Tourisme : pourquoi chaque MRE rapporte-t-il moins au Maroc ?
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Le Maroc confirme son attractivité touristique avec des niveaux de fréquentation inédits, dépassant dès 2025 les objectifs qu’il s’était fixés pour 2026. Si cette dynamique se traduit par une hausse importante des recettes en devises, les performances du Royaume demeurent plus contrastées lorsqu’elles sont rapportées au nombre de visiteurs, avec une dépense moyenne en-deçà de la concurrence, particulièrement pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE).
Les données de Bank Al Maghrib mettent en effet en évidence un paradoxe, le pays accueille davantage de voyageurs que jamais, mais chaque arrivée génère des recettes moyennes inférieures à celles observées chez plusieurs destinations concurrentes. Cette situation s’explique en grande partie par le poids des MRE, dont les habitudes de séjour diffèrent sensiblement de celles des touristes internationaux.
En 2025, le Maroc a accueilli 19,8 millions de visiteurs, contre 17,4 millions en 2024, soit une progression de 13,7%. Cette performance lui permet de dépasser avec une année d’avance l’objectif de 17,5 millions de visiteurs inscrit dans sa feuille de route touristique pour 2026.
La progression de la fréquentation s’est accompagnée d’une augmentation des recettes de voyages. Celles-ci ont atteint 138,6 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 21,1% sur un an, confirmant le rôle stratégique du tourisme comme pourvoyeur de devises et moteur de croissance.
Toutefois, l’analyse des performances ne se limite pas aux volumes. Dans son rapport annuel 2025, Bank Al Maghrib, en s’appuyant sur les statistiques de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), souligne que chaque visiteur dépense en moyenne 747 dollars au Maroc. Ce niveau reste sensiblement inférieur à celui observé dans plusieurs destinations méditerranéennes concurrentes : 1.176 dollars en Espagne, 968 dollars en Turquie et 947 dollars en Égypte. L’écart avec l’Espagne atteint ainsi 429 dollars par visiteur.
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Le poids des MRE dans les statistiques
Cette différence s’explique en grande partie par une caractéristique propre au modèle touristique marocain, à savoir que près de la moitié des personnes enregistrées comme visiteurs aux frontières sont des MRE.
Contrairement aux touristes étrangers, les MRE séjournent fréquemment dans leur résidence personnelle ou chez des membres de leur famille. Ils recourent donc beaucoup moins aux établissements d’hébergement touristique classés, qui constituent habituellement l’un des principaux postes de dépenses d’un séjour.
Cette réalité ne signifie pas pour autant que les MRE contribuent peu à l’économie nationale. Au contraire, ils consomment dans les commerces, fréquentent les restaurants, utilisent les transports, sollicitent divers services et effectuent souvent des achats importants lors de leurs vacances. Une partie significative de leurs dépenses échappe cependant aux circuits traditionnels du tourisme, notamment à l’hébergement, ce qui réduit mécaniquement la dépense moyenne par visiteur calculée selon les standards internationaux.
Cette spécificité influence également d’autres indicateurs de performance. La durée moyenne de séjour calculée à partir des nuitées enregistrées dans les établissements classés atteint seulement 1,6 nuit au Maroc. À titre de comparaison, elle s’élève à 2,3 nuits en Italie et à 3,3 nuits en Espagne.
Bank Al Maghrib rappelle que cet indicateur est obtenu en rapportant le nombre de nuitées enregistrées dans les hôtels classés au nombre total d’arrivées aux frontières. La forte présence de MRE, hébergés hors du parc hôtelier, contribue donc à faire baisser artificiellement cette moyenne, sans refléter nécessairement leur durée réelle de séjour au Maroc.
Une dépendance persistante aux marchés européens
Le rapport met également en lumière la structure géographique de la demande touristique marocaine. Le Maroc reste fortement dépendant des marchés européens, en particulier de la France et de l’Espagne, qui figurent parmi ses principaux bassins émetteurs.
Cette proximité géographique favorise des déplacements fréquents, notamment lors des courts séjours et des week-ends prolongés. En contrepartie, ces visiteurs passent généralement moins de temps au Maroc que les voyageurs en provenance de marchés plus éloignés.
À l’inverse, les touristes originaires des États-Unis, du Canada ou encore de la Chine effectuent des voyages plus longs en raison de la distance parcourue. Ils sont ainsi susceptibles de consacrer un budget plus élevé à leur séjour, tant pour l’hébergement que pour les activités, les transports et la restauration.
Pour les autorités, la diversification des marchés émetteurs constitue donc un levier important afin d’améliorer la dépense moyenne par visiteur et de renforcer la résilience du secteur face aux fluctuations économiques touchant l’Europe.
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Le défi de la montée en valeur
Au-delà de la structure des arrivées, Bank Al Maghrib souligne que le modèle touristique marocain demeure largement orienté vers les séjours urbains, culturels et patrimoniaux. Malgré un littoral de près de 3.500 kilomètres, l’offre balnéaire à vocation internationale reste essentiellement concentrée autour d’Agadir.
Cette configuration limite le développement de séjours de longue durée comparables à ceux observés dans certaines destinations méditerranéennes spécialisées dans le tourisme balnéaire.
Dans ce contexte, l’enjeu pour le Maroc dépasse désormais la seule augmentation du nombre de visiteurs. Après avoir franchi le cap symbolique des près de 20 millions d’arrivées, le défi consiste à accroître la valeur générée par chaque séjour.
L’amélioration de l’offre touristique, le développement de nouvelles destinations balnéaires, la diversification des clientèles internationales et l’allongement de la durée des séjours apparaissent comme autant de leviers susceptibles d’augmenter les recettes du secteur, sans reposer uniquement sur la croissance des flux. Les performances record enregistrées en matière de fréquentation constituent ainsi une base solide, mais la prochaine étape du développement touristique marocain se jouera davantage sur la qualité des séjours et le niveau des dépenses que sur le seul volume des arrivées.
La DEPF souligne une reprise solide de l'économie marocaine, portée par l'agriculture, le tourisme et l'investissement, malgré un contexte mondial incertain.
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