Pollution et déchets : l’ONU établit une commission scientifique et politique mondiale

Face à des défis environnementaux et géopolitiques complexes, les États membres des Nations unies sont parvenus à un consensus officiel sur la création d’une nouvelle commission scientifique et politique mondiale. Celle-ci sera chargée de la gestion rationnelle des produits chimiques et des déchets, ainsi que de la prévention de la pollution. Cette décision a été prise lors de la réunion intergouvernementale tenue à Punta del Este, en Uruguay.

A A A A A

Tribune

Mohammed Tafraouti

Activiste environnemental, spécialiste des questions oasiennes et du développement durable

Temps de lecture : Publié le 26/06/2025 à 10:12
favoris
Troisième volet de la trilogie pour sauver la planète : une nouvelle commission onusienne sur la pollution aux côtés du climat et de la biodiversité
La directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Inger Andersen, a déclaré : « Aujourd’hui, nous avons fait l’histoire. Dans une avancée majeure pour la protection des populations et de la planète, les pays se sont accordés sur une nouvelle commission mondiale des sciences et politiques pour soutenir la gestion rationnelle des produits chimiques et des déchets, et prévenir la pollution. »
Elle a ajouté : « C’est le moment idéal pour agir de manière significative face à la crise des pollutions et des déchets, afin d’assurer un avenir plus sain et plus sûr pour tous. »
Andersen a conclu son intervention par un appel clair : « Il est temps. Ce moment est historique pour tous ceux qui ont œuvré sans relâche depuis 2022. Une nouvelle phase d’action collective ambitieuse commence. Pour les peuples, pour la planète. »

Une réponse scientifique à une crise planétaire silencieuse

Cette commission constitue une réponse longtemps attendue à une crise environnementale « silencieuse » qui ne cesse de s’aggraver. Elle concerne la pollution de l’air, de l’eau et des sols par des substances chimiques toxiques et des déchets dangereux.
Elle devrait combler une lacune de longue date dans le paysage scientifique et politique mondial, en fournissant des données impartiales, validées scientifiquement, pour aider les décideurs à faire face à ces risques croissants.
La création de cette commission représente une évolution majeure de la gouvernance environnementale mondiale. Elle permettra aux pays – en particulier ceux en développement – d’accéder à un savoir scientifique rigoureux sur les questions chimiques et les polluants transfrontaliers.
Une commission scientifique et politique indépendante, sans caractère contraignant, renforcera la transparence, élargira la participation entre les gouvernements et la communauté scientifique, et soutiendra la prise de décision fondée sur des preuves dans des dossiers vitaux pour la santé humaine et les écosystèmes.

De la décision à la mise en œuvre

Cette initiative s’appuie sur la résolution 5/8 adoptée par l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEA-5.2) en 2022, appelant à la création d’une commission scientifique et politique indépendante. La résolution a confié à un groupe de travail à composition non limitée (OEWG) la mission d’élaborer le cadre institutionnel complet de cette commission : son mandat, ses fonctions, ses principes opérationnels.
Ce groupe de travail a tenu une série de sessions de négociation reflétant un esprit de coopération internationale et une implication étendue des parties prenantes du monde entier. Ces réunions ont eu lieu dans différentes capitales : Nairobi, Kenya (octobre 2022), Bangkok, Thaïlande (février 2023), puis à nouveau Nairobi (décembre 2023), Genève, Suisse (juin 2024), avant la session finale à Punta del Este, Uruguay (juin 2025).
Durant ces négociations, des représentants des gouvernements, des chercheurs, des membres de la société civile et des représentants des peuples autochtones ont participé à la rédaction d’un projet de création intégré de la commission, conférant ainsi à l’initiative une dimension à la fois mondiale et communautaire.

Une trilogie intégrée pour affronter les crises environnementales

Il est prévu que la nouvelle commission coopère stratégiquement avec le cadre mondial pour les produits chimiques ainsi qu’avec les accords environnementaux multilatéraux. Elle viendra également compléter le travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC/IPCC) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Ensemble, elles formeront un triptyque de connaissance couvrant les trois grandes dimensions de la crise planétaire : le changement climatique, la perte de la nature et la pollution.
Dans ce contexte de complémentarité, la commission ouvre la voie à des solutions fondées sur la science pour des enjeux aussi cruciaux que le climat et la biodiversité, tout en permettant aux communautés vulnérables de défendre leur droit à un environnement sain, reposant sur un savoir rigoureux et non sur des intérêts opportunistes ou commerciaux.

Prochaine étape : une activation rapide

Après l’adoption des documents fondateurs, l’attention du sommet s’est tournée vers la nécessité d’activer la nouvelle commission rapidement et efficacement, afin qu’elle puisse accompagner les pays, en particulier les moins avancés, et renforcer les mécanismes de prévention environnementale.
Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié aujourd'hui à 11:20La souveraineté marocaine à l’épreuve du cyberspace

Cette évolution traduit l’émergence d’un nouvel espace stratégique dans lequel les rapports de force ne se limitent plus aux dimensions terrestres, maritimes, aériennes ou spatiales. Le cyberspace constitue aujourd’hui un théâtre d’affrontement à part entière, où s’exercent des formes inédites de compétition économique, d’influence politique, d’espionnage stratégique et de confrontation géopolitique. Selon les projections de Cybersecurity Ventures, le coût mondial de la cybercriminalité pourrait atteindre 10.500 milliards de dollars annuels, un montant qui illustre l’ampleur économique et stratégique des menaces…

Par Ouissale El Gharbaoui, Enseignante chercheuse à HEC Rabat Business School
Publié aujourd'hui à 11:09Vers une réforme courageuse, pérenne et équitable des retraites au Maroc

Mais le plus dangereux dans cette démarche est que ce gouvernement n’a pas le courage de dire la vérité aux Marocains, une vérité qui donne froid dans le dos; le gouvernement a renoncé à la réforme, car les caisses, dans l’état actuel du système, sont irréformables. Le problème n’est pas que le gouvernement ne veut pas; il ne sait pas et, surtout, ne peut pas. En effet, notre système de retraite est fondé sur la répartition intergénérationnelle (chaque génération paie…

Par Mohamed Ouzzine, Secrétaire général du parti Mouvement populaire
Publié le 24/06FinTech au Maroc : l’impératif de l’audace face au piège de la prudence

Le paradoxe du terrain : la connectivité face au Cash Le premier contraste est sociologique. Le Maroc affiche l’un des taux de pénétration mobile les plus élevés de la région, mais la culture de l’argent liquide continue de dicter le quotidien des échanges. Certes, les portefeuilles électroniques progressent et les banques nationales modernisent à marche forcée leurs interfaces. Cependant, le véritable basculement ne se mesurera pas au succès des applications mobiles. La transition digitale ne sera réussie que lorsqu’elle aura…

Par Dr Jihane Tayazime, professeure chercheure à HEC Rabat
Publié le 23/06The Throwback Business, le charme rentable du déjà-vu

La nostalgie est devenue un véritable actif émotionnel. Elle permet aux marques de transformer un souvenir personnel ou collectif en valeur perçue. Autrement dit, elles ne vendent plus seulement un produit, elles activent une mémoire. Une couleur, une typographie, une texture, une odeur ou un goût peuvent fonctionner comme des memory cues, ces signaux capables de réveiller instantanément une expérience passée. Le consommateur ne se retrouve plus uniquement face à une offre commerciale. Il se retrouve face à un fragment…

Par Rais Fatimazahra, Maître de conférences en Marketing FPN-Nador, Université Mohammed Premier
Publié le 19/06ARTICLE 42 ET CITOYENS MRE : plaidoyer pour l’aboutissement de la « démarche progressive »

La première consiste à faire représenter de manière « appropriée, réaliste et rationnelle » la communauté à la Chambre des Représentants. La seconde prévoyait le moyen ou la méthode pour parvenir à cette représentation. Il s’agit de la création à l’horizon du scrutin législatif de 2007, de circonscriptions électorales législatives de l’étranger, permettant aux citoyens MRE d’exercer leur droit de vote et d’éligibilité parlementaire à partir des pays d’accueil. La troisième décision était relative à l’établissement de procédures souples permettant…

Par ,
Publié le 16/06La réforme de L’École marocaine : entre acquis réels et défis persistants

Le Maroc, engagé résolument dans une dynamique de modernisation, n’est pas resté en marge de cette exigence. À travers les grands chantiers entrepris ces dernières années dans des secteurs aussi divers que les infrastructures, l’économie, la protection sociale ou encore la gouvernance territoriale, le Royaume a également placé la réforme de l’école au cœur de ses priorités nationales. Depuis plus de deux décennies, plusieurs initiatives et réformes se sont succédé avec l’ambition de redresser un système éducatif souvent critiqué pour…

Par Mohamed Ali Elhairech, Professeur de français et chercheur en littérature maghrébine
Publié le 08/06DRH marocains : la décennie de la réinvention a commencé

Ce décalage n’est pas anecdotique. Il annonce, pour les ressources humaines marocaines, l’une des transformations les plus profondes de leur histoire récente. Et il pose une question brutale : la fonction RH telle que nous la connaissons survivra-t-elle aux cinq prochaines années ? Une fonction historiquement en retard d’une révolution Soyons honnêtes : la RH au Maroc, dans sa grande majorité, est restée une fonction administrative. Paie, contrats, gestion disciplinaire, reporting social. Là où la finance s’est digitalisée dès les…

Par Dr. Boumama Soukaina, Professeure en Sciences de l’Education. GRH. HEC Rabat, affiliée au Centre de recherche en Sciences de Gestion et Economie (CReSC)
Publié le 05/06Phosphates et sécurité alimentaire : les enjeux de la normalisation du cadmium entre le Maroc et l’UE

Il convient d’abord de rappeler une réalité géologique essentielle pour dissiper les malentendus. Le phosphate marocain partage ses caractéristiques naturelles avec presque la grande majorité des gisements mondiaux. La recherche scientifique internationale documente précisément les effets d’une exposition prolongée au cadmium sur la santé. Le Royaume intègre pleinement ces données dans sa politique industrielle. Pour autant, l’état actuel des filières d’exportation ne justifie aucune inquiétude majeure pour la sécurité des consommateurs. Les amalgames souvent entretenus autour de cette présence naturelle…

Par ,
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub