Défense : la Corée du Sud en lice pour équiper l’armée marocaine

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Défense : la Corée du Sud en lice pour équiper l’armée marocaineUn tank K2 Black Panther © US Air Force

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Le Maroc a lancé une évaluation approfondie portant sur l’acquisition potentielle de blindés K2 « Black Panther » et du système de défense aérienne Cheongung (KM-SAM) fabriqués en Corée du Sud, une opération qui, si elle se concrétise, marquerait l’introduction pour la première fois de matériels sud-coréens au sein des forces armées royales.

Selon des sources industrielles sud-coréennes relayées par le site spécialisé Defence Blog, l’étude envisagerait l’achat de l’ordre de 400 chars K2 et d’unités du système Cheongung sud-coréen, dans le cadre d’une revue plus large de la structure de forces terrestres et aériennes du Maroc.

Cette impulsion a pris, d’après la même source, une forme plus nette au printemps 2025, lors d’une visite officielle à Séoul du ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, qui aurait exprimé l’intérêt de Rabat pour la plate-forme K2. L’initiative s’inscrit selon les observateurs dans un renforcement des échanges bilatéraux entre Rabat et Séoul, échanges qui portent aussi bien sur la coopération industrielle que sur des projets de défense.

Un enjeu stratégique et logistique

À première vue, une commande de cette ampleur répond à plusieurs impératifs. D’une part, elle témoigne d’une volonté de diversification des fournisseurs d’armement au-delà des traditionnels partenaires américains et européens.

D’autre part, elle traduit une réflexion sur la modernisation et « l’architecture » des capacités marocaines : blindage, mobilité, systèmes de conduite de tir et protection aérienne intégrée. Plusieurs sources soulignent que l’arsenal actuel du Maroc est hétérogène, un héritage d’achats successifs depuis des décennies, et que cette diversité alourdit les coûts d’entretien, de formation et de chaîne logistique.

Le K2 Black Panther, développé par Hyundai Rotem, est présenté par ses promoteurs comme un char de 55 tonnes doté d’un canon lisse de 120 mm, d’un système de conduite de tir avancé et d’équipements électroniques modernes favorisant les opérations en réseau. Le modèle a attiré l’attention de plusieurs pays à la recherche d’alternatives aux architectures américaines et européennes ; la Pologne, par exemple, a retenu le K2 dans le cadre d’un projet massif incluant des arrangements de production locale.

Le Cheongung (KM-SAM) est, pour sa part, un système de défense aérienne moyen-portée conçu pour intercepter des appareils et des missiles de croisière. Bien qu’on le compare parfois au système Patriot pour la fonction en raison de sa vocation à défendre des zones stratégiques contre des menaces aériennes, le Cheongung opère sur des portées plus courtes et s’insère, selon Séoul, comme un maillon complémentaire d’une architecture multi-couches. Des exportations de ce système vers la région du Moyen-Orient ont déjà été signalées.

Lire aussi : Armement : le Maroc étudie l’option du chasseur pakistanais JF-17 Thunder

Un projet ambitieux… encore hypothétique

Les informations disponibles à ce stade décrivent un processus d’évaluation et de faisabilité : aucune commande formelle n’a été annoncée par Rabat et aucun calendrier de livraison n’a été rendu public. Plusieurs observateurs locaux et internationaux insistent sur la nécessité de distinguer l’intérêt officiel des promesses de contrat. L’acquisition effective, elle, dépendra d’un ensemble de facteurs (financement, conditions de transfert de technologie, montage industriel, formation, capacité d’intégration au sein des structures existantes).

Sur le plan opérationnel, l’intégration de 400 K2 représenterait un changement structurel majeur pour la composante blindée marocaine. Elle impliquerait, en effet, des ajustements en matière de maintenance, de pièces détachées, de formation des équipages et des personnels techniques, ainsi que des adaptations logistiques (transport, infrastructures de cale, simulateurs, dépôts de munitions).

L’expérience récente de pays ayant acquis des matériels étrangers montre que la question des « offsets » industriels et du transfert de savoir-faire est souvent cruciale pour garantir la soutenabilité d’un tel parc. Dans certains cas, l’industrialisation locale d’éléments de production ou d’entretien est négociée pour réduire la dépendance à l’égard du fournisseur d’origine.

Le Maroc dispose déjà d’une flotte importante de chars et de blindés d’origines diverses. Parmi ses acquisitions récentes figurent des modèles Abrams fournis par les États-Unis : un lot de M1A1 SA (plusieurs centaines) et des versions M1A2 SEPv3 modernisées ont été livrés ou sont en cours de modernisation dans les dernières années.

Ces équipements, performants mais coûteux en entretien et en logistique, ont poussé certains décideurs marocains à s’interroger sur la pertinence d’un parc exclusivement axé sur un seul type de fournisseur. Les évaluations sud-coréennes indiquent que l’appui exclusif aux Abrams « ne couvre plus toutes les exigences opérationnelles actuelles », d’où l’intérêt pour des plateformes supplémentaires et complémentaires.

En matière de défense aérienne, la recherche de systèmes capables de contrer des menaces contemporaines (aéronefs et missiles de croisière, par exemple) s’inscrit dans un mouvement plus large d’investissement dans les capteurs, radars et capacités de défense en couches mené par plusieurs armées régionales. Un système comme le Cheongung, s’il est retenu, viendrait renforcer une capacité moyenne-portée, à condition qu’il soit intégré à des cellules de détection et de commandement adaptées.

Lire aussi : Quand la réputation se joue en défense

Quid du volet diplomatique ?

Au-delà des aspects opérationnels, l’ouverture à la Corée du Sud est aussi une décision aux implications diplomatiques. Ainsi, le Maroc diversifie ses partenariats stratégiques tout en renforçant ses liens industriels et commerciaux. Toutefois, un tel contrat, s’il devait être signé, soulèverait la question du coût total (acquisition, formation, maintenance sur la durée), du calendrier de livraison et des modalités de financement.

Les États importateurs concluent souvent des accords complexes incluant crédits, garanties, transferts technologiques et possibilités de production locale ; autant d’éléments qui pèsent lourd dans la décision finale.

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