L’arrêté signé par le chef du gouvernement a été publié au Bulletin officiel le 20 mai. L’offensive contre les « chennaqas » (intermédiaires) est lancée. Le Conseil de la concurrence a pour sa part rendu son avis le 22. Feu vert pour un plafonnement provisoire des prix des moutons. Il va sans dire que la mécanique institutionnelle a bien tourné, proprement, dans les formes mais trop tard. Aïd Al Adha, c’est dans deux jours…
Les familles ont déjà fait leurs comptes. Beaucoup ont renoncé. D’autres ont payé des prix que nulle autorité n’avait anticipés, ou feignait de ne pas voir venir. Les « chennaqas » ont prospéré en toute tranquillité pendant des semaines, sous les yeux d’un ministère de l’Agriculture qui continuait de répéter, chiffres à l’appui, que l’offre dépassait la demande. Elle la dépassait certes. Les prix, eux, montaient quand même. Pas de mouton à moins de 5.000 DH.
L’arrêté du chef du gouvernement interdit désormais l’achat de moutons en vue de les revendre dans les marchés autorisés. Il interdit la création de pénuries artificielles, la diffusion de fausses informations, le stockage hors circuits. Les contrevenants s’exposent à des amendes, voire à des peines d’emprisonnement. Bien. C’est la loi. Elle existait avant cet arrêté, d’ailleurs. En partie, du moins. Mais le citoyen, lui, a déjà été massacré à la caisse.
Quant au plafonnement, ça reste un vœu pieux. Comment appliquer un prix plafond sur des béliers ? Une question à laquelle une réponse sera donnée peut-être après la fête. Mais une autre question se pose avec acuité : pourquoi pas un plafonnement conjoncturel automatique sur n’importe quel produit et pas seulement pour les moutons de l’Aïd ? Pour les carburants par exemple quand les prix dépassent les 15 DH le litre…
Le Conseil de la concurrence vient d’autoriser un plafonnement temporaire des prix du mouton au kilogramme, au motif que le marché se trouve dans une « situation manifestement anormale ». La formule juridique est précise. Elle suppose une distorsion avérée, une spéculation documentée, une atteinte au pouvoir d’achat suffisamment visible pour justifier une intervention publique. La condition, dit-on, est remplie.
Quelqu’un peut expliquer en quoi elle ne le serait pas pour les carburants ? Depuis la levée totale de la compensation en 2015, les prix à la pompe suivent les cours internationaux à la hausse avec une régularité exemplaire. À la baisse, un peu moins. Les marges des distributeurs ont été épinglées. Le Conseil de la concurrence lui-même a documenté les dysfonctionnements du secteur. Des rapports existent. Des engagements aussi, pris et non tenus.
L’État, quand il le décide, intervient. Il plafonne. Il encadre. Il mobilise l’appareil réglementaire en quelques jours. La séquence mouton-Aïd 2026 en est la démonstration. Du Bulletin officiel à l’avis du Conseil de la concurrence, il aura fallu moins d’une semaine. Dix jours pour les moutons. 11 ans pour les carburants. Ce n’est pas une question de doctrine libérale. Ce n’est pas une question de faisabilité technique. C’est une question de volonté politique, et d’arithmétique électorale.
Le mouton de l’Aïd est chargé de symboles que le gouvernement ne peut pas se permettre d’ignorer. Le litre du gasoil apparemment non. L’État peut beaucoup quand il veut. La doctrine de la liberté des prix peut facilement être mise de côté. C’est ça, le vrai enseignement de cette séquence.
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