CNDH : près de 18.000 réfugiés et demandeurs d’asile recensés en 2024

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UNHCR : le Maroc abrite plus de 10.000 réfugiésImage d'illustration © DR

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En 2024, le Maroc s’est retrouvé à l’épicentre de dynamiques migratoires complexes, accueillant près de 18.000 personnes en situation de demande d’asile ou de réfugié tout en faisant face à une forte pression sur ses dispositifs de sauvetage et d’accueil, c’est le constat que dressent le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et les chiffres du Haut-Commissariat au Plan.

Selon le rapport annuel publié par le CNDH, 17.791 réfugiés et demandeurs d’asile ont été recensés au Maroc au cours de l’année 2024, représentant plus de soixante nationalités différentes ; les Syriens et les Guinéens constituent les groupes les plus nombreux parmi ces populations.

Ces personnes sont réparties dans une centaine de points d’accueil, ce qui témoigne d’une dispersion géographique importante et d’un ancrage progressif des communautés réfugiées hors des seuls grands pôles urbains.

Des routes et des profils en mutation

Le rapport du CNDH observe un changement des dynamiques migratoires en 2024. Si la majorité des flux irréguliers demeure en provenance d’Afrique de l’Ouest (autour de 58% du total des flux), le Maroc a aussi vu augmenter l’arrivée de personnes venues du Maghreb, d’Afrique centrale et orientale, mais aussi de zones touchées par des conflits et des crises prolongées.

Jeunes en quête de sécurité ou d’opportunités économiques, familles fragilisées, et profils vulnérables composent désormais un tableau plus diversifié qui met à l’épreuve les capacités d’accueil et les politiques d’intégration existantes.

Les côtes atlantiques et méditerranéennes du Maroc sont restées en 2024 des points de départ majeurs pour des traversées vers l’Europe. Les services de secours marocains ont secouru 18.645 personnes tentant la traversée en 2024, un signal fort de l’intensité des tentatives de départ par la mer mais aussi du poids logistique et humain placé sur les équipes de sauvetage.

Malgré ces interventions, les routes maritimes sont restées meurtrières. Le rapport évoque plus de 2.800 décès ou disparitions le long des routes migratoires vers l’Europe pour la même année.

Lire aussi : Maroc, nouvel eldorado migratoire ?

Répression des réseaux et nouvelle économie du trafic

Les autorités ont multiplié les opérations contre les réseaux de traite et de trafic de migrants. 332 réseaux ont ainsi été démantelés en 2024, selon les bilans officiels. Mais le rapport du CNDH met en garde contre l’adaptabilité de ces organisations criminelles, qui tendent désormais à recruter et organiser des départs via les réseaux sociaux et les applications de messagerie, en ciblant massivement les jeunes par des promesses d’un passage « sûr » vers l’Europe. Ce tournant numérique complique la tâche des forces de l’ordre et accroît la vulnérabilité des candidats au départ, souvent mal informés quant aux risques réels.

Par ailleurs, plus d’une décennie après le lancement de la Stratégie nationale sur l’immigration et l’asile, le Maroc ne dispose toujours pas d’un cadre législatif national exhaustif sur l’asile.

Le CNDH souligne que cette absence de loi spécifique entrave la construction d’un système cohérent de protection conforme aux standards internationaux. De fait, la délivrance de titres de séjour aux personnes reconnues comme réfugiées par le Haut-Commissariat reste marginale.

Selon le Conseil, moins de 10% des réfugiés reconnus détiennent une carte de résidence délivrée par les autorités marocaines, la plupart peinant à satisfaire les critères administratifs exigeant notamment la preuve d’un logement et de ressources. Cette précarité administrative se traduit par une fragilité sociale et économique accrue pour des familles souvent exclues des dispositifs formels d’emploi et d’accès aux droits.

Le rapport note toutefois des progrès administratifs. En 2024, la commission ministérielle chargée d’examiner les dossiers de réfugiés a tenu davantage de réunions, ce qui a contribué à réduire l’écart entre la reconnaissance offerte par le Haut-Commissariat et la reconnaissance institutionnelle nationale.

Reste que, selon le CNDH, ces efforts ne remplacent pas l’existence d’un texte de loi national clair qui assurerait droits et garanties aux personnes en quête d’asile. Sans cadre législatif, on observe une réponse par à-coups, sensible aux priorités politiques et aux capacités opérationnelles locales plutôt qu’ancrée dans un régime durable de protection.

Les conséquences humaines : intégration et vulnérabilité

La dispersion des réfugiés sur le territoire, par-delà les grands centres urbains, a des effets ambivalents. D’un côté, elle facilite une insertion locale et des liens économiques potentiels ; de l’autre, elle complique l’accès à des services centralisés (santé spécialisée, scolarisation adaptée, aide juridique) qui restent concentrés dans quelques villes.

L’insécurité administrative conduit par ailleurs à des situations de travail informel, d’exclusion du marché formel et d’accès limité à la protection sociale. Pour les femmes, les mineurs non accompagnés et les personnes en situation de handicap, la vulnérabilité est exacerbée et nécessite des réponses ciblées, selon le CNDH.

Le Conseil formule plusieurs recommandations claires : adopter une loi nationale sur l’asile pour harmoniser la reconnaissance juridique des réfugiés ; faciliter l’accès aux titres de séjour pour les personnes reconnues et réduire les exigences matérielles non pertinentes (preuve de logement, revenus) ; renforcer la coopération internationale pour la réinstallation et l’aide humanitaire ; et développer des programmes d’intégration économique et sociale, en particulier pour les jeunes et les femmes réfugiés.

Ces mesures supposent non seulement des ressources supplémentaires, mais aussi une volonté politique de placer les droits fondamentaux et la protection au cœur d’une stratégie nationale.

Lire aussi : CNDH : l’informel capte près d’un tiers du PIB et pèse sur les finances publiques

Un défi régional et global

Les tensions géopolitiques, les crises climatiques et la détérioration économique dans plusieurs régions forment un terrain propice à l’émergence de nouveaux flux migratoires. Le Maroc, par sa position géographique et ses capacités opérationnelles, joue un rôle de plaque tournante dans ces mouvements ; il ne peut pour autant assumer seul la charge d’un phénomène qui demande une réponse régionale et européenne coordonnée, mêlant prévention, protection et voies légales d’accès, relève le CNDH.

Et de préconiser que, dans ce contexte, l’appel à une coopération renforcée entre pays d’origine, pays de transit, pays de destination et organismes internationaux paraît plus que jamais nécessaire.

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