Le Maroc peut-il dominer le marché mondial de l’argane ?
Photo prise lors de la 6e édition de la Journée international de l’arganier à Essaouira © Ayoub Jouadi / LeBrief
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Longtemps ancrée dans des pratiques artisanales et locales, la filière de l’argane connaît aujourd’hui une transformation profonde. Tirée par l’essor des marchés internationaux, notamment dans les secteurs cosmétique et agroalimentaire, elle s’inscrit désormais dans une logique industrielle et structurée.
Au Maroc, cette mutation est accompagnée par des politiques publiques volontaristes, qui visent à renforcer la compétitivité de la filière tout en préservant ses équilibres sociaux et environnementaux. À l’horizon 2030, l’arganier n’est plus seulement un symbole : il devient un véritable moteur de croissance.
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Une filière qui change d’échelle
Les chiffres traduisent cette montée en puissance. La production d’huile d’argane, soutenue par les stratégies agricoles successives, devrait atteindre 10.000 tonnes à l’horizon 2030. En parallèle, les exportations poursuivent leur progression, portées par une demande soutenue sur les marchés internationaux.
En 2023, les ventes à l’étranger ont atteint près de 965 tonnes, générant un chiffre d’affaires de 378 millions de dirhams. Une dynamique qui confirme l’attractivité de ce produit, désormais positionné sur des segments à forte valeur ajoutée.
Cette croissance s’appuie sur une structuration progressive de la filière, à travers notamment la mise en place de contrats-programmes et le renforcement du rôle des interprofessions. L’objectif est d’organiser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation.
La structuration, clé de la compétitivité
Au cœur de cette transformation, la question de la gouvernance occupe une place centrale. La Fédération interprofessionnelle de la filière de l’argane (FIFARGANE) joue un rôle pivot, en assurant la coordination entre les différents acteurs : producteurs, coopératives, transformateurs et exportateurs.
Cette organisation vise à réduire les déséquilibres, notamment entre l’amont (souvent fragmenté et informel) et l’aval, plus structuré et tourné vers les marchés internationaux. L’enjeu est d’assurer une meilleure répartition de la valeur ajoutée, tout en garantissant la qualité et la traçabilité des produits.
Par ailleurs, la modernisation des circuits de commercialisation, notamment à travers le digital, constitue un axe stratégique. À terme, 30% des ventes devraient transiter par des plateformes en ligne, ouvrant de nouvelles perspectives d’accès aux marchés.
Les coopératives, cœur battant de l’économie de l’argane
Malgré cette montée en puissance industrielle, la filière conserve une forte dimension sociale. Les coopératives, en particulier féminines, occupent une place centrale dans le processus de production. Elles assurent une part significative de l’extraction de l’huile et contribuent à la valorisation du savoir-faire traditionnel.
Au-delà de leur rôle économique, ces structures participent à l’autonomisation des femmes rurales et à l’amélioration des conditions de vie dans les zones concernées. Elles constituent ainsi un levier essentiel de développement local, en favorisant la création d’emplois et la stabilisation des populations.
Les programmes publics accompagnent cette dynamique, en soutenant la mise à niveau des coopératives, l’accès aux certifications sanitaires et la montée en gamme des produits.
Des investissements massifs pour structurer la croissance
Le développement de la filière s’appuie sur des investissements conséquents. Le nouveau contrat-programme 2021-2030 mobilise une enveloppe de 3,7 milliards de dirhams, destinée à renforcer l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur.
Parallèlement, des projets structurants comme le programme DARED contribuent à moderniser la production, à travers l’extension de l’arganiculture et l’amélioration des pratiques agricoles. Ces investissements visent à sécuriser l’approvisionnement en matière première, tout en renforçant la résilience des territoires face aux aléas climatiques.
L’enjeu est également de capter davantage de valeur ajoutée au niveau national, en développant le conditionnement local et en limitant les exportations de produits bruts.
Opportunités et défis
Si les perspectives sont prometteuses, la filière fait face à plusieurs défis. La concurrence internationale, la volatilité des prix et les exigences croissantes en matière de qualité et de traçabilité imposent une adaptation permanente.
Par ailleurs, la structuration de l’amont reste un chantier très important. La fragmentation des acteurs et la persistance de circuits informels limitent encore l’efficacité globale de la filière.
Enfin, la question de la durabilité demeure centrale. La croissance économique ne pourra être soutenable qu’à condition de préserver les ressources naturelles et de maintenir l’équilibre entre production et conservation.
À la croisée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, la filière argane s’impose comme un modèle de développement intégré. Elle démontre la capacité d’un secteur traditionnel à se réinventer, en s’adaptant aux exigences d’un marché globalisé.
À l’horizon 2030, son ambition est de devenir une filière structurée, compétitive et durable, capable de générer de la valeur tout en renforçant la résilience des territoires.
Dans cette trajectoire, l’arganier confirme son statut d’arbre stratégique. Non plus seulement pour ce qu’il représente, mais pour ce qu’il produit et ce qu’il permet de construire.
Le ministre de l’Agriculture préside la Journée de l’arganier à Essaouira
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