Finances publiques : BAM alerte sur la montée des dépenses « non discrétionnaires »
Le siège de Bank Al-Maghrib (BAM) à Rabat © MAP
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Après deux années marquées par une amélioration sensible des principaux équilibres macroéconomiques, les finances publiques marocaines entrent dans une phase plus délicate. Dans son rapport annuel 2025, Bank Al-Maghrib (BAM) estime que la progression des dépenses sociales, les effets des chocs climatiques récurrents et l’accumulation d’engagements budgétaires de long terme exerceront une pression croissante sur le budget de l’État dans les prochaines années.
Si BAM salue les performances enregistrées en matière de croissance, d’inflation, de déficit budgétaire et d’endettement, elle souligne également que préserver la soutenabilité des finances publiques nécessitera des réformes structurelles et une gestion plus rigoureuse des dépenses.
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Des dépenses incompressibles qui réduisent les marges de manœuvre
Le rapport met d’abord en avant les progrès réalisés par l’économie marocaine. Selon BAM, le pays a consolidé sa position macroéconomique grâce à une accélération de la croissance, une baisse de l’inflation, une réduction du déficit budgétaire, un recul de la dette du Trésor et un renforcement des réserves de change. Ces évolutions témoignent d’une amélioration de la résilience économique après plusieurs années marquées par les conséquences de la pandémie, des tensions inflationnistes mondiales et de la succession de chocs externes.
Cependant, cette amélioration ne masque pas les défis qui se profilent. BAM attire particulièrement l’attention sur la montée rapide des dépenses dites « non discrétionnaires », c’est-à-dire des dépenses que l’État ne peut réduire facilement à court terme. Parmi celles-ci figurent les aides sociales directes, le déploiement progressif de la généralisation de la protection sociale ainsi que l’augmentation de la masse salariale de la fonction publique.
Selon BAM, ces engagements représentent désormais une part croissante des dépenses publiques et limitent les marges de manœuvre budgétaires. Leur progression contribue à accroître les tensions sur l’équilibre des finances de l’État, alors même que d’autres besoins d’investissement demeurent importants, notamment dans les infrastructures, l’éducation, la santé ou encore la transition climatique.
Le rapport souligne également que le retard pris dans la réforme des retraites constitue une source supplémentaire de vulnérabilité. BAM avertit que l’équilibre financier de certains régimes de retraite est désormais menacé, ce qui pourrait, à terme, entraîner des besoins de financement supplémentaires pour les finances publiques si aucune réforme n’est engagée.
Au-delà des dépenses sociales, BAM insiste sur le poids grandissant des événements imprévus dans la gestion budgétaire. Depuis 2022, le Maroc a été contraint d’adopter à plusieurs reprises des crédits budgétaires additionnels afin de répondre à des chocs économiques ou climatiques. Cette succession de circonstances exceptionnelles, qu’il s’agisse des épisodes de sécheresse, des catastrophes naturelles ou d’autres aléas économiques, rend la trajectoire budgétaire plus difficile à anticiper.
Pour BAM, cette multiplication des dépenses exceptionnelles illustre l’augmentation de l’incertitude pesant sur les finances publiques. Dans ce contexte, la planification budgétaire devient plus complexe et exige des mécanismes capables d’absorber plus efficacement les chocs futurs.
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L’efficacité des dépenses mise en question
Sur le plan des recettes, le rapport met en garde contre une possible diminution des leviers de financement dont dispose actuellement l’État. Depuis 2019, le Maroc a mobilisé près de 150 milliards de dirhams grâce à des mécanismes de financement qualifiés d’innovants. Toutefois, BAM souligne que ces ressources devraient progressivement disparaître à partir de 2028, privant les finances publiques d’un soutien important.
Parallèlement, BAM estime que la dynamique favorable des recettes fiscales pourrait ralentir si la conjoncture économique venait à se dégrader. Une croissance moins soutenue ou un environnement économique international moins favorable pourraient en effet peser sur les rentrées fiscales, accentuant davantage les contraintes budgétaires.
Le rapport s’intéresse également à l’efficacité de certaines dépenses publiques. BAM relève qu’environ 18 milliards de dirhams ont été consacrés en 2025 au système de compensation, tout en estimant que ce dispositif bénéficie davantage aux ménages les plus aisés qu’aux populations les plus vulnérables auxquelles il est destiné, relançant le débat sur le ciblage des aides publiques et l’efficacité des mécanismes de redistribution.
BAM pointe également le coût élevé des dépenses fiscales. Les exonérations et avantages fiscaux devraient représenter plus de 32 milliards de dirhams cette année. Or, selon le rapport, certaines de ces mesures sont maintenues sans faire l’objet d’une évaluation rigoureuse ni d’un suivi permettant d’en mesurer l’impact réel sur l’économie ou sur les objectifs de politique publique.
Face à ces différents défis, Bank Al-Maghrib formule plusieurs recommandations destinées à préserver la soutenabilité des finances publiques. Elle préconise notamment la mise en place de revues régulières des dépenses publiques afin d’identifier des marges d’économie et d’améliorer l’efficience de l’action publique. Ces exercices permettraient de réallouer les ressources vers les programmes les plus performants tout en maîtrisant la progression des dépenses obligatoires.
L’institution appelle également à accélérer la réforme de la loi de finances et à instaurer une règle budgétaire crédible définissant précisément les conditions dans lesquelles des dérogations pourraient être accordées. Une telle règle contribuerait, selon BAM, à renforcer la discipline budgétaire et à assurer une meilleure visibilité des finances publiques à moyen terme.
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