Enquête TALIS 2024 : profil, pratiques et défis des enseignants

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Enquête TALIS 2024 : profil, pratiques et défis des enseignantsUne classe dans une école © DR

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L’enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) 2024, menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), offre un éclairage précieux sur les pratiques éducatives, les conditions de travail des enseignants et les défis auxquels ils sont confrontés. Pour le Maroc, participant pour la première fois à cette enquête, TALIS 2024 représente une opportunité unique de dresser un portrait détaillé du corps enseignant, de ses pratiques pédagogiques et de ses besoins en développement professionnel.

Dans un contexte marqué par des transformations économiques, sociales et culturelles rapides, l’école marocaine est appelée à jouer un rôle déterminant dans le développement du capital humain. Les attentes envers les établissements et leurs enseignants se font plus fortes et diversifiées, particulièrement en ce qui concerne la maîtrise des apprentissages fondamentaux et la garantie d’une équité réelle d’accès à une éducation de qualité.

Profil des enseignants au Maroc

Les inégalités entre les sexes dans le métier de l’enseignant constituent aujourd’hui un enjeu central des politiques éducatives. Au Maroc, les femmes représentent 46% des enseignants du collège, contre une moyenne de 70% dans les pays de l’OCDE. L’écart est encore plus visible lorsqu’on observe la transition entre le primaire, où les femmes constituent 64% du corps enseignant, et le collège, où leur présence chute significativement.

La structure d’âge du corps enseignant marocain présente un profil sensiblement plus jeune que celui observé à l’échelle internationale. L’âge moyen des enseignants s’établit à 39 ans dans le collège, contre environ 45 ans en moyenne dans les pays de l’OCDE. Près d’un enseignant sur quatre a moins de 30 ans, soit plus du double de la proportion observée dans les systèmes éducatifs de l’OCDE. Cette jeunesse relative du corps enseignant n’est toutefois pas uniformément répartie, les disparités territoriales demeurant marquées.

Les enseignants marocains présentent une ancienneté moyenne inférieure à celle observée dans les pays de l’OCDE et dans l’ensemble des pays participants à TALIS, avec 12 ans au collège et 13 ans au primaire. Près de 30% des enseignants du collège et 28% de ceux du primaire ont moins de six ans d’expérience, mettant en évidence un déséquilibre générationnel marqué par la surreprésentation des enseignants débutants et un déficit relatif d’enseignants expérimentés.

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Cette configuration, où prédomine une proportion élevée d’enseignants en début de carrière, influe directement sur les conditions d’enseignement. Les données montrent que les enseignants de moins de 30 ans et ceux comptant moins de cinq ans d’expérience sont significativement plus nombreux à exercer dans des classes où plus de 30% des élèves rencontrent des difficultés scolaires.

Contexte professionnel et pratiques pédagogiques

Les classes marocaines présentent une grande diversité de profils d’élèves en termes de niveau de préparation, d’aptitudes et d’intérêts, ce qui rend indispensable la différenciation et l’adaptation des pratiques pédagogiques. Les enseignants sont confrontés à des écarts marqués de performance scolaire, à la présence d’élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, à des difficultés de compréhension liées à la langue d’enseignement et à des comportements perturbateurs.

La diversité linguistique constitue un défi structurel majeur pour l’école marocaine. Ce contexte se caractérise par la coexistence de plusieurs langues d’enseignement (arabe, amazighe, français), auxquelles s’ajoutent de nombreux dialectes locaux.

Les pénuries d’enseignants constituent une préoccupation croissante pour la stabilité du système éducatif marocain. Les établissements scolaires marocains présentent ainsi d’importantes insuffisances structurelles, touchant à la fois les ressources humaines (enseignants qualifiés, personnel de soutien et compétences spécialisées) et les moyens matériels et numériques indispensables pour garantir un environnement d’apprentissage de qualité.

Les pratiques mises en œuvre par les enseignants en classe jouent un rôle déterminant dans les apprentissages des élèves. Les enseignants marocains déclarent mobiliser fréquemment des pratiques pédagogiques reconnues comme efficaces et expriment un fort sentiment d’auto-efficacité. Cependant, les acquis des élèves demeurent faibles dans les évaluations nationales et internationales.

Les pratiques déclarées par les enseignants marocains témoignent d’une mobilisation importante de pratiques structurantes, orientées vers l’organisation des apprentissages et la régulation du groupe-classe. Les pratiques visant à développer l’autonomie intellectuelle, la réflexion critique et la résolution de problèmes complexes apparaissent moins fréquentes.

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Développement des compétences des enseignants

La formation initiale des enseignants a été identifiée comme un levier fondamental de transformation du système éducatif au Maroc. La majorité des enseignants marocains, qu’ils exercent au primaire ou au collège, demeurent titulaires d’une licence. Cette réalité s’explique par plusieurs facteurs liés au contexte récent du système éducatif, et plus particulièrement par la combinaison de politiques de recrutement et de réformes de la formation initiale.

Les activités d’accueil et de tutorat jouent un rôle clé dans l’intégration des enseignants débutants. Au Maroc, seulement 36% des enseignants récemment recrutés au collège ont participé à un programme d’accueil formel et 30% à un programme informel. Ces chiffres sont inférieurs aux moyennes de l’OCDE, soulignant la nécessité de renforcer ces dispositifs.

La formation continue constitue aujourd’hui un levier essentiel pour garantir la qualité de l’enseignement. Au Maroc, 89% des enseignants du collège et 91% de ceux du primaire ont participé à au moins une activité de développement professionnel continu. Cependant, la diversité, l’intensité et l’ouverture externe de ces activités restent limitées par rapport aux standards internationaux.

Technologie et innovation dans l’enseignement

Les enseignants marocains manifestent une adhésion particulièrement forte aux apports pédagogiques du numérique. Ils sont ainsi 94% à considérer que les outils digitaux stimulent l’intérêt des élèves, 88% à estimer qu’ils favorisent l’autorégulation, 89% à juger qu’ils améliorent les performances scolaires et 81% à penser qu’ils encouragent la collaboration entre pairs.

L’usage de l’intelligence artificielle demeure relativement restreint au sein du corps enseignant marocain. Seuls 26,5% des enseignants de collège et 28% de ceux du primaire déclarent avoir mobilisé l’IA dans leurs pratiques pédagogiques au cours des douze derniers mois. Ces proportions se situent en dessous de la moyenne de l’OCDE.

Satisfaction, bien-être et défis professionnels

Les enseignants marocains présentent un haut degré de confiance dans leur capacité à atteindre les principaux objectifs pédagogiques. La clarté de la présentation est quasi unanimement citée, avec 94% d’enseignants déclarant présenter les contenus de manière compréhensible. Près de 90% affirment consolider les apprentissages après chaque leçon, 86% déclarent fournir une rétroaction formative régulière et 88% maintiennent la discipline et un cadre propice au travail.

Les sources de stress et les défis professionnels des enseignants marocains incluent la charge de travail, la discipline des élèves et l’incertitude. Les enseignants marocains déclarent, en moyenne, un volume hebdomadaire de travail inférieur à celui observé dans de nombreux autres systèmes éducatifs. Pour les enseignants à temps plein du collège, la moyenne atteint 32 heures par semaine, contre 39 heures en moyenne dans les pays participants à TALIS.

L’enquête TALIS 2024 offre un portrait détaillé et nuancé du corps enseignant marocain, mettant en lumière ses forces, ses défis et ses besoins. Les enseignants marocains, bien que confrontés à des conditions souvent difficiles, font preuve d’un engagement remarquable et d’une volonté de s’adapter aux évolutions pédagogiques et technologiques.

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