Akhannouch et Lekjaa : le match qui a commencé avant le coup d’envoi du Mondial

Le spectacle est garanti, la tension monte… et le terrain dépasse largement les limites d’un rectangle vert. Certains matchs commencent bien avant le coup de sifflet de l’arbitre.

A A A A A

Tribune

Marouane Bichichi

Analyste politique

Temps de lecture : Publié le 12/09/2026 à 10:42
favoris

Les joueurs ne courent pas derrière un ballon et ne cherchent pas à inscrire un but dans les dernières minutes. Ils évoluent sur un autre terrain : celui de la politique, de l’économie, du sport et de l’image du pays.

Sur ce terrain, deux noms s’imposent : Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaa.

Le premier entre dans la partie avec le maillot de chef du gouvernement, d’homme d’affaires et de dirigeant politique. Le second avec celui de responsable financier devenu l’une des figures les plus visibles du football marocain.

Mais c’est précisément ici que la comparaison devient intéressante.

Un même pays, deux lectures de la performance

Aziz Akhannouch est arrivé à la tête du gouvernement avec un niveau élevé d’attentes et de promesses. Après plusieurs années de gouvernance, la question n’est donc plus seulement de savoir ce que le gouvernement avait promis de faire, mais ce qu’il a réellement accompli.

C’est probablement là que se situe le principal défi politique du chef du gouvernement.

Car les citoyens ne jugent pas une politique publique à travers les communiqués ou les discours. Ils la mesurent à partir de ce qu’ils vivent au quotidien : le coût de la vie, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’emploi et la qualité des services publics.

Un gouvernement peut présenter des réformes, des chiffres et des indicateurs. Mais le citoyen dispose lui aussi de son propre tableau de bord : son salaire, ses dépenses et ce qu’il lui reste à la fin du mois.

C’est là que le bilan d’Akhannouch devient politiquement plus difficile à défendre.

Plus les attentes étaient élevées, plus l’exigence de résultats concrets l’est également. Et lorsque le discours sur les progrès réalisés ne correspond pas pleinement au ressenti d’une partie de la population, un espace se crée entre la communication gouvernementale et la perception citoyenne.

Lekjaa joue une autre partie

Face à lui, Fouzi Lekjaa occupe un terrain différent. Son influence dans le football marocain ne repose pas uniquement sur la parole. Elle s’est progressivement construite autour de résultats qui ont profondément changé la perception du football national.

Le parcours historique des Lions de l’Atlas au Qatar, la montée en puissance du football marocain sur la scène internationale et la préparation de la Coupe du monde 2030 ont contribué à faire de Lekjaa l’un des visages les plus identifiés à cette dynamique.

Surtout, il a contribué à faire du football davantage qu’un simple spectacle : un projet sportif, institutionnel, économique et diplomatique.

C’est ce qui distingue aujourd’hui son parcours de celui de nombreux responsables publics : une partie importante de son bilan est visible, mesurable et immédiatement identifiable par le public.

Dans le football, le débat peut être intense, les stratégies discutables et les choix toujours perfectibles. Mais au bout du compte, le tableau d’affichage reste difficile à contourner.

Akhannouch face à la politique, Lekjaa face au chronomètre

La comparaison entre les deux hommes a évidemment ses limites. Ils n’occupent ni les mêmes fonctions ni le même terrain. Mais la politique et le sport partagent une règle fondamentale : le public finit toujours par demander des résultats.

Akhannouch dispose de l’autorité de l’exécutif. Il porte donc une responsabilité politique directe dans l’évaluation de l’action gouvernementale. Lekjaa, lui, a progressivement construit un capital de crédibilité autour d’un projet sportif dont les résultats ont renforcé la visibilité du Maroc. C’est peut-être là que réside la principale différence.

En politique, le bilan peut encore être discuté à travers les promesses, les contraintes et les justifications. Dans le football, le résultat est affiché au tableau. Et c’est précisément pour cette raison que Lekjaa bénéficie aujourd’hui d’un avantage particulier : son image publique est fortement associée à une dynamique de résultats.

Akhannouch, à l’inverse, doit encore convaincre qu’au-delà des annonces et des indicateurs, son gouvernement a produit une transformation suffisamment tangible pour être reconnue comme telle par les citoyens.

2030, le véritable test

La Coupe du monde 2030 constituera un test d’une autre dimension. Un projet de cette ampleur dépasse largement le cadre sportif. Il mobilise les infrastructures, l’investissement, la logistique, la gouvernance, l’économie et l’image internationale du Maroc.

Les frontières entre ces différents domaines deviennent alors moins nettes. Et c’est précisément ce qui rend la période à venir particulièrement intéressante.

Akhannouch sera jugé sur sa capacité à défendre et à prolonger le bilan de son gouvernement. Lekjaa sera attendu sur sa capacité à poursuivre la dynamique du football marocain et à accompagner un projet sportif devenu un enjeu national et international.

Deux trajectoires différentes. Deux responsabilités différentes. Mais une même exigence : transformer les ambitions en résultats. Car au bout du compte, ce ne sont ni les slogans ni les promesses qui restent. Ce sont les résultats.

Le coup d’envoi du Mondial 2030 n’a pas encore été donné. Mais le match, lui, a déjà commencé. Et dans les tribunes, le public marocain observe. Il ne demande pas nécessairement de choisir entre Akhannouch et Lekjaa. Il demande simplement de pouvoir constater, juger et, surtout, voir le résultat sur le terrain.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié aujourd'hui à 10:30Casablanca réduit les frictions de la finance anglophone vers l’Afrique francophone

Une place financière ne se mesure pas seulement au volume des transactions sur son marché domestique. Elle peut être une infrastructure de coordination. Londres relie des capitaux étrangers à des actifs étrangers. Singapour connecte l’Asie du Sud-Est aux marchés mondiaux. Casablanca cherche une fonction comparable à son échelle. La question n’est donc pas de devenir plus grande que Johannesburg ou Lagos, mais d’identifier quelle friction africaine elle peut réduire mieux qu’eux. Le premier récit de CFC, Casablanca Finance City (place…

Par Gabriel Gervais, Etudiant à l’ESSEC Business School
Publié le 11/09Old Age Protocol : et si nous préparions aujourd’hui la vieillesse que nous connaîtrons demain ?

Une question mérite alors d’être posée : pourquoi attendre que la vulnérabilité apparaisse pour commencer à protéger la vieillesse ? Chaque jeune personne est, en réalité, une future personne âgée. C’est à partir de cette idée simple que je propose un concept que j’appelle « Old Age Protocol » : non pas un nouveau privilège accordé aux personnes âgées, mais un cadre préventif permettant de préparer progressivement la société à une étape de la vie que chacun est susceptible de…

Par Badar uz Zaman, Directeur d’une école privée, titulaire d’un Master en science politique.
Publié le 10/09Maroc : nomadisme politique, quand les convictions changent de parti plus vite que les électeurs

Le changement de parti n’est évidemment pas un délit, pas plus qu’un changement d’opinion. En démocratie, personne ne devrait être prisonnier d’une étiquette politique. Un élu peut évoluer, revoir ses positions et choisir une nouvelle famille politique. Mais il existe une différence entre changer de conviction et changer d’étiquette. Et c’est précisément dans cet espace que s’installe le malaise. Quand l’étiquette prend le dessus sur le projet Un parti politique est censé être davantage qu’un logo, une investiture ou une…

Par Marouane Bichichi, Analyste politique
Publié le 09/09L’IA a envahi les bureaux avant les organigrammes

Les chiffres racontent un paradoxe. D’un côté, l’adoption explose : la moitié des cadres utilisent désormais l’IA au moins une fois par semaine, une hausse de 15 points en un an, avec une pratique encore plus marquée chez les jeunes actifs et les managers eux-mêmes. De l’autre, les dirigeants sous-estiment largement cette réalité : les études montrent que les salariés recourent à l’IA dans leurs tâches quotidiennes bien plus souvent que leurs responsables ne le pensent. Ce décalage n’est pas…

Par Dr. Bouamama Soukaina, Professeure en sciences de l’éducation – HEC Rabat, affiliée au Centre de rechercher en Sciences de Gestion et Economie (CEeSC)
Publié le 08/09Restructuration d’entreprise, le Maroc construit le marché du retournement avant liquidation

La restructuration d’entreprise, ou restructuring (réorganisation financière et opérationnelle d’une société en difficulté), ne désigne ni une faillite ni une simple réduction de coûts. Elle commence lorsqu’une entreprise conserve un métier, des clients et des actifs utiles mais ne peut plus financer son cycle d’exploitation ou respecter sa dette. Le diagnostic sépare alors trois questions souvent confondues : rentabilité du métier, liquidité disponible à court terme et solvabilité du bilan. Une société peut être rentable et manquer de cash, ou…

Par Gabriel Gervais, Etudiant à l’ESSEC Business School
Publié le 07/09L’IA en entreprise : le vrai risque n’est pas le retard technologique, mais l’absence de gouvernance

Dans de nombreuses entreprises, la question n’est déjà plus de savoir s’il faut utiliser l’intelligence artificielle. Les collaborateurs l’expérimentent, les directions métiers identifient des cas d’usage et les équipes technologiques multiplient les projets pilotes. Rédaction, recherche documentaire, analyse, assistance client, maintenance ou aide à la décision : l’IA entre dans le quotidien professionnel plus vite que les organisations ne redéfinissent leurs règles. Cette accélération produit un paradoxe. Plus l’outil paraît simple à utiliser, plus la responsabilité qui l’entoure devient complexe.…

Par Dr Imad Rochd, Docteur en Business Administration, spécialisé en transformation digitale
Publié le 07/09Banques et fintech, l’expansion africaine du Maroc passe désormais par les infrastructures financières

L’histoire récente de la banque marocaine en Afrique se lit d’abord dans les cartes. Abidjan, Dakar, Bamako, Lomé, Cotonou ou Yaoundé sont devenues les étapes d’une expansion menée par Attijariwafa bank, le Groupe Banque Centrale Populaire et Bank of Africa. Le modèle était classique. Acheter une banque, prendre une participation, harmoniser progressivement les systèmes et utiliser le bilan du groupe pour accompagner les entreprises présentes dans plusieurs pays. Cette logique continue. Le 24 décembre 2025, le Groupe BCP a finalisé…

Par Gabriel Gervais, Etudiant à l’ESSEC Business School
Publié le 04/09Votre banque peut vendre votre dossier demain – voici comment préparer votre PME

Ce que cela signifie concrètement : si vous avez un crédit en difficulté, votre interlocuteur habituel – votre banquier, votre agence – pourrait ne plus l’être demain. Votre dossier peut changer de mains. Et le nouveau détenteur de votre dette aura une logique différente. Ce n’est pas une alerte. C’est une information que tout dirigeant de PME doit intégrer dans sa gestion du risque financier. Et voici cinq choses concrètes à faire maintenant. Connaissez le statut réel de votre dossier…

Par Mostafa Mounasser, Fondateur de Maroc Mentor, cabinet d'accompagnement de dirigeants de PME marocaines
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub