Frontières maritimes atlantiques : les enjeux de la reprise du dialogue entre le Maroc et l’Espagne

Nora Jafar

Temps de lecture :

Frontières maritimes atlantiques : les enjeux de la reprise du dialogue entre le Maroc et l’Espagne

A
A
A
A
A

Le débat entre le Maroc et l’Espagne sur la délimitation des eaux de la façade atlantique va bientôt être relancé. La réactivation du groupe de travail maroco-espagnol dédié à ce sujet, après plus de 15 ans de suspension, intervient à la suite du renforcement des relations entre les deux pays. Mais aussi, elle survient en raison d’inquiétudes concernant le débordement de l’exploration pétrolière menée au large du Maroc sur les eaux des îles Canaries.

Les frontières maritimes de la façade atlantique ont longtemps été sujet de discorde entre le Maroc et l’Espagne. Aujourd’hui, et après l’amélioration des relations entre les deux pays, Madrid a confirmé la réactivation du groupe de travailmaroco-espagnol dédié à la délimitation de ces eaux, et ce, plus de 15 ans après sa dernière réunion. Notons que la déclaration conjointe signée lors de la visite du chef de l’exécutif espagnol au Maroc, le 7 avril dernier, avait annoncéla réactivation imminente de ce groupe de travail afin de «réaliser des avancées concrètes».

Intervenant le mardi 26 avril devant le Congrès des députés, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a ainsi assuré qu’une rencontre en ce sens est prévue très prochainement entre les deux parties. Il a d’ailleurs souligné qu’il existe déjà «un dialogue interne à l’administration et avec les Marocains» à ce sujet,rapporte l’agence EFE. De plus, le chef de la diplomatie espagnole a expliqué que l’espace maritime en question est un «espace commun» et non un «espace d’affrontements». «Bien que la délimitation du domaine maritime soit une compétence exclusive du gouvernement, nous ferons de notre mieux pour que les Canaries prennent part à la réunion», a-t-il ajouté.

Il faut préciser que l’objectifdu gouvernement espagnol estde parvenir à des accords sur les eaux qui entourent les îles Canaries.Alors que pour le Maroc, l’objectif est d’assurerl’unité de ses eaux du Nord au Sud.

Lire aussi :Maroc-Espagne : les enjeux de la visite de Pedro Sanchez

Les explorations pétrolières du Maroc inquiètent

Bien que la réactivation du groupe maroco-espagnol de délimitation de l’espace maritime de la façade atlantique soit unautre signe de réchauffement des relations entre Rabat et Madrid,elle intervient aussi sur fond de préoccupations quant auxexplorations pétrolières du Royaume. En effet, le Maroc mène actuellement des opérations d’exploration à 50 km seulement des Canaries. Craignant un débordement sur les eaux de l’archipel espagnol, le président des îles adjacentes aux provinces du Sud a prévenu contre toute «prospection pétrolière» dans ses eaux territoriales.

Pour rappel, les explorations pétrolières du Maroc s’inscrivent dans le cadre d’un accord signé par le pays avec le géant italien de l’énergie ENII et la société qatarie Qatar Petroleum International Upstream, appelé « Tarfaya Offshore Shallow ». En vertu de ce partenariat, les deux sociétés sont habilitées à mener des fouilles au large de Tarfaya.

Lire aussi :Délimitation des frontières maritimes : l’Espagne sous pression

Délimitation par le Maroc de son espace maritime

En raison duchevauchement des zones maritimes du Maroc avec celle de l’Espagne, les deux pays ont décidé en 2000 de mettre en place un groupe de travail afin d’échanger et de trouver les moyens de résoudre ce problème. Une année plus tard, ce groupe fut créé et appelé « Groupe de travail sur la délimitation des espaces maritimes de la façade atlantique ». Ce dernier a tenu sa première et dernière réunion en 2005.

En 2020, en s’appuyant sur le droit international, le Royaume a adopté deux lois établissant sa souveraineté sur l’ensemble de son domaine maritime, dont le large du Sahara. Il s’agit de la loi 37.17 modifiant et complétant le dahir fixant la limite des eaux territoriales, ainsi que la loi 38.17 modifiant la loi 1.81 instituant une zone économique exclusive.

Ces textes de loi ont intégré l’espace maritime faisant face aux côtes des provinces du Sud, qui avait été exclu des textes adoptés avant la Marche verte. Un amendement qui a adapté la loi marocaine à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée par le Maroc en 2007. Dans le détail, ces nouvelles lois définissent les règles de délimitation pour les eaux territoriales, à savoir 12 miles marins au maximum. Elles fixent aussi les modalités de la délimitationdes détroits, de la zone économique exclusive (200 miles marins) etdu plateau continental (entre 200.000 miles et 350.000 miles marins au maximum).

Lire aussi :Délimitation des frontières maritimes : Le Maroc persiste et signe

Enfin, la promulgation de ces lois en 2020 a suscité l’ire du gouvernement ibérique, notamment des responsables desîles Canaries. En réponse, le Royaume a expliqué qu’il s’agit d’un «droit souverain», et sans chercher à imposer le fait accompli, il s’est dit prêt àouvrir ledialogue avec l’Espagne à ce sujet.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Pérou : le roi Mohammed VI adresse ses félicitations à Keiko Fujimori

Le roi Mohammed VI a félicité Keiko Fujimori pour son élection à la présidence du Pérou et réaffirmé sa volonté de renforcer la coopération bilatérale.

Mouna Aghlal - 1 juillet 2026
Laâyoune : première visite du nouvel ambassadeur français

Le nouvel ambassadeur de France au Maroc a choisi Laâyoune pour sa première visite officielle. Un déplacement hautement symbolique, qui confirme l’appui de Paris à la région.

Rédaction LeBrief - 1 juillet 2026
Accès à l’information : le ministère de la Transition énergétique rejoint le PNDAI

Le ministère de la Transition énergétique rejoint le PNDAI via une convention avec la CDAI, renforçant la transparence administrative et l’accès à l’information.

El Mehdi El Azhary - 1 juillet 2026
Trottinettes électriques : le Maroc prépare un cadre plus strict

Les trottinettes électriques seront bientôt soumises à de nouvelles règles de circulation, des normes techniques renforcées et une campagne de sensibilisation.

Ilyasse Rhamir - 1 juillet 2026
Lotissements : la Chambre des conseillers adopte une réforme de la loi

Lotissements, groupes d’habitations et morcellements évoluent avec une nouvelle réforme visant à moderniser l’urbanisme, accélérer les procédures et protéger les citoyens.

Ilyasse Rhamir - 1 juillet 2026
Éthique parlementaire : signature de la version consolidée du Code de déontologie

La Chambre des conseillers signe la version consolidée du Code de déontologie, réaffirmant son engagement en faveur de l'éthique et de la transparence parlementaires.

Mouna Aghlal - 30 juin 2026
Voir plus
Enseignement supérieur : le gouvernement fait le point sur l’avancement de la réforme

Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Conseil de gouvernement : adoption de deux décrets sur la pêche continentale et les OPCVM

Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le CCG salue le soutien du Roi Mohammed VI et réaffirme son appui à la marocanité du Sahara

Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
La médecine à distance, pour qui ? pour quoi ? combien ?

Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?

Sabrina El Faiz - 12 mars 2026
Le roi Mohammed VI salué par le CCG pour son engagement envers la ville sainte

Politique - Le CCG salue l'engagement du roi Mohammed VI lors de la réunion ministérielle conjointe. Un moment fort pour le Maroc et la région.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Khénifra : Nizar Baraka lance plusieurs projets pour renforcer le réseau routier

Politique - Le ministre lance des projets pour renforcer la connectivité à Khénifra et améliorer les infrastructures routières locales.

Mouna Aghlal - 10 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire