Rabat – Damas, réalisme stratégique ?
Rabat, 14 mai 2026. Qui l’aurait parié il y a à peine trois ans ? Regardez bien ces images, le ministre syrien Asaad Hassan Al-Shaibani hisse le drapeau de la République arabe syrienne au sommet de son ambassade. A ses côtés, Nasser Bourita observe la scène avec le calme de celui qui sait qu’il vient de réussir un coup de maître.
14 ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que ces deux nations se reparlent. Souvenez-vous, en 2012, Rabat expulsait l’ambassadeur syrien avec fracas, dénonçant la répression aveugle du régime de Bachar Al-Assad.
Aujourd’hui, cela a bien changé. Assad a chuté en décembre 2024, emportant avec lui une certaine idée de la dictature et du chaos. A Damas, un pouvoir de transition dirigé par Ahmed Al-Charaa tente de ramasser les morceaux d’un pays en ruines. Et devinez qui est le premier à avoir compris que le vent tournait ? Le Maroc, évidemment.
Mais alors, quel est le deal ? Parce que dans ce genre de retrouvailles, on ne s’embrasse pas par pure nostalgie. Il y a une realpolitik d’une efficacité redoutable. Le Royaume ne se contente pas de rouvrir des bureaux de vote ou des guichets consulaires, il est en train de verrouiller sa position de leader régional au Levant. C’est une partie d’échecs grandeur nature.
Le premier gros dossier, c’est évidemment le Sahara. Pour le Maroc, c’est le prisme à travers lequel on regarde le monde. Et là, la victoire est totale. Damas, qui fut pendant 14 ans le bastion idéologique de la pseudo-RASD, un sanctuaire du panarabisme socialiste légué par Hafez Al-Assad, vient de tout liquider. Les bureaux des séparatistes ? Fermés à double tour. Les thèses séparatistes ? Jetées aux oubliettes de l’histoire. La nouvelle Syrie reconnaît la souveraineté marocaine, appuie la résolution 2797 de l’ONU et soutient inconditionnellement l’intégrité territoriale du Royaume. C’est un tacle glissé d’une rare violence pour le voisin algérien, qui voit son dernier relais historique au Levant s’évaporer.
Syrie : soutien à l’intégrité territoriale du Maroc et à la résolution 2797
Mais ne nous y trompons pas, l’intérêt du Maroc n’est pas uniquement symbolique. C’est aussi une affaire de gros sous et de sécurité nationale. Quand Nasser Bourita et son homologue syrien signent une feuille de route créant un conseil d’affaires bilatéral, ce n’est pas pour la galerie. La Syrie est un immense chantier à ciel ouvert. Tout est à reconstruire : les routes, les ponts, les hôpitaux, les réseaux électriques. Et le Maroc compte bien envoyer ses fleurons du BTP, de l’agro-industrie et de la pharma en première ligne. Le Maroc va aider à la reconstruction de ce pays.
Sur le plan sécuritaire, le pari est tout aussi audacieux. Le Levant reste une zone grise, un terreau où les cellules de Daech et les réseaux extrémistes jouent à cache-cache avec les frontières. En rouvrant les canaux avec Damas, Rabat s’offre une paire d’yeux et d’oreilles supplémentaires dans une région explosive.
Le pays pourra ainsi pister les combattants, anticiper les retours de djihadistes vers le Maghreb et, surtout, couper l’herbe sous le pied à l’influence iranienne. En ramenant la Syrie dans le bloc arabe modéré, le Maroc participe à briser l’Axe de la Résistance pro-Téhéran. C’est un repositionnement qui plaît énormément aux partenaires du Golfe, mais qui exige une agilité de funambule face à des Occidentaux encore très frileux à l’idée de traiter avec un pouvoir issu de mouvances autrefois jugées infréquentables.
Mais le Maroc, comme toujours, assume pleinement. Il agit avec cette mémoire diplomatique qui lui permet de ne pas se laisser dicter son agenda par les modes passagères. En parrainant cette transition syrienne, le roi Mohammed VI réaffirme aussi son leadership spirituel et politique, salué par Damas pour son rôle à la tête du Comité Al-Qods.
Bien sûr, tout n’est pas rose, les risques sont là. On parle d’un pouvoir syrien qui manque encore cruellement d’institutions démocratiques, d’une constitution provisoire et d’une justice transitionnelle qui fait grincer des dents les ONG internationales. Il y a aussi ce risque d’image, comment justifier cette normalisation accélérée alors que des millions de réfugiés attendent toujours des garanties de sécurité pour rentrer chez eux ? Rabat marche sur des œufs, mais elle sait marcher.
Le deal de Damas
Le vaisseau amiral de cette nouvelle ère ? Le Conseil d’affaires bilatéral. Comme l’analyse le politologue Driss Aissaoui, nous ne sommes plus dans l’émotion, mais dans une véritable diplomatie d’affaires. Il faut transformer le rapprochement politique en bénéfices sonnants et trébuchants pour le Royaume. Pour la Syrie post-Assad, c’est une bouée de sauvetage, pour le Maroc, c’est une nouvelle opportunité géopolitique.
BTP, Agro, Pharma : le Maroc au chevet d’un pays à rebâtir
La Syrie de 2026, c’est un immense chantier à ciel ouvert qui attend qu’on lui redonne vie. Et qui de mieux que le Maroc, avec son expertise éprouvée en Afrique, pour mener la danse ?
Les infrastructures syriennes ont été littéralement pulvérisées par dix ans de conflit. Les entreprises de construction marocaines visent les grands chantiers de reconstruction, des routes aux ponts, en passant par les complexes résidentiels. C’est un marché colossal où le savoir-faire marocain peut s’imposer face à une concurrence régionale encore hésitante.
Par ailleurs, le deal prévoit déjà de rétablir les cadres d’échanges pour faciliter l’import-export. La coopération s’étend aussi à la technologie et à l’éducation. Rabat propose une mise à jour des accords pour inclure des échanges d’expériences techniques et académiques.
Selon Cherkaoui Roudani, ce rétablissement des liens dépasse la simple administration, c’est une lecture stratégique d’un Moyen-Orient en pleine mutation. Roudani souligne que le Royaume agit avec constance et mémoire diplomatique. « Il faut rappeler qu’au plus fort de la crise syrienne et du chaos provoqué par l’ancien régime, le Maroc avait déjà joué un rôle de plateforme de dialogue en accueillant à Marrakech, aux côtés des États-Unis et de plusieurs partenaires internationaux, une rencontre regroupant les forces vives de l’opposition syrienne. À l’époque déjà, Rabat cherchait moins à s’inscrire dans une logique de confrontation qu’à préserver les conditions d’une solution politique et d’une stabilité future ».
Ce n’est donc pas un virage à 180 degrés, mais l’aboutissement d’un réalisme stratégique qui refuse de laisser des zones de fragmentation devenir permanentes. En bref, le Maroc préfère une Syrie stable et partenaire à un trou noir sécuritaire. C’est ce qui s’appelle une diplomatie d’équilibre, on parle à Damas, mais on ne lâche rien sur nos alliances avec le Golfe ou l’Occident.
Le Sahara : le coup de grâce au bastion syrien
Parlons franchement : le dossier du Sahara est la boussole de toutes les alliances nationales. Et là, le gain est proprement spectaculaire. Pendant quarante ans, Damas a été le sanctuaire, le bastion idéologique des thèses séparatistes au Levant. Sous l’ère du panarabisme socialiste de Hafez Al-Assad, la pseudo RASD avait pignon sur rue en Syrie.
Aujourd’hui, ce monde-là n’existe plus. En exigeant la liquidation de la présence séparatiste comme condition sine qua non à la réouverture de son ambassade, le Maroc a obtenu ce qu’il voulait : un « gain diplomatique hautement stratégique », pour reprendre les mots de Driss Aissaoui. Le rideau est tombé. Les bureaux du Polisario à Damas sont fermés, les dossiers classés. En appuyant sans réserve la résolution 2797 de l’ONU et en reconnaissant la souveraineté marocaine, la nouvelle Syrie d’Ahmed Al-Charaa vient de sceller la rupture d’un alignement historique hostile. C’est, comme le souligne Aissaoui, un isolement de plus pour l’axe Algérie-Polisario, qui perd là l’un de ses derniers appuis structurels dans la région.
Le grand réalignement : briser l’axe de la résistance
Mais regardons un peu plus loin, vers Téhéran. Jusqu’en 2024, la Syrie était le maillon central de ce que l’on appelait l’« Axe de la Résistance », cette ligne de front pro-iranienne qui déstabilisait la région. En parrainant le retour de la Syrie dans le « bloc arabe modéré », le Maroc participe à un basculement géopolitique très stratégique.
Pour Cherkaoui, ce n’est pas un simple acte administratif, mais une « lecture stratégique » d’un Moyen-Orient en pleine recomposition. Le Maroc ne suit pas le mouvement, il l’anticipe. En ramenant Damas dans le giron des États arabes sunnites et modérés, Rabat casse l’influence iranienne au Levant et, par ricochet, limite les velléités d’infiltration de Téhéran au Maghreb.
Rabat n’est pas dans l’alignement rigide, « Le Royaume conserve des relations solides avec ses partenaires du Golfe, ses partenaires occidentaux, ainsi qu’avec plusieurs acteurs africains et méditerranéens, tout en affirmant une autonomie diplomatique maîtrisée. A cet égard, la question syrienne permet aussi au Maroc de réaffirmer son rôle de puissance de médiation crédible dans l’espace arabe », explique Cherkaoui Roudani.
Le facteur Al-Qods
Dans cette partie d’échecs, il y a aussi une dimension que l’on oublie souvent, mais qui pèse lourd dans le monde arabe, à savoir la légitimité religieuse et historique. En pleine reconstruction de son image internationale, la Syrie a eu le nez creux en saluant officiellement les initiatives du roi Mohammed VI à la tête du Comité Al-Qods.
En reconnaissant le rôle du Souverain dans la préservation de la Ville Sainte, Damas valide le leadership spirituel et diplomatique du Maroc. Cela offre à Rabat une autorité morale indiscutable pour bâtir des consensus au sein de la Ligue Arabe. Pour la Syrie, c’est une caution de respectabilité, pour le Maroc, c’est la confirmation que son influence dépasse largement ses frontières géographiques pour toucher au cœur de l’identité arabe.
Le péché originel : un pouvoir au passé encombrant
Le premier bémol, et il est de taille, c’est la nature même du nouveau régime syrien. A Washington comme à Bruxelles, on ne regarde pas le président Ahmed Al-Charaa avec les mêmes yeux qu’à Rabat. Pour beaucoup de chancelleries occidentales, ce nouveau pouvoir est l’émanation directe de groupes autrefois classés comme terroristes, notamment Hayat Tahrir al-Cham (HTC). En devenant le premier parrain de cette transition, le Maroc prend le risque de se voir accuser de valider une « façade pragmatique » qui masquerait un autre agenda.
Comme le souligne avec une prudence de sioux Cherkaoui Roudani, ce repositionnement exige une « grande finesse diplomatique ». Il ne s’agit pas de se précipiter. Le risque de créer des incompréhensions chez des partenaires internationaux encore très frileux est réel. Rabat doit donc faire la preuve que ce dialogue avec Damas ne signifie pas un blanc-seing pour de futures dérives.
Ensuite, il y a la réalité du terrain. On nous vend une Syrie prête pour la reconstruction, mais la vérité est plus nuancée. Le vide sécuritaire laissé par la chute d’Assad et le retrait partiel des forces étrangères est une aubaine pour les cellules dormantes de Daech. Le risque pour Rabat ? Se retrouver lié à un Etat qui pourrait basculer à nouveau dans le chaos à la première étincelle.
Plus grave encore, la question des minorités. Les populations druzes, alaouites et kurdes se sentent aujourd’hui exclues de la nouvelle équation de pouvoir, ce qui alimente le risque d’une nouvelle fracture armée. Si Damas choisit la répression plutôt que le dialogue national, le Maroc pourrait se retrouver dans une position inconfortable, celle de l’allié d’un régime qui reproduit les erreurs du passé.
Et puis, il y a le point qui fait mal. Peut-on décemment parler de « normalisation » alors que des millions de Syriens s’entassent encore dans des camps, craignant pour leur vie s’ils remettaient les pieds au pays ? Driss Aissaoui ne s’y trompe pas lorsqu’il évoque les défis de cette transition. Le Maroc doit veiller à ce que son accompagnement institutionnel ne soit pas perçu comme un simple habillage politique pour masquer une réalité humanitaire toujours dramatique. C’est tout l’enjeu de la commission consulaire mixte, transformer les mots en actes concrets, en régularisant les situations et en facilitant les retours.
Enfin, il y a la question des alliances. Le Maroc a fait de la Syrie son nouveau levier pour isoler l’Algérie, et ça marche. Mais à quel prix ? Coopérer ouvertement avec Damas alors que le nouveau pouvoir mène des offensives contre les Forces démocratiques syriennes (FDS) pourrait sérieusement tendre les relations avec les partenaires occidentaux très attachés à la cause kurde.
Pourtant, c’est là que le génie de la diplomatie marocaine opère. Comme l’explique Cherkaoui Roudani, Rabat ne fonctionne pas dans une logique d’alignement rigide. On discute avec tout le monde, on ne se laisse enfermer dans aucune case. Le Royaume affirme une « autonomie diplomatique maîtrisée », capable de défendre la stabilité sans cautionner les logiques de rupture.
Grosso modo, c’est un pari sur l’avenir, avec une main sur le frein.
– LeBrief : Comment la reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et la Syrie s’inscrit-elle dans le nouveau contexte géopolitique du Moyen-Orient après 2024 ? – Driss Aissaoui : La reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et la Syrie s’inscrit directement dans la recomposition géopolitique majeure du Moyen-Orient consécutive à la chute du régime de Bachar Al-Assad fin 2024 et à l’avènement des nouvelles autorités de transition dirigées par le président Ahmed Al-Charaa. Cette normalisation, marquée par la réouverture de l’ambassade marocaine à Damas en juin 2025 et le rétablissement officiel de l’ambassade syrienne à Rabat le 14 mai 2026, répond à quatre dynamiques stratégiques fondamentales. Le basculement politique en Syrie brise l’ancien « Axe de la Résistance » pro-iranien. Rabat en profite pour ramener la nouvelle Syrie dans le giron des Etats arabes sunnites et modérés. C’est pourquoi l’accompagnement de la transition a fait que le Maroc se positionne comme un parrain de la stabilité régionale. Il apporte ainsi un soutien institutionnel pour intégrer les nouvelles autorités de Damas au sein de la Ligue Arabe. Ce processus signifie en second lieu la consolidation de la souveraineté marocaine sur le Sahara à travers un processus particulier qui signifie l’isolement du séparatisme et cela Conformément aux principes dictés par le ministère des Affaires étrangères marocain, tout réengagement diplomatique est conditionné par la reconnaissance de l’intégrité territoriale du Royaume. C’est aussi un soutien explicite de Damas. Vous pouvez lors de la lecture du communiqué conjoint de mai 2026 comprendre que la Syrie a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara. Elle a appuyé la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU et a acté la fermeture définitive du bureau du Polisario à Damas. Nous sommes également en phase de rééquilibrage des forces face au rival algérien. Cette contre-offensive diplomatique explique que l’ancien régime syrien maintenait des liens étroits avec Alger. Et en s’alliant immédiatement avec la nouvelle gouvernance syrienne, le Maroc prive l’Algérie d’un relais historique au Levant. Ces éléments signifient des gains d’influence : ce pivot diplomatique démontre l’agilité de la stratégie de Rabat au détriment des positions figées de son voisin maghrébin. Nous devons surtout lire autrement le renforcement du partenariat économique et sécuritaire entre Rabat et Damas. L’axe sécuritaire de cette affaire est que la coopération vise à stabiliser le Levant face aux menaces terroristes résiduelles tout en sécurisant la rive méditerranéenne. – LeBrief : En quoi la fermeture du bureau de la pseudo RASD à Damas constitue-t-elle un gain diplomatique stratégique pour Rabat dans le dossier du Sahara marocain ? – Driss Aissaoui : En fait ici nous sommes en présence d’une Rupture d’un alignement historique hostile. En réalité c’est la fin d’un bastion idéologique qui a duré. Vous devez savoir que les ennemis du Maroc ont bénéficié d’une présence forte pendant longtemps à Damas depuis les années 1970/1980, ce bureau incarnait l’alliance historique de la Syrie avec les thèses séparatistes, fondée sur le panarabisme socialiste de l’époque de Hafez al-Assad. Avec cette nous initiative nous assistons à la reconfiguration des alliances : cette décision matérialise la rupture de la Syrie avec l’axe pro-Polisario traditionnel, privilégiant désormais le respect de l’intégrité territoriale du Royaume. Nous nous retrouvons en face de l’Isolement accru de l’axe Algérie-Polisario. C’est aussi un réel affaiblissement des soutiens arabes. La perte de ce relais historique prive le Polisario de l’un de ses rares appuis structurels dans le monde arabe. L’Algérie se retrouve de plus en plus isolée dans son obstination à parrainer le front séparatiste, tandis que le consensus arabe autour de la souveraineté marocaine se renforce. Ce geste de Damas est une traduction concrète de son alignement sur la légitimité internationale défendue par Rabat. – LeBrief : Quels bénéfices diplomatiques et sécuritaires le Maroc peut-il attendre de son rapprochement avec la Syrie, notamment en matière d’influence au Levant et de coordination régionale ? – Driss Aissaoui : Le rapprochement stratégique entre le Maroc et la Syrie, marqué par la réouverture de leurs ambassades, procure au Royaume des gains géopolitiques majeurs et renforce sa sécurité nationale. Consolidation de l’intégrité territoriale : les nouvelles autorités syriennes de transition rejettent officiellement le séparatisme. Lors du communiqué conjoint de mai 2026, la Syrie a affirmé son plein soutien à la souveraineté du Maroc sur le Sahara et appuyé la résolution 2797 de l’ONU. Ce dégel consacre la fermeture définitive des bureaux du Polisario à Damas. Cela prive le groupe séparatiste de son ancrage historique majeur dans la région du Levant. En accompagnant la reconstruction et la transition syriennes, Rabat accroît sa visibilité politique et s’impose comme un médiateur clé face aux puissances régionales concurrentes. Damas a officiellement salué les initiatives du roi Mohammed VI à la tête du Comité Al-Qods pour la préservation de la ville sainte. Cela renforce le leadership spirituel et diplomatique du Maroc dans la région. Le Levant demeure une zone de forte activité terroriste. La réouverture des canaux sécuritaires permet de pister les combattants extrémistes et d’anticiper le retour de cellules djihadistes vers l’Afrique du Nord. Ce partenariat direct offre au Maroc un levier pour surveiller et limiter les infiltrations d’acteurs régionaux rivaux (comme l’Iran) qui cherchent à s’implanter au Maghreb via des milices armées ou du transfert de technologies militaires. Ce rapprochement fluidifie les prises de décision au sein de la Ligue Arabe. Il permet de bâtir des consensus forts autour de la sécurité collective et de la stabilité des régimes arabes post-conflits. – LeBrief : Quels sont les risques politiques et d’image liés à la normalisation avec la Syrie, dans un contexte où plusieurs puissances occidentales restent prudentes vis-à-vis du nouveau pouvoir syrien ? – Driss Aissaoui : La normalisation avec la Syrie sous la direction d’Ahmed Al-Charaa comporte des risques politiques et d’image majeurs. Bien que les sanctions aient été partiellement allégées au début du processus de transition, de nombreuses puissances occidentales maintiennent des réserves strictes quant à la nature et la viabilité du nouveau pouvoir. En fait, reconnaître un pouvoir issu du groupe anciennement terroriste Hayat Tahrir al-Cham (HTC) crée un précédent géopolitique jugé dangereux. La gouvernance repose sur une constitution provisoire hypercentralisée et manque cruellement d’institutions démocratiques de contrôle. Le vide sécuritaire persistant et le retrait partiel des forces étrangères favorisent les attaques des cellules dormantes de Daech. La répression ou l’exclusion des populations druzes, alaouites et kurdes alimente le risque d’une nouvelle fracture armée. L’incapacité à mettre en œuvre un véritable dialogue national expose le pays aux persistances de conflits locaux majeurs. Les pressions et interventions militaires d’acteurs régionaux (Israël, Turquie, Iran) menacent l’intégrité de toute alliance politique durable. Les organisations internationales continuent de dénoncer l’exclusion des violations des droits humains commises par les rebelles au profit de la seule justice transitionnelle post-Assad. Les chancelleries occidentales craignent d’être accusées de valider une façade pragmatique masquant un agenda islamiste autoritaire. Cela veut dire que coopérer avec Damas alors que le pouvoir mène des offensives contre les Forces démocratiques syriennes (FDS) ternit les engagements occidentaux auprès des Kurdes. En fin de compte tout rapprochement avec le régime de Damas pourrait signifier : promouvoir une normalisation politique alors que l’insécurité générale empêche le retour digne et sécurisé de millions de réfugiés nuit à la crédibilité éthique internationale. Interview avec Driss Aissaoui, politologue et économiste.
Cela signifie d’abord, l’intégration de la Syrie post-Assad dans le bloc arabe modéré. Cette intégration signifie surtout une rupture ferme de l’axe iranien.
Les deux pays ont désormais fait fonctionné l’ingénierie de la diplomatie d’affaires. Les ministres Nasser Bourita et Asaad Hassan Al-Shaibani ont signé une feuille de route créant un conseil d’affaires bilatéral. L’objectif est d’impliquer les entreprises marocaines dans les grands chantiers de reconstruction en Syrie.
Le Maroc a fait de la liquidation de la présence séparatiste à Damas une condition concrète avant d’engager la réouverture de sa propre ambassade en Syrie.
Cette action s’ajoute aux nombreux revers accumulés par le Polisario à l’échelle africaine et internationale. La démarche s’inscrit dans la continuité du soutien affirmé par la Ligue Arabe et le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), isolant l’entité séparatiste de l’ensemble de l’échiquier moyen-oriental.
