Industrialisation verte : quels sont les blocages du modèle économique ?
Parc éolien. (Image d’illustration) © DR
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Le Maroc affiche depuis plusieurs années une ambition nette : faire de la transition écologique un levier de développement industriel, de création d’emplois et de modernisation de son économie. Mais derrière le vocabulaire de la « durabilité », du « green growth » et de l’économie bas carbone, les résultats demeurent, selon un rapport d’Attac Maroc, largement en deçà des attentes.
Intitulé « Green Industrialisation in Morocco: High Aspirations, Enduring Constraints », ce document met en lumière des obstacles structurels qui, d’après ses auteurs, fragilisent la capacité du pays à bâtir une industrie verte autonome et performante.
Une industrialisation encore inachevée
Le constat central du rapport est sévère. Le Maroc reste un pays faiblement industrialisé, malgré des décennies de politiques publiques présentées comme volontaristes. L’organisation estime que les gains de productivité demeurent limités, que les créations d’emplois industriels restent insuffisantes et que l’économie marocaine continue de buter sur ce que les économistes qualifient souvent de « piège du revenu intermédiaire ».
Autrement dit, le pays a franchi certaines étapes du développement, sans toutefois parvenir à accéder à une base industrielle robuste, diversifiée et capable de soutenir une montée en gamme durable.
Cette faiblesse structurelle serait d’autant plus préoccupante que le Maroc se trouve déjà en première ligne face aux effets du changement climatique. Le rapport rappelle que le pays ne contribue qu’à hauteur de 0,2% aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais qu’il subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique.
Sécheresses récurrentes, incendies, inondations et pression croissante sur les ressources en eau fragilisent une économie encore fortement dépendante de l’agriculture. Pour Attac Maroc, cette vulnérabilité climatique accentue l’urgence d’un changement de modèle. Mais le passage à une industrialisation verte se heurte à des obstacles qui ne sont pas seulement techniques ou financiers, mais aussi politiques et économiques.
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Des investissements publics aux effets limités
Le document souligne d’abord l’écart entre les volumes d’investissement public et les résultats obtenus. Malgré des dépenses importantes, la transformation industrielle promise ne s’est pas concrétisée à la hauteur annoncée.
Le rapport note que certaines institutions officielles elles-mêmes reconnaissent que les montants engagés n’ont pas produit de basculement industriel réel. Les investissements n’auraient pas permis de faire émerger une base productive suffisamment solide pour réduire les dépendances extérieures, ni pour générer une croissance plus inclusive.
Le rôle du secteur privé est également interrogé. Selon le rapport, les incitations mises en place n’ont pas suscité l’élan espéré chez les investisseurs nationaux. Les auteurs parlent d’une faiblesse persistante de l’investissement privé, alors même que les pouvoirs publics ont multiplié les dispositifs censés encourager l’industrialisation, l’innovation et l’intégration des chaînes de valeur.
Des progrès environnementaux à relativiser
Attac Maroc remet aussi en question le bilan du pays en matière d’énergies renouvelables et de réduction des émissions. Le rapport note que le Maroc importe encore environ 90% de son énergie, ce qui limite considérablement sa souveraineté énergétique. Dans ces conditions, l’essor du solaire ou de l’éolien, aussi visible soit-il, ne signifierait pas nécessairement une transition achevée.
Le secteur resterait en grande partie dominé par des acteurs privés, souvent adossés à des logiques de rentabilité et de financement externes, plutôt qu’à une stratégie de maîtrise publique de long terme.
Le rapport va plus loin en suggérant que les baisses d’émissions observées pourraient être liées, au moins en partie, à un ralentissement de l’activité économique plutôt qu’à de véritables gains environnementaux.
Autrement dit, une diminution des émissions ne serait pas forcément le signe d’une mutation profonde du modèle de production, mais parfois le simple reflet d’une croissance moins dynamique. Cette lecture invite à relativiser certains indicateurs souvent mis en avant pour illustrer la réussite du Maroc dans le domaine de la transition écologique.
La dépendance aux financements extérieurs en question
Un autre point de critique concerne la dépendance du Maroc aux financements extérieurs. Le document estime que de nombreux programmes climatiques et de développement sont adossés à des ressources internationales, en particulier sous forme de prêts. Cette situation, selon Attac Maroc, alourdit l’endettement du pays et réduit sa marge de manœuvre politique.
En s’appuyant massivement sur des capitaux extérieurs, le Maroc risquerait de voir ses priorités de développement influencées par des contraintes financières et institutionnelles qui ne coïncident pas toujours avec ses besoins internes.
Le rapport inscrit cette dépendance dans un cadre plus large, celui d’un ordre économique mondial dominé par les grandes puissances et les centres financiers du Nord. Dans cette architecture, soutient-il, les pays comme le Maroc disposent d’une capacité limitée pour construire des industries vertes réellement autonomes. Ils restent insérés dans des rapports de force qui orientent les flux d’investissement, les conditions de financement, les choix technologiques et même les normes environnementales.
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Le rapport porte également un regard critique sur les intérêts internes qui gravitent autour de l’économie marocaine. Il avance que certaines élites économiques profitent des structures actuelles du commerce et de l’importation.
Dans cette configuration, une industrialisation plus poussée pourrait remettre en cause des rentes établies. Les acteurs qui tirent avantage de l’économie d’importation auraient donc peu d’intérêt à soutenir des transformations profondes susceptibles de redistribuer les cartes. Cette lecture suggère que les blocages ne relèvent pas seulement d’un manque de moyens, mais aussi de rapports de force sociaux et économiques.
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