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Hafid El Jaï Publié le 06/07/26 à 12:10
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Avant les urnes

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Le suspense électoral au Maroc a toujours quelque chose de particulier. On vote dans les urnes mais les arrière-salles bouillonnent pour faire émerger le profil du prochain chef du gouvernement. L’article 47 de la Constitution est clair : « Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats » . Simple sur le papier. Dans la réalité marocaine, c’est nettement plus tortueux.

Le nom qui circule avec insistance, c’est celui du ministre délégué au Budget, patron du football. La rumeur est tenace dans les salons de Rabat. Elle en dit long sur l’état d’une scène politique où la succession se joue autant dans les coulisses que dans les urnes. Encensé la semaine dernière par les députés, toutes tendances politiques confondues, par rapport aux résultats de l’équipe nationale en Coupe du monde, le concerné n’est toujours pas encarté, préalable à toute future nomination à la chefferie du gouvernement.

Ces rumeurs et tant d’autres ont poussé l’USFP à taper du poing sur la table. Réuni le 29 juin, le bureau politique du parti de la rose a dénoncé les « arrangements » qui fleurissent déjà, ces discussions en coulisses qui désignent à l’avance le futur chef de l’exécutif. Selon eux, cela bafoue la Constitution, qui réserve ce choix au Roi après les résultats. Le parti s’indigne des rumeurs, des transhumances de députés et de ce climat qui « préempte la volonté populaire ». C’est beau sur le principe… sauf que l’USFP elle-même figure dans les pronostics. Son 1er secrétaire qui a été réélu pour un 4e mandat l’année dernière a toujours aspiré à faire partie de l’exécutif. Sans faire de prospective, si la formation socialiste arrive en tête des élections, difficile de voir son numéro 1 nommé pour conduire les affaires publiques.

Du côté du RNI, la reconduction du chef du gouvernement sortant n’est pas à écarter. Le fait d’avoir quitté la présidence de son parti ne veut pas dire grand-chose. Le chef du gouvernement devant constitutionnellement émaner des rangs de la formation victorieuse lors du scrutin législatif – sans que l’exercice de sa direction ne soit requis – sa reconduction par le chef de l’Etat demeure, sur le plan formel, suspendue à un succès du RNI lors des prochaines échéances de septembre. Pour autant, les observateurs s’accordent à juger une telle perspective fort improbable. Cinq années au gouvernement, la libéralisation des prix des carburants, la colère sociale et des records d’impopularité laissent des traces. C’est là qu’arrive, presque comme par miracle, son successeur à la tête du parti de la colombe. Le nouveau président incarne la continuité sans porter le poids des erreurs passées. Une astuce classique, mais efficace : changer de visage sans changer de ligne.

Toujours dans le camp de la majorité sortante, il y a la patronne du PAM (même si le parti du tracteur se plaît à dire que la direction est collégiale). Seule femme de cette liste, seule grande mairesse en lice. Sa simple présence briserait 70 ans d’un club exclusivement masculin à la tête de l’exécutif. Cependant, elle devra redoubler d’efforts pour effacer l’image écornée à cause de l’affaire du terrain de Tassoultante que le parti a qualifié d’attaque injustifiée et de « guerre médiatique ».

A l’Istiqlal, le SG et actuel ministre de l’Equipement cultive patiemment son image d’homme d’État sérieux et posé. Il est passé par le ministère des Finances et a dirigé le CESE. Il a l’étoffe du chef, encore faut-il que les électeurs fassent confiance au parti de la balance qui a fait beaucoup de compromissions lors de la mandature qui s’achève.

Et puis il y a le patron du MP. Son nom surprend vu son historique. On se souvient tous de 2014 : le Mondial des clubs, cette pelouse détrempée à Rabat, les seaux et les raclettes « FIFA » sous la pluie, et la demi-finale délocalisée en catastrophe à Marrakech. Une image qui a fait le tour du monde. Le Souverain avait suspendu son département et lui avait interdit la finale. L’intéressé avait déclaré « assumer sa responsabilité ». 12 ans plus tard, les militants du parti le verraient quand même bien au Mechouar, au siège de la chefferie du gouvernement. Leur SG est, à leurs yeux, l’un des chefs de partis les plus en vue, il est polyglotte, plus mature politiquement parlant, un bon communicant… Mais il faudrait déjà que le parti de l’épi soit capable de convaincre les électeurs de sa capacité à engager le pays dans une nouvelle dynamique.

Le PPS avance quant à lui masqué. Son SG a déclaré qu’il mettra fin à son mandat juste après les élections. Après son limogeage en 2017 sur fond de fiasco du programme Al Hoceïma Manarat Al Moutawassit, quels que soient les résultats du scrutin, il faudra sortir une figure de second plan du bureau politique pour porter les couleurs d’un parti habitué à gouverner sans jamais diriger.

Enfin. le PJD, lui, cherche sa rédemption et veut à tout prix rafler la majorité des sièges de la chambre basse du Parlement. S’il arrive premier, son SG et ancien chef du gouvernement n’est plus une option. Âge avancé, trop rugueux… L’ancien ministre au Budget et ex-maire de Fès, avec son profil de technocrate discret et sérieux, apparaît comme un choix plus rassurant.

Huit noms, aucune certitude. Rendez-vous le 23 septembre et surtout les jours qui suivent le 23.

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