Trump, le cow-boy des taxes
Donald Trump à la Convention nationale républicaine au Fiserv Forum de Milwaukee dans le Wisconsin, le 16 juillet 2024. © AFP
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La guerre commerciale est de retour. Avec des droits de douane allant jusqu’à 25% sur les importations mexicaines et canadiennes et 10% sur les produits chinois, Trump ne fait pas dans la demi-mesure. Si cette décision a des airs de déjà-vu, elle pourrait avoir un impact encore plus brutal que lors de son premier mandat.
Entre inflation galopante, ripostes de ses partenaires et incertitudes pour les entreprises américaines, la stratégie du président américain soulève de nombreuses questions. Peut-il réellement imposer sa loi au reste du monde à coups de taxes, ou risque-t-il de nuire à l’économie américaine elle-même ?
Des tarifs douaniers comme arme politique
Lorsqu’il signe son décret le 1er février, Trump ne cache pas ses intentions. Il affirme vouloir forcer ses partenaires à prendre des mesures contre l’immigration illégale et le trafic de fentanyl. Pourtant, derrière ce discours sécuritaire, c’est avant tout une stratégie électorale qui se dessine. Son électorat républicain est friand de ce type de mesures protectionnistes, qui donnent l’image d’un président intransigeant et prêt à défendre l’industrie américaine.
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Mais l’histoire récente montre que ces tactiques peuvent se retourner contre leurs instigateurs. La guerre commerciale de 2018-2019, initiée par Trump lui-même, avait provoqué des tensions économiques, sans pour autant freiner les importations chinoises ou résoudre les problèmes structurels du commerce international. Cette nouvelle offensive risque d’être encore plus douloureuse.
Un impact direct sur les consommateurs américains
L’argument du président américain selon lequel ces taxes ne pèseront pas sur les consommateurs ne convainc pas les économistes. D’après Gregory Daco, du cabinet EY, elles pourraient ajouter 0,4 point de pourcentage à l’inflation, déjà élevée à 2,9 % en décembre. L’impact sur la croissance serait encore plus préoccupant : une baisse de 1,5 % en 2025 et de 2,1 % en 2026.
Concrètement, les entreprises américaines qui dépendent des importations verront leurs coûts grimper, ce qui se répercutera inévitablement sur les prix. À Santa Cruz, en Californie, Zach Davis, copropriétaire de la crèmerie Penny Ice, s’inquiète des coûts supplémentaires sur les équipements qu’il importe de Chine.
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Il craint aussi que la taxe sur les produits canadiens affecte son approvisionnement en bonbons décoratifs. «Ajouter une taxe d’importation de 25% sur un simple ingrédient peut signifier la différence entre la rentabilité et une année déficitaire», confie-t-il.
Le secteur médical n’est pas épargné. Casey Hite, directeur d’Aeroflow Health en Caroline du Nord, estime que ces mesures auront un impact direct sur les patients. Son entreprise fournit du matériel médical, notamment des tire-laits importés de Chine, aux patients américains via des assurances santé. «À terme, les coûts supplémentaires seront répercutés sur les primes d’assurance», prévient-il.
Le Canada et le Mexique en ordre de bataille
Face à cette offensive américaine, le Canada et le Mexique n’ont pas tardé à réagir. Ottawa a immédiatement riposté en annonçant des taxes de 25% sur 155 milliards de dollars canadiens de produits américains. La bière, le vin, les électroménagers et les fruits font partie des cibles de ces mesures de rétorsion.
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Le Mexique, sous la présidence de Claudia Sheinbaum, reste plus prudent mais annonce déjà préparer une contre-attaque. L’histoire récente montre que ce type de tensions peut rapidement s’intensifier. En 2018, une guerre commerciale similaire avait coûté plusieurs milliards aux agriculteurs américains, forçant Trump à débloquer des aides fédérales pour calmer la colère de son électorat rural.
Cependant, le président américain vient d’annoncer, ce lundi 3 février, la suspension temporaire des tarifs douaniers de 25 % sur les importations mexicaines. Cette décision fait suite à un accord avec Claudia Sheinbaum, incluant le déploiement de 10.000 soldats à la frontière pour lutter contre l’immigration clandestine et le trafic de fentanyl.
La Chine joue la prudence… pour mieux contre-attaquer
Contrairement au Canada et au Mexique, Pékin ne s’est pas précipité pour annoncer des mesures de représailles. La Chine a appris à jouer la montre et à tirer parti des erreurs de Washington. Lors de la précédente guerre commerciale, elle avait su rediriger ses exportations vers d’autres marchés, notamment en Afrique et en Asie.
Le pays pourrait profiter de cette nouvelle escalade pour accélérer ses projets d’indépendance économique. Depuis plusieurs années, Pékin tente de réduire sa dépendance au dollar dans les échanges internationaux et de renforcer les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) comme alternative au système économique dominé par les États-Unis.
Trump, en s’attaquant frontalement à la Chine, pourrait paradoxalement pousser ses adversaires à s’émanciper encore plus de l’influence américaine.
L’Europe, la prochaine cible ?
Si l’Union européenne a pour l’instant évité les nouvelles taxes de Trump, elle sait qu’elle n’est pas à l’abri. Le président américain a déjà menacé d’imposer des droits de douane massifs sur les importations européennes, notamment les voitures allemandes et les produits agricoles français.
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Laurent Saint-Martin, ministre français du Commerce extérieur, estime que l’Europe doit préparer une réponse «mordante» face aux États-Unis. Bruxelles pourrait être contrainte de riposter si Washington concrétise ses menaces.
Une stratégie à double tranchant
À court terme, Trump espère marquer des points auprès de son électorat en affichant une posture de fermeté. Mais cette stratégie comporte de sérieux risques :
Un impact négatif sur l’économie américaine : l’augmentation des coûts d’importation pourrait faire plonger la croissance et fragiliser des secteurs entiers comme l’automobile et la distribution.
Une inflation persistante : avec des prix qui continuent d’augmenter, la Fed pourrait être contrainte de maintenir des taux d’intérêt élevés, ce qui freinerait la consommation et l’investissement.
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Des tensions géopolitiques accrues : en s’attaquant simultanément à ses trois principaux partenaires commerciaux, Trump prend le risque d’isoler encore plus les États-Unis sur la scène internationale.
Une incertitude politique : les élections présidentielles approchent, et si l’économie américaine ralentit, même son électorat pourrait commencer à douter de l’efficacité de sa politique commerciale.
Trump peut-il vraiment dompter le monde avec ses taxes ?
À travers cette nouvelle guerre commerciale, Donald Trump cherche à imposer son agenda politique et à consolider son image de leader intransigeant. Pourtant, les conséquences risquent d’être bien plus complexes que prévu.
Si le président américain espère contraindre le Canada, le Mexique et la Chine à plier sous la pression, il pourrait se heurter à une réalité plus dure : une économie mondiale interconnectée où les représailles et les ajustements stratégiques ne tardent jamais à se faire sentir.
Loin de redonner sa grandeur à l’Amérique, cette politique pourrait affaiblir son économie et renforcer ses rivaux. Mais une chose est sûre : Trump, comme Lucky Luke, continue de dégainer plus vite que son ombre… quitte à viser ses propres pieds.
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