Œufs en repli, poulet sous tension modérée : le panier des ménages pourra-t-il enfin respirer ?

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Quelles sont les raisons de la flambée des prix des œufs ?Des œufs © DR

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À l’approche de Aïd Al-Adha, le marché marocain des protéines animales évolue dans des directions opposées. Les œufs enregistrent une nette baisse, avec des prix passés sous le dirham l’unité, sous l’effet d’une offre excédentaire et d’une production en hausse. Le poulet, lui, reste plus stable malgré une demande soutenue et des tensions saisonnières. Cette évolution intervient alors que les viandes rouges demeurent chères, poussant de nombreux ménages vers des alternatives plus accessibles. Pour les professionnels, la détente sur les œufs reflète surtout l’équilibre fragile entre production, consommation et pouvoir d’achat dans un contexte de marché très sensible.

À quelques semaines de Aïd Al-Adha, le marché marocain des protéines animales donne des signaux contrastés, mais globalement plus favorables au consommateur sur certains segments.

Les œufs, en particulier, ont nettement reculé, jusqu’à passer sous le seuil symbolique d’un dirham l’unité, dans un contexte de production abondante qui pousse les opérateurs à écouler rapidement des volumes importants.

Cette détente intervient alors que les viandes rouges restent à des niveaux élevés, ce qui maintient la pression sur le budget des ménages et renforce l’intérêt des produits de substitution comme l’œuf et, dans une moindre mesure, la volaille.

Des œufs en surproduction

Pour Khalid Zaim, président de l’Association des producteurs d’œufs au Maroc (ANPO), la baisse observée sur le marché répond avant tout à une logique d’offre. « La production actuelle dépasse largement la demande », explique-t-il à LeBrief, dans un secteur où l’œuf, produit périssable, ne peut être stocké longtemps.

Selon les chiffres avancés par la filière, le Maroc a produit 7 milliards d’œufs en 2025, soit près de 25 millions d’unités par jour, et la consommation par habitant a atteint 191 œufs par an, contre 171 en 2024. La production devrait encore progresser de 10% en 2026, selon Zaim, ce qui confirme l’orientation haussière de l’offre.

Cette abondance se traduit désormais sur les étals par des prix jugés particulièrement attractifs. Les œufs se négocient à moins d’un dirham l’unité, un niveau qui n’a rien d’anecdotique dans un pays où ce produit constitue l’une des sources de protéines les plus accessibles.

Khalid Zaim souligne que ce tarif est rendu possible par les efforts conjoints des producteurs et des autres maillons de la chaîne, dans un marché où la demande n’a pas fléchi de manière marquée, mais où l’offre s’est clairement renforcée.

Dans ce type de configuration, la baisse des prix n’est pas le signe d’une faiblesse structurelle du secteur, mais plutôt d’un déséquilibre temporaire entre volumes disponibles et capacités d’absorption du marché.

Lire aussi : Viandes rouges : les raisons de la flambée avant Aïd Al-Adha

Le poulet résiste à la baisse

Le secteur avicole marocain pèse d’ailleurs lourd dans l’approvisionnement national. Les données publiées ces derniers mois montrent que le Maroc s’est hissé au rang de troisième producteur de viande de volaille en Afrique, avec environ 653.000 tonnes produites en 2024.

Par ailleurs, les professionnels de l’œuf rappellent que la filière reste un pilier de la sécurité alimentaire, grâce à un niveau de production annuel de plusieurs milliards d’unités. Cette puissance productive explique aussi pourquoi les variations de prix peuvent être rapides. Lorsqu’un marché abrite une offre importante et des produits à écouler dans des délais courts, la moindre tension commerciale se répercute immédiatement sur les prix de sortie ferme puis sur le détail.

La situation du poulet est plus nuancée. À la différence des œufs, le marché de la volaille n’a pas connu une détente aussi nette ces derniers jours. Le prix de détail est situé autour de 17 à 19 dirhams le kilo, parfois davantage selon les villes, les circuits et la qualité.

D’autres relevés antérieurs avaient déjà montré un retour vers des niveaux plus sages qu’en période de tension aiguë, avec un poulet vivant autour de 13 dirhams le kilo à la ferme et un prix de détail évoluant fréquemment entre 17 et 20 dirhams. Autrement dit, la volaille reste plus accessible que les viandes rouges, mais elle ne bénéficie pas, à ce stade, d’une baisse aussi franche que celle enregistrée sur l’œuf.

Lire aussi : Aïd 1447 : le mouton va-t-il nous faire saigner ?

L’effet Aïd sur les prix

Cette différence de trajectoire s’explique par la saisonnalité du marché. À l’approche de Aïd Al-Adha, les achats des ménages se réorientent souvent vers des produits capables d’offrir une solution protéique moins coûteuse que l’agneau ou le bœuf, dont les prix restent élevés.

Dans les marchés de gros de Casablanca, la viande ovine a encore été observée autour de 120 à 125 dirhams le kilo, tandis que le détail atteint parfois 160 dirhams et plus pour certaines pièces, avec des pointes encore supérieures selon les circuits.

Cette hiérarchie des prix entretient mécaniquement la demande pour les produits avicoles, mais elle peut aussi provoquer des mouvements spéculatifs sur le poulet lorsque les consommateurs cherchent un report massif vers cette catégorie.

Le contraste entre les œufs et le poulet tient aussi aux structures de marché. L’œuf se vend comme un produit de consommation courante, à rotation rapide, alors que le poulet dépend davantage d’un équilibre entre coût de l’aliment, prix du poussin, transport, intermédiaires et débouchés de détail.

Lorsque la demande se tend à l’approche d’une période de forte consommation, le secteur peut absorber une partie du choc, mais pas toujours au même rythme selon les segments. En ce sens, la baisse des œufs relève d’une mécanique d’ajustement plus directe, tandis que le poulet reste soumis à une pression plus diffuse, davantage liée aux coûts et aux anticipations qu’à une seule variable de production.

Lire aussi : Les Marocains dépensent-ils vraiment plus pendant le Ramadan ?

Pour le consommateur, la lecture est cependant assez simple : le panier se détend sur les œufs et demeure relativement contenu sur le poulet, même si ce dernier ne connaît pas une chute spectaculaire.

Cette évolution offre un répit partiel aux ménages, notamment à l’approche d’une période traditionnellement lourde pour les dépenses alimentaires. La baisse des œufs à moins d’un dirham constitue un signal fort, à la fois pour le pouvoir d’achat et pour l’ampleur de l’offre disponible sur le marché national. Quant au poulet, il conserve son rôle de protéine de recours, sans donner pour l’instant de signe d’envolée comparable à celle observée sur les viandes rouges.

Cette séquence confirme une réalité déjà observée dans plusieurs filières alimentaires ; quand l’offre s’élargit plus vite que la demande, les prix corrigent rapidement à la baisse, surtout pour les produits fragiles et à rotation courte. C’est précisément ce que souligne Khalid Zaim pour l’œuf, qu’il présente comme un produit désormais vendu à un niveau jugé très compétitif.

Reste à savoir si cette détente pourra durer jusqu’à l’après-Aïd, période pendant laquelle les comportements d’achat, les flux logistiques et la pression sur certains marchés pourraient encore modifier l’équilibre actuel. Pour l’heure, les ménages disposent au moins d’un signal positif, à savoir que l’un des produits les plus consommés du quotidien est redevenu abordable, et la volaille, sans se replier franchement, reste à un niveau plus supportable que les viandes rouges.

En Égypte, certains acteurs du secteur avicole avaient attribué une partie du recul de la demande en œufs à la popularité du régime « Tayibat », popularisé par le médecin égyptien Diaa Al-Awadi. Très relayé sur les réseaux sociaux arabophones, ce régime prône une alimentation dite « naturelle » et exclut notamment les œufs et le poulet, accusés d’être néfastes pour la santé. Suite à la mort d’Al-Awadi le 20 avril dernier, ses théories ont gagné en popularité.

Le phénomène avait pris une ampleur telle qu’il avait suscité un large débat médiatique en Égypte, certains commerçants et producteurs évoquant un impact direct sur les habitudes de consommation. Toutefois, les données disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude un lien économique mesurable entre cette tendance et l’évolution nationale des ventes d’œufs.

Au Maroc, certains observateurs évoquent aujourd’hui un effet comparable, estimant qu’une partie des consommateurs réduisent leur consommation d’œufs sous l’influence des contenus nutritionnels viraux d’Al-Awadi. Néanmoins, cette hypothèse relève davantage d’une impression de marché que d’un phénomène documenté.

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