompagnement dans l’accès aux services sociaux marocains. Avec l’OMDH, le HCR accompagne certains réfugiés dans leur inscription au Registre national de la population, au Registre social unifié et dans les démarches liées au programme d’aide sociale directe. Au 30 juin, 24 réfugiés avaient été enregistrés au Registre national de la population et sept au Registre social unifié, tandis que 25 autres avaient bénéficié d’un accompagnement individuel sur les procédures à suivre.

Dans le domaine de la santé, l’agence travaille avec l’Association marocaine de planification familiale pour orienter les réfugiés vers les structures publiques de soins. Au premier semestre, 2.631 consultations spécialisées ont été réalisées par l’intermédiaire des centres partenaires et des établissements publics. Plus de 426 réfugiés vivant avec des maladies chroniques ont également reçu des médicaments essentiels.

Le HCR souligne cependant qu’un point reste en suspens : l’extension du dispositif AMO-Tadamon aux réfugiés n’était pas encore formalisée au 30 juin 2026. Dans l’intervalle, l’agence continue de financer, pour les personnes les plus vulnérables, certains médicaments, examens de laboratoire et traitements spécialisés. Parallèlement, 463 séances de soutien psychosocial ont été dispensées aux réfugiés et demandeurs d’asile.

De la protection à l’insertion économique

L’accompagnement vise aussi l’autonomie économique. Avec l’Association marocaine d’appui à la promotion de la petite entreprise (AMAPPE), le HCR soutient l’accès à la formation professionnelle, au microfinancement, à la création d’activités génératrices de revenus et au placement professionnel.

Au 30 juin, 452 réfugiés avaient bénéficié d’un accompagnement dans le domaine de l’intégration économique, dont 296 avaient achevé une évaluation de leurs compétences. Cinquante-six demandes de financement pour des activités génératrices de revenus ont également été examinées pour 67 candidats. Selon le HCR, 78% des initiatives financées et 98% des activités renforcées en 2025 étaient toujours opérationnelles.

Sur le marché du travail formel, 20 réfugiés ont accédé à un emploi et sept à un stage durant la période considérée. Le HCR indique par ailleurs que 59% des réfugiés intégrés dans l’emploi en 2025 étaient toujours en poste.

Cette dimension d’inclusion s’accompagne d’un effort visant à renforcer les liens avec les communautés locales. Le HCR a notamment développé un réseau de 14 agents issus des communautés de réfugiés, déployés dans sept localités. Face à l’augmentation des arrivées soudanaises et sud-soudanaises, des agents supplémentaires ont été recrutés afin d’améliorer la circulation de l’information et l’accès aux services.

Lire aussi : CNDH : près de 18.000 réfugiés et demandeurs d’asile recensés en 2024

Une mobilisation institutionnelle qui reste sous pression

Le renforcement des capacités constitue enfin un volet central de la stratégie du HCR au Maroc. L’agence travaille avec les autorités, la société civile, les universités et les acteurs judiciaires sur les questions relatives au droit d’asile, à la protection internationale, à la lutte contre la traite des personnes et à la protection en mer.

Une formation organisée avec l’Institut supérieur de la magistrature et le Conseil de l’Europe a notamment bénéficié à 270 auditeurs de justice. Au total, les ateliers, conférences et actions de sensibilisation organisés au premier semestre ont rassemblé 568 participants, dont des étudiants, des personnels parlementaires, des agents des forces de l’ordre et des professionnels de la justice.

Le Maroc avait, lors du Forum mondial sur les réfugiés de 2023, pris six engagements portant notamment sur la santé, l’éducation, l’inclusion socio-économique, les données et la gestion humanisée des frontières. Le HCR estime que la mise en œuvre de ces engagements doit désormais composer avec une hausse des besoins de protection.

Cette pression se reflète aussi dans les moyens disponibles. Pour son opération au Maroc en 2026, le HCR avait sollicité 9,1 millions de dollars. Au 30 juin, 42% seulement de ce financement avaient été couverts, laissant 58% des besoins non financés.

Le tableau dressé par l’agence onusienne est ainsi contrasté. Le Maroc continue d’être présenté comme un environnement relativement stable pour les personnes à la recherche d’une protection dans la région, tout en étant confronté à une augmentation des arrivées, particulièrement en provenance du Soudan. L’enjeu des prochains mois sera donc autant de maintenir l’accès à la protection que de renforcer les capacités nationales permettant de répondre durablement à cette évolution.

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